vendredi 7 août 2026

Elégies nouvelles. Le retour de la Paix

 

Cette nuit j’ai rêvé que survenait la Paix,
Vers un Éden perdu, debout sur une barque ;
Les songes sont si beaux quels que soient leur aspect,
Portant alors le sceau d’un espoir qu’on remarque.

Si ça n’était un rêve, qui de nuit nous dupait,
Faisant prendre pour vrai une vulgaire arnaque
Dont l’illusionniste sans arrêt se repait,
Notre souhait serait d'un seul coup très patraque.

Sur une île, un étang, une colombe en main,
Déesses ou bien fées attendraient la venue,
D’une paix absolue, après un long chemin.

Non sans quelque embarras, elle était obtenue,
Après des pourparlers, n’ayant rien de communs ;
Les concessions semblent boiteuses et menues.

Ne méprisez jamais une paix permanente,
Qui, si elle est solide, est plus que pertinente !

Le retour de la Paix © Mapomme


Elégies nouvelles. Nouvelle Inquisition

 

On voit des tribunaux presqu'inquisitoriaux,
Menant avec outrance une chasse aux sorcières ;
Or, tous ces possédés, des temps immémoriaux,
Professent des idées quelquefois outrancières.

L'accusé fait parti du clan des libéraux,
Fiers de leurs convictions, qui furent les premières ;
Ces dogmes de toujours sont quasi viscéraux :
Ils montrent un chemin fait d’or et de lumière.

Leurs tourmenteurs constants se tiennent dans la nuit,
Où flambent des bûchers, bourreaux des mauvais livres
Contredisant leur foi qui dispense l’ennui.

Des prophètes ils font des modèles à suivre
Alors que les écrits, pleins de guerre et de bruit,
Montrent les bons chemins à prendre pour mieux vivre.

Qui cogite autrement mérite un châtiment,
Selon ces tribunaux pour son dissentiment.


Nouvelle Inquisition © Mapomme



Elégies nouvelles. L'éventail salvateur


Qui naguère aurait cru qu’il faudrait agiter,
Comme une señora sur les places d’Espagne,
Un classique éventail, tout de simplicité,
Quand Phaéton se perd et brûle les campagnes.

Il existait déjà durant l’Antiquité,
Quand Éole, épuisé, par-delà les montagnes,
Avaient vu tous les vents au printemps le quitter
Et le soleil brûlait les pays de Cocagne.

Quand tombe la bise, que faiblit le Noroît,
Nous suons sang et eau, car Phaéton s’égare,
Et nous cherchons de l’ombre, emplis de désarroi.

Sans un bel éventail, dans les rues on s’effare
Et on croit dépérir, brusquement pris d’effroi :
À la brise fraîche son action se compare.

Éventail salvateur, les cités en ciment
Sont le nouvel enfer pour nôtre châtiment !


L'éventail salvateur © Mapomme

jeudi 6 août 2026

Elégies nouvelles. L’enchantement d’Orphée


Ah ! si un chant d’Orphée pouvait nous adoucir,
Que les fauves humains cessent leur dictature !
De sa lyre accompagné, il pourrait réussir
À nous éviter d’être aujourd’hui leur pâture.

Dans un monde où le jour semble s’obscurcir,
En raison des choix des peuples immatures,
Les cœurs des grands félins ne font que s’endurcir :
Les nôtres sont pourtant peu de cette nature !

Or, ils sont si faibles, si prompts à accepter
Tous ces rugissements effrayant la savane,
Monde auquel nous sommes assez inadaptés.

Alors pourquoi choisir ces chefs qui s’y pavanent ?
Vers l’extrême folie les faibles vont opter
Et les beaux lendemains rapidement se fanent.

Quel Orphée brisera le charme du Malin
Qui laisse accroire aux proies qu'elles sont des félins ?


L'enchantement d'Orphée © Mapomme

mardi 4 août 2026

Elégies nouvelles. Le Pactole est à sec

 Offrir l’or contrefait de pays en déclin
Fait servir aux hôtes une infâme pitance ;
À ce piètre menu nul n’est vraiment enclin,
Car comme à Carême, chacun fait pénitence.

Tirer plus la langue ne serait pas malin,
Puisqu’on vient pour avoir une belle existence  ;
S’il y a peu de blé, tournent peu les moulins,
Et les repas n’ont plus d’enviable consistance.

La Corne d’Abondance est à présent ailleurs :
Nous en portons le deuil et les migrants le rêve,
Puisqu’ils viennent quérir un avenir meilleur.

Passagère, l’opulence a une durée brève,
Comme le filon d’or que traque l’orpailleur :
La ruée renaîtra en tous lieux et sans trêve.

Pourquoi a-t-on poussé vers le défunt empire,
Des malheureux en masse ? On ne saurait le dire.


Le Pactole est à sec © Mapomme

Elégies nouvelles. Une éclipse fatale

Nombre de despotes délivrent des discours
Qui semblent guidés par un profond délire ;
L’ordinaire raison semble n’avoir plus cours,
Auquel il manquerait qu’un aède et sa lyre.

C’est un conte énoncé, remis au goût du jour,
Où l’avenir meilleur correspondrait au pire ;
La guerre c’est la paix : et voilà de retour,
Les conflit nourrissant un vieux rêve d’empire.

Pour un lopin de terre, on voit couler le sang
D’une jeunesse offerte à un dingue monarque,
Imbu de son image et d’un rêve pressant.

Dans l’Histoire il voudrait estampiller sa marque,
Comme autrefois l’ont fait les rois les plus puissants :
Jeunesse te voici dans l’infernale barque.

Tu péris sur l’autel d’une folie totale,
Pour graver les pages d'une éclipse fatale.

Une éclipse fatale © Mapomme

lundi 3 août 2026

Elégies nouvelles. Les mendiants du maquis

 Lorgnant l’écuelle qui demeure bien vide
Sanglier et renard espèrent un secours ;
Tous les jardins du coin sont devenus arides,
Et nul ne possède la moindre basse-cour.

Alors il faut mendier, sous un soleil torride,
Au bon cœur des voisins des proches alentours ;
Quelques peaux de melons, pour fruits des Hespérides,
Des restes de poulet, sont le menu du jour.

Leur pelage flotte, tellement ils sont maigres :
Qui prendra en pitié les mendiants du maquis ?
Les humains endurcis sont des pisse-vinaigre.

Le plus triste déchet est un cadeau exquis
Qui rendrait ces mendiants étrangement allègres :
Tous les deux se battraient pour cet infime acquis.

Dans quelques années, ayant tout épuisé,
Tous, nous traverserons des champs désertisés.

Les mendiants du maquis © Mapomme