vendredi 30 mai 2025

Élégies. La Lumière des Gueux

Qui parle au nom des gueux est-il une lumière
D’
autant que son père fit un sombre parcours ?
Il ne possède pas de modeste chaumière
Et son pesant discours trop souvent tourne court.

La mesure annulée s’avérait nébuleuse,
Trop mal accompagnée, handicapant les gens ;
La victoire du non est assez scandaleuse,
Puisque le Parlement se montra négligent.

Un député sur cinq : quelle étrange victoire,
Ne solutionnant pas un sujet de santé !
On ignore pourquoi maigre était l’auditoire,
Et de sa lâcheté nul ne vint se vanter.

Le projet est à terre, car il manquait Voltaire,
Le nez dans le ruisseau : mais où était Rousseau ?
Afin de l’abolir, quatre-vingt-dix votèrent,
Étouffant le bébé dormant dans son berceau.

Voici sur les plateaux le nouvel Alexandre,
Fier de l’infanticide en souverain des gueux !
N
e resta de ses mots que d’anonymes cendres,
Et le vent emporta tous ces propos argueux.


La Lumière des Gueux © Mapomme

Si le projet était mal ficelé et devait offrir des solutions pour financer l'acquisition en fonction des revenus des gens afin de pouvoir accéder au centre ville, fallait-il pour autant le jeter aux orties ?

Déjà, le refus pourrait coûter 3 milliards d'euros à la France. Tant qu'^à faire, autant les mettre là, en y ajoutant les 8 milliards de trop payés par les Caisse d'Allocations Familiales et la Caisse Primaire d'Assurance Maladie.
Et pour une personne qui ne viendrait qu'une fois par quinzaine, ce ne serait pas la fin d'une monde d'avoir une dérogation, si elle habite dans la région.

jeudi 29 mai 2025

Élégies. Le délit d’opinion

Voilà qu’aux USA, cette ex-démocratie,
On n’accorde un visa que si, sur les réseaux,
On n’a pas critiqué une des idioties
Dites par Trump crachant le feu par les naseaux.

On commence à rogner, quelques droits secondaires,
Et on passe au-dessus, puis à des droits majeurs ;
Ainsi, tous les tyrans, autrefois, sabordèrent
Toutes les libertés en sales naufrageurs.

Pas à pas, nous entrons dans une nuit profonde,
Lorsqu’allant à tâtons, s’égare la raison ;
Sans un astre apparent, les pilotes confondent
Nord et sud,
le lointain et cap de la maison.

Vers quel antre allons-nous, en toute incertitude,
T
ant la démocratie, jadis en plein essor,
Prend du plomb dans l’aile, quand partout on l’élude ?
D
es oracles rendus rien de bon ne ressort.

Les enfants seront-ils chassés de leur école,
Menottes aux poignets, payant pour leurs parents
Un délit d’opinion, une simple bricole,
Quelques propos moquant un projet délirant ?


Le délit d'opinion © Mapomme

mercredi 28 mai 2025

Élégies. Avoir le cœur serré

Qui pourrait demeurer insensible au spectacle,
Lorsqu’on voit des enfants quêter de quoi manger,
Qu’ils soient noirs ou bien blancs, et qu’on leur fait obstacle,
Quand le monde effaré ne peut rien y changer ?

D’
infâmes dirigeants se voient à l’origine,
De la situation, empêchant les camions
De leur porter secours, souhaitant la famine,
En dépit des hauts cris de leur propre opinion.

Les enfants dépités, font la queue et attendent,
Marqués par cette épreuve et l’avenir éteint ;
Quand se portent les deuils, les grands espoirs se rendent,
Ayant perdu la foi en un meilleur destin.

Les regards ont perdu cette vivante flamme,
Qu
i habite l’enfant non soumis aux horreurs ;
Pouvons-nous supporter ces exécrables drames
Qui naissent des folies de tyrans en fureur ?

Nous tous, à cet âge, connaissions la quiétude
Des jeux heureux d’antan, d’un âge presque d’or :
C
omment rester distants, blasés par l’habitude ?
Notre esprit de révolte avec les ans s’endort !


Avoir le cœur serré © Mapomme
D'après une photo

lundi 26 mai 2025

Élégies. Parler plus clairement

Demeurent circonspects ceux qui aiment la paix,
En entendant parler les élus des puissances,
Car ils ne montrent pas un absolu respect
Pour les serments anciens oubliés sans décence.

Et voici Rodomont, croulant sous les bravos,
Qui promet la concorde et des aubes radieuses,
Lazare électoral ranimé à nouveau,
Qui trouve, en vérité, la guerre dispendieuse.

Il déteste la mort qui frappe aveuglément
Et fauche violemment la précieuse jeunesse,
La sève vitale qu’un carnage dément
Ôte à l’économie, des vies aux amples promesses.

Si les puissants offrent un charitable avis,
Qu’ils l’énoncent enfin d’une façon plus claire ;
Ceux qui croient aux serments, en sont d’abord ravis,
Mais, sans effet probant, seront pris de colère.

Ce monde quelquefois semble une nef des fous,
Allant sans cap précis, dépourvu de boussole ;
L
e doute des marins nous emplit de dégoût,
Car les maigres progrès jamais ne les consolent.

Parler plus clairement © Mapomme
Un Dom Juan recréé selon mes goûts

dimanche 25 mai 2025

Élégies. Spassiba, Lioudmila !

On ne peut prononcer le vilain mot de guerre,
Quand le tyran parle de simple opération,
Pour remettre d’équerre un allié de naguère
Qui se tourne à présent vers bien d’autres nations.

Dans les ors du palais flotte un parfum d’empire,
Tel un regret ancien, exhalé d’un caveau,
Enivrante senteur qui des rêves inspire,
Où renaît la gloire restaurée à nouveau.

Qu’importe l’interdit, qui paraît un oukase !
Tout peut se contourner en feignant le respect,
La double négation servant alors de base :
L
e «non à la guerre !» devient «oui à la paix !»

A
près un bref procès, héritant d’une amende,
La survivante née lors du siège glorieux,
Au cœur de Stalingrad, sait que jadis commande
De résister toujours dans ces moments furieux.

Sortant du tribunal, la voici acclamée,
Sans qu’il fût utile de prodigieux débats ;
Aux calmes ovations résonnant enflammées,
On devrait se joindre : «Lioudmila, Spassiba !»


"Spassiba, Lioudmila !" © Mapomme
D'après une photo

Élégies. Ubu équilibriste

Roi de la Terre, Ubu l’inonde de bêtises,
De propos inexacts, d’un infini torrent
De caprices soudains, qui d’un coup électrisent
De faux débats télé aux infos
s’instaurant.

Sans
Savoir, c’est un clown, moins drôle que néfaste,
Auto idolâtre, centre de l’univers,
Qui poste sans arrêt, en fol iconoclaste,
Des sujets nous mettant le cerveau à l’envers.

Tel un taureau furieux, tête en avant il fonce,
Faisant crouler des murs qu’il croit de Jéricho ;
M
ais n’est pas Dieu qui veut, et il faut qu’il renonce,
Quand ses propositions demeurent sans écho.

Tout complexe sujet devient un labyrinthe
Dans lequel ses idées s’égarent sans arrêt ;
S
es nombreux opposants à qui mieux mieux l’éreintent,
Disant qu’il est vraiment plus fou qu’il n’y paraît.

Dans mille dédales on le verra se perdre,
Cognant contre des murs qu’il a tout seul construits :
Dépité et frustré, il s’exclamera «Merdre !»
Lorsque de ses échecs, le monde fait grand bruit.

Ubu équilibriste © Mapomme

samedi 24 mai 2025

Élégies. Perdre ses certitudes

On se nourrit souvent de belles certitudes,
Un soupçon de rêve mêlé de convictions,
Se croyant à l’abri des pis vicissitudes
Aptes à infliger de vraies malédictions.

La puissance illusoire, aux faux airs de l’Empire,
Tombée dans le ronron d’officiers médaillés,
Tremblant au mois de mai, près de l’âtre soupire,
Tandis que ces messieurs ne cessent de bâiller.

Tous ceux dont les parents, en ces années lointaines,
Ont su que l’ennemi leur fit subir l’affront
De venir parader de manière hautaine
Ne pourront l’oublier si longtemps qu’ils vivront.

Durant ces temps maudits, l’Amérique puissante
Songeait à faire affaire avec un dictateur :
Q
ue peut la finance face aux armées puissantes,
Le tyran s’avérant un plus grand prédateur ?

On perd ses convictions sur l’amitié sans borne,
D’un allié influent, ainsi que sur la paix ;
Un ami nous trahit et on porte les cornes,
Car il ne voue qu’au fric un immense respect.


Perdre ses certitudes © Mapomme
D'après des photos n&b de la débâcle de 1940

jeudi 22 mai 2025

Élégies. Demeurer des enfants

Coule sans bruit le temps, nous laissant inchangés,
-
Du moins, nous le croyions, avec quelque insouciance ;
Pourtant, tout jour passé nous rendra étranger,
Nous piquant notre joie, sans qu’on en est conscience.

Nous jouions sur les mots, à l’instar d’un jongleur,
Avec habileté, grâce au vocabulaire,
Et nous riions de tout, en jeunes bateleurs,
Des rires nous payant pour ludique salaire.

Dans une pergola, buvant un café clair,
Quelque peu transparent, si bien qu’on pouvait boire
Quatre tasses presto, sans jouer sur nos nerfs,
Sans vider nos poches, ni trop faire la foire.

Hors du proche lycée et loin de nos parents,
Nous gloussions d’une vie qui semblait éternelle ;
Illusion que tout ça, les plaisirs se barrant,
Les copains et la joie, partis à tire-d’aile !

P
arfois j’ouvre un coffret empli de souvenirs,
D’indolents gloussements, étendard de notre âge :
Ni l’or, ni les diamants ne peuvent soutenir
Quelque comparaison avec nos badinages.

Demeurer des enfants © Mapomme
D'après Les copains d'Yves Robert

Élégies. Des montagnes de fringues

Cette étrange plaine offre à perte de vue
Des monceaux de fringues nés d’un vaste gâchis :
Mises deux à trois fois, elles se voient fichues
Au tri car cet achat était peu réfléchi.

Que craint-on, au final, dans ce vain gaspillage,
Puisqu’on commande encor d’autres trucs à la noix,
Sans qu’ils puissent combler l’ennui par l’habillage,
S’enivrer par l’achat de textile chinois ?

Q
uel gâchis de vivre grâce à mille commandes,
Qui emplissent d’attente un pauvre quotidien !
O
n ne recycle pas la frénésie gourmande :
On l’expédie au sud, vers d’autres méridiens.

Ne peut-on s’acheter, pour combler ce grand vide,
Des trucs de qualité, pour un plus long bonheur ?
La quantité exauce assez peu l’âme avide,
Même si elle emplit des porte-conteneurs.

On pourrit des terres y vidant notre merde,
En l’exportant ailleurs : la belle solution !
Quel sera notre gain, si ces pays y perdent,
Car subsiste, in fine, l’oiseuse pollution ?

Des montagnes de fringues © Mapomme

mercredi 21 mai 2025

Élégies. Sur le front rien de neuf

Sur le front rien de neuf. D’une balle fâcheuse
Ou par un sournois drone, au hasard on périt
Sans comprendre pourquoi, quand l’aveugle faucheuse
Survient funestement, de nos maux nous guérit.

La vie est un hasard, où il faut de la chance
,
Tandis que des pouvoirs nous mandent sur le front,
Dans la boue et le froid, sans avoir connaissance
Des souffrances subies tant que nous survivrons.

Rien de neuf sous le ciel,
pas de fièvres nouvelles :
D’identiques folies pour un bout de région
Qu’un vieil écrit bancal à des barjots révèlent,
Et voilà qu’aussitôt on lève des légions.

On pourrait être heureux,
ou plutôt sans la guigne
De mourir connement, dans la boue frissonnant,
Transis de froid, de peur, à tenir une ligne,
Sans pouvoir formuler un avis dissonant.

Un siècle
a passé et le présent n’augure
Nul avenir meilleur, car d’insensés humains
Aux rêves terrifiants sans cesse préfigurent
D’exhumer le chaos d’hier jusqu’à demain.
Sur le front rien de neuf © Mapomme

mardi 20 mai 2025

Élégies. Rêves vains de la gloire

Dans le néant des cieux, l’éclat bleu de la lune
Par la lucarne entrait, éclairant le grenier ;
Sur sa chaise trônant, piteux roi sans fortune
,
D’une couronne prise à un vieux cuisinier,

Qui couronnait Falstaff, au terme de ripailles,
Le dodu gai-luron moquait le souverain ;
Ses habits se gonflaient de bedaine et tripailles,
La barbe en bataille et le teint purpurin.

Le prochain futur roi, aimant ces facéties,
Ne le prenait pas mal, se moquant en retour
Du narquois compagnon, qui toujours apprécie
Qu’on moque les nobles aux somptueux atours
.

Falstaff se voyait demeurer dans l’histoire,
Auprès du jeune roi, en tant que conseiller ;
Il est un temps pour boire et un pour les victoires,
Car les excès se voient à coup sûr mal payés.

Les souverains marquants d'une lointaine époque,
Ne sont pas l’archétype inspirant l’avenir ;
Gloire et territoires, qu’un passéiste invoque,
S’avère
nt des valeurs dont il faut s’abstenir.

Rêves vains de gloire © Mapomme
D'après Falstaff d'Orson Welles

lundi 19 mai 2025

Élégies. Un feu adulescent

Les derniers feux du jour, à l’orée de la nuit,
Permettent d’évoquer, parfois pris d’amertume,
Tandis que disparaît le soleil sans un bruit,
Avec mélancolie un idéal posthume.

Te souviens-tu, ma mie, de nos espoirs naissants,
Alors que, maladroits, nous volions de nos ailes,
Le cœur tout embrasé d’un feu adulescent
Vers l’horizon lointain, empreints d’un noble zèle ?

Or le jour dépérit, frappé d’un mortel trait,
Lâchant sur l’horizon la rouge hémorragie
Du feu sacré d’espoirs qui toujours pénétrait
Nôtre âme optimiste que rien n’a assagie.

P
our oublier la nuit, cet enfer des rêveurs
Qui teintent de soleils les aubes sépulcrales,
On boira tout Léthé, car l’oubli, ce sauveur,
Nous offre la vision d’éclosions sidérales.

Ce héraut constellé agit en tourbillon,
Absorbant les songes invoqués dès l’enfance,
Et qui sont arrachés par milliers, par millions :
Alors, dépossédés, nous allons sans défense.

Un feu adulescent © Mapomme

dimanche 18 mai 2025

Élégies. Lettres d’un autre temps

Sans fin, la jeunesse s’enfuit à tire-d’aile,
Avec tous les printemps des souvenirs heureux ;
Si en mars reviennent toujours les hirondelles,
Jamais on ne revoit nos frissons amoureux.

On demeurait parfois plus d’une année entière,
Sans jamais se revoir, en conservant le lien
Par des lettres trouvant en l’absence matière
Au retour augurant que tout finirait bien.

Ces lettres sont restées le plus souvent recluses,
Dans une boîte en fer, relues avec émoi ;
L’
écume sur le roc, vague après vague l’use
Et ainsi les années ont imposé leur loi.

La passion s’atténue, mais l’affection demeure,
Car on garde en trésor ces fruits de la passion ;
Jamais, malgré les ans, les grands amours ne meurent,
Mais les amants le font, fauchés sans sommation.

Avant de rejoindre l’enfer ou l’élysée,
Elle a brûlé ces mots écrits par des ados,
Pour n’être en aucun cas des autres la risée,
Pour des mots doux d’antan et de lointains credo.


Lettres d'un autre temps © Mapomme

samedi 17 mai 2025

Élégies. Formater la mémoire

Le mieux pour effacer la gênante mémoire
Consiste à empêcher ce qui peut l’exhumer :
Le moindre des secrets reste dans une armoire,
Faute de parvenir à vouloir l’assumer.

Quel est le despote, dont les mains sont rougies
Par le sang de son peuple, qui veut que soient connus
Les crimes qu’il commit ? L’ancienne hémorragie,
Qui saigna des pays par la terreur tenus,

Demeura étouffée en toutes les périodes.
Mais voilà que des fous, tenant à la rigueur,
Cherchaient la vérité, en usant de méthode,
Prêts à tout révéler, bossant avec vigueur.

Pouvant salir Staline et son œuvre sanglante,
Il fallut arrêter cet anti mémorial :
Ils furent condamnés, d’une façon cinglante,
Le verdict soulignant l'arrêt dictatorial.

On ne salit jamais un héros légendaire,
Même si on compte ses crimes par millions ;
Tous les tyrans entre eux se montrent solidaires,
D’autant plus s’ils tracent un semblable sillon.


Formater la mémoire © Mapomme

En l'honneur d'Oleg Orlov, libéré en 2024 qui a œuvré à révéler les crimes commis sous le régime communiste, en particulier sous Staline. Orlov avait été condamné pour " réhabiliter l'idéologie nazie". 
Il est à noter que révéler les crimes du communisme ou vouloir un modèle différent de celui-ci est assimilé à de la propagande nazie. Ceci est à rapprocher d'une "Ukraine nazie" , alors qu'elle veut une économie occidentale.

Élégies. Poursuivre sans ciller

Telle une épidémie, mille maux déchirants
S’épandaient sur le monde où régnait la famine,
La guerre et l’oppression, les mourants expirants :
Où est né ce fléau qui tous nous contamine ?

C
omment demeurer froid, vivre sans compassion
Face aux horreurs perçues qui sèment la misère,
Le décès d’un époux défendant sa nation,
Les avenirs sereins que des bombes brisèrent ?

L
a folie des tyrans, qui narrent un récit
Loin de la vérité, qui justifie leurs actes,
Rend les frères humains, face à elle, indécis
Tant leurs explications s’avèrent inexactes.

Pourtant, nous en voyons que l’horreur n’émeut pas,
Poursuivant leur train-train, avec indifférence :
La détresse entrevue de la faim, d’un trépas,
Ne les poussent jamais vers un brin d’ingérence.

Marchant inflexibles, sans offrir un regard,
L’aumône d’un soupir, d’un voile de tristesse,
Privés de compassion, tels des faucons hagards,
Ils avancent tout droit, dédaignant les détresses.


Poursuivre sans ciller © Mapomme

vendredi 16 mai 2025

Élégies. Retour vers le passé

Je me souviens encor de ce printemps naissant,
Au loin fleuri d’espoirs, pourtant tellement proche ;
Dans un monde empesé de dogmes sénescents,
On se sentait pousser des ailes de Gavroche.

Tokyo, Rome et Paris voyaient l’ébullition
D’une génération lançant souhaits et blâmes,
Faisant, sans le savoir, une révolution
Dont couverait toujours une éternelle flamme.

Mais, avant il y eut un printemps prodigieux,
Au-delà d’un rideau qui semblait d’une autre ère.
À Prague, en février, ce réveil contagieux
Enfiévra des jeunes, par leurs souhaits, des frères.

Dans un empire froid, aux Borées sibériens,
S’échauffaient les esprits des floraisons avides
D’ôter un poids affreux, dans l’esprit voltairien,
S’opposant à des chars, le visage impavide.

Mais le froid sidéra cette sublime ardeur,
Et cet élan naissant retrouva la quiétude ;
Un tyran du présent rêve de ces lourdeurs
Source de ses projets et de béatitude.


Retour vers le passé © Mapomme
D'après une photo de 1968 du Printemps de Prague

Élégies. Durant le grand sommeil

Des chefs d’état affabulent l’histoire
Selon leur bon vouloir, se parant des habits
Virginaux du héros, à l’effort méritoire,
Secourant le vaincu, pris d’un élan subit.

Leur secours fut marquant, pesant dans la balance,
Bien qu’il vînt sur le tard, pris dans le tourbillon
Après que les puissants, dans un honteux silence,
Fassent naître leur aide en poussin tardillon.

Washington et Moscou prirent enfin les armes,
Quand Hitler déclara la guerre à tous les deux.
«L’Amérique d’abord !», serinait, tel un charme,
Dans des meetings Lindberg, comme un sort hasardeux.

On entend, à présent, des diatribes farouches,
Où la France a perdu la guerre par deux fois ;
De ce discours comment se peut-il qu’ils accouchent,
Et il faut les souffrir sans possible pourvoi ?

Des flopées de pays ont sacrifié des vies,
Venant à leurs côtés combattre des tyrans ;
Ô tant de destinées furent ainsi ravies,
Pour la folie d’un seul, au combat expirant !


Durant le grand sommeil © Mapomme
Lindberg faisant un discours contre la guerre (America First)
(reconstitution)

jeudi 15 mai 2025

Élégies. Tribunal politique

Ce sont ceux-là même qui défendent le droit,
Si l’on en croit vraiment leurs discours opiniâtres,
Qui dressent des procès, dont le nombre s’accroît,
Aux opposants gênant qu’ils tiennent à abattre.

On se croit revenu aux temps des tribunaux
Révolutionnaires, éteignant les Lumières,
Dirigés de nos jours par quelques tyranneaux,
Violents accusateurs à l’humeur chicanière.

Jadis, on a connu de tels procès bidons
,
Aux juges malveillants sous l’ère soviétique ;
Du soupçon au goulag, sans possible pardon,
Ces tribunaux spéciaux ignoraient toute éthique.

«
Toi qui franchit la porte, abandonne l’espoir»,
Devrait être gravé dans le plus froid des marbres,
Car c’est l’enfer qui suit dans un glacial mouroir,
Sans même être pendu à la branche d’un arbre.

Tous les propos tenus par le moindre accusé
Serviront contre lui, pour le couvrir d’ordures.
Chaque révolution a ainsi abusé
De procès kafkaïens aux folles procédures.

Tribunal politique © Mapomme

On voit des commissions d'enquête que mènent des extrêmes, pour salir un ministre ou mentir sur les chiffres de l'immigration, préparant les municipales et la présidentielle. De trouver des solutions pour réduire le déficit, ces extrêmes ne soucient même pas.

Élégies. Tout progrès est-il bon ?

D’un progrès naîtra-t-il un avenir meilleur,
Au monde délivrant des bienfaits appréciables ?
Certains d’eux inspirent de tenaces frayeurs
,
Nourrissant des romans à la fin invariable.

Les robots s’insurgent et prennent le pouvoir,
Asservissant l’humain, qu’il soumet à sa guise ;
D’aucuns disent, moqueurs, qu’on ne peut le prévoir,
Cependant la méfiance en ce cas est requise.

On tient à posséder des esclaves nouveaux,
Sans songer qu’il se peut que
les robots s’insurgent :
Ils suivraient, se trouvant dépourvus de cerveau,
Tel un troupeau soumis, en moutons de Panurge.

Or, on les veut sensés, pour mieux nous délester
Des travaux fastidieux, en valets bénévoles ?
Faut-il donc s’étonner qu’ils puissent détester
Tous ces rois fainéants aux loisirs si frivoles ?

V
oilà que les romans qu’on disait de fiction
Sont la réalité dont on voit des images.
Hélas, tout se passe selon les prédictions :
Se fâchant, les robots causent quelques dommages.


Tout progrès est-il bon ? © Mapomme

mercredi 14 mai 2025

Élégies. N’auras-tu jamais honte...

N’auras-tu jamais honte, en t’endormant le soir,
Au regard des horreurs, teintées de malveillance,
Auxquelles tu ne veux aucunement surseoir
Et qui devraient hanter ta miteuse conscience ?

D
is, ne rêves-tu pas, quand tu dors calmement,
Des rescapés trouvés, à la fin de la guerre ?
Ne pointent-ils jamais, de leurs baraquements,
Un doigt accusateur d’un geste lapidaire ?

Comptes-tu transformer en un camp de la mort
La bande de Gaza, ce vaste champ de ruines,
Y faisant ressurgir, sans le moindre remords,
Des squelettes vivants que la faim assassine ?

N’es-tu pas, comme moi, hanté par la vision
De ces corps décharnés, paraissant des cadavres
Par miracle tenant, malgré les prévisions,
Car c’est un choc profond qui à jamais nous navre.

Dans un lointain passé, un pouvoir inhumain
Voulut exterminer sans raison une ethnie :
Or, il n’est qu’une race, aux ancêtres communs,
Même si des cinglés farouchement le nient.


N'auras-tu jamais honte... © Mapomme
D'après des photos n&b de 1945

A ceux qui nient l'existence de la Shoah et à ceux qui oublient ce qu'elle fut, laquelle conduisit à la naissance d'Israël qui se comporte quasiment comme les nazis.

mardi 13 mai 2025

Élégies. Intriguer pour la paix

La guerre peut durer, parfois plus de cent ans,
Et brûler les épis des récoltes futures ;
De tout ce blé perdu jusqu’à la fin des temps,
La famine est venue, car on n’a su conclure,

À défaut de la paix, l’abandon des combats.
Il faut user parfois d’un chouïa de malice
Et un brin de folie, pour lancer le débat,
S
e refusant soudain à boire le calice.

La paix tient à si peu. Encor faut-il oser
Se montrer ingénu, en croyant au miracle
D’une lassitude qui viendrait disposer,
Tout au long des années, de succès en débâcles,

Un conquérant usé par un si long conflit
Au traité concluant une éternelle guerre.
La Guerre de Cent Ans, qui tombe dans l’oubli,
Se conclut par la paix qu’on acheta naguère.

On ruine le Trésor, mais qu’importe cet or,
Si cesse la saignée et que naît la croissance ;
La paix n’a pas de prix et un roi très retors
Rendit à son pays son ancienne puissance.


Intriguer pour la paix © Mapomme

lundi 12 mai 2025

Élégies. Si périt la colombe

Dans la verte prairie, sans doute fourbue,
Une blanche colombe était tombée soudain ;
Son rameau d’olivier, dans la vallée herbue,
À son bec échappa, au-dessus d’un jardin.

Fatiguée de porter, de partout sur la Terre,
Un message de paix que nul ne percevait,
Bien qu’il ait eu jadis nombre de signataires,
Elle sentit qu’un mal rendait les gens mauvais.

Ainsi lui échappa son éternel emblème,
Car l’effroi d’un fléau d’un coup saisit son cœur :
Sitôt il s’arrêta et, dans le matin blême,
Elle avait chu sans vie, face à ce mal vainqueur.

Un milan se posa à côté du cadavre,
Espérant l’emporter vers son antre éminent ;
L’emmenant dans les airs, vers la paix de son havre,
Un doute vint saisir son esprit pertinent.

La colombe vivait, mais était affaiblie,
couragée de voir l’attrait pour les combats
Triompher quand, sotte, l’humanité oublie
Les bienfaits de la paix, ne souffrant nul débat.


Si périt la colombe © Mapomme

Le milan ne consomme que des charognes. Il craint le vivant qui souvent se rebiffe.

dimanche 11 mai 2025

Élégies. La nuit bouffe les jours

Le jour est avalé par une aveugle nuit,
Et rugit aussitôt la rage de l’écume ;
Un phare, dont le feu dans les ténèbres luit,
Par les flots assailli, est dévoré de brume.

Ô nuit, finiras-tu ? Quand reviendra le jour,
Pour m’offrir le présent d’une naissante auror?
Mais nul frémissement, le monde restant sourd
Sans piger ce vide que mon être déplore.

Pas d’étoiles aux cieux, car des nuages noirs
Cachent à tout regard ces lueurs familières,
Et l’univers entier devient un promenoir,
Quoique la nuit, ainsi, semble inhospitalière.

Les flots roulent
sans fin leurs assauts persistants,
Au point de nous lasser d’attendre que s’achève
Cette fureur marine au tempo attristant,
Puisqu’on perscrute en vain quelque signe de trêve.

Allumez un espoir, même de transition
,
Un fugace calme nous offrant un silence :
Il nous faut une paix conclue sans condition,
Tant nous a épuisé cette obscure violence !

La nuit bouffe les jours © Mapomme