vendredi 28 août 2026

Elégies nouvelles. Vivre, mine de rien


L'esprit tient à vivre, la nuit, mine de rien,
Comme s’il faisait jour et que naisse l’aurore ;
En dépit du chaos, toujours elle revient,
Suivant la croyance que le cœur élabore.

Mais la nuit persiste sur les pauvres terriens,
Qui croient le jour venu si la Lune colore
L’ombre d’un bleu pâle, qu’enfin renaît le bien,
Après les ténèbres qui sans fin nous dévorent.

À l’encre on s’habitue, quand chaque astre pâlit,
Hormis la Lune pleine, au cas où des nuages,
Celant son pâle feu, ne l’aurait aboli.

L’œil s’accoutume à l’ombre et ses violents orages,
Tant son règne paraît désormais établi,
Au point d’en effacer de nos cœurs tout courage.

Donc, aveugles zombies, sans l’ombre d’un refus,
On tolère la nuit, effaçant ce qui fut.
 

Vivre, mine de rien © Mapomme 

jeudi 27 août 2026

Elégies nouvelles. La folie criminelle

 

Les infos annoncent quelques crimes odieux,
En évoquant un autre qui marqua les mémoires ;
Certains s’écrient alors : « Est-il normal que Dieu
Accorde à l’assassin une telle victoire ?!
»

C’est un fleuve de sang que constatent les cieux,
Qui coule sans arrêt et colore l’histoire ;
Toute vie est don, le bien le plus précieux,
Qu’ôtent sans hésiter les âmes les plus noires.

De mes jeunes années, un crime très précis
A marqué mon esprit : une future mère
Fut trouvée massacrée. Or cet affreux récit,

Me donne des frissons ; un groupe sanguinaire
Endurci, le cœur froid, drogué et sans merci,
S’en vint ôter deux vies, tel un acte ordinaire.

Pourquoi, un écolier, sans son bleu tablier,
Après cinquante-sept ans ne peut-il l’oublier ?

 

La folie criminelle © Mapomme 

mercredi 26 août 2026

Elégies nouvelles. Voir où le vent nous porte

  

Tout être a traversé un aride désert,
Sans trop savoir pourquoi ses illusions sont mortes ;
À quoi bon, au final, ce long chemin lui sert ?
Le marcheur voudrait-il voir où le vent le porte ?

Il peut très bien rêver de l’écumante mer,
Aux sombres profondeurs où tant d’espoirs avortent ;
Sans cesse un grand nombre dans l’abysse se perd
Même si à plonger toujours son cœur l’exhorte.

On se trouve en un lieu, aux herbages défunts,
Quitté par les troupeaux, les humains et la vie,
Montrant au songe-creux qu’il atteint les confins,

Siège des chimères, de nos âmes ravies.
Alors, le bel espoir ne peut plus être feint
Et la folle quête cesse d’être suivie !

Nous faut-il allumer un nouveau feu sacré
Pour s’enivrer encor de son nectar sucré ?

Voir où le vent nous porte © Mapomme 

Elégies nouvelles. Maître de l'Univers

 

L’autocrate se voit maître de l’Univers,
Désireux d’assouvir le goût de la victoire ;

Les plans qu’il entreprend s’en vont tout de travers
Et il ne marquera en aucun cas l’histoire.

Cet aigle décrépit enchaîne les revers,
Au lieu de conquérir de nouveaux territoires ;
Il se croit au printemps mais traverse l’hiver
Essuyant des affronts et de cuisants déboires.

César de pacotille aux lauriers décatis,
Il lorgne vers les cieux et d’inhabités astres,
Où des dômes miniers bientôt seront bâtis.

N’en ressortira-t-il quelque futur désastre,
Si jamais ce projet demeure inabouti,
Digne du ciboulot du pire des jobastres ?

Mettons-nous à l’abri des mutiples yakas
Prétendant résoudre nos mille et un tracas !

Maître de l'Univers © Mapomme 

mardi 25 août 2026

Elégies nouvelles. Accords et désaccord


Sur ma gratte sèche je sortais des accords,
Imparfaits à mon goût, adolescent sévère ;

Or on a évoqué, dans le plaisant décor
Du lieu de mes efforts, mon talent de trouvère.

Je suis toujours resté, sur ma valeur d’alors,
Frustré du résultat, tel un critique austère ;
Un demi siècle après, ces indigents efforts
Se voient complimentés : c’est un profond mystère !

Certains se voient plus beaux, d’autres se trouvent laids :
Aucun juste milieu, dans ces quelques sentences,
Où l’on estime bien un jeu qui me déplaît.

C’est tout le mystère d’une longue existence :
Je note les défauts de mon jeu incomplet,
Qui hante ma mémoire avec grande insistance.

Sachons nous pardonner quelques imperfections
Sans toujours élever une vaine objection !

Labyrinthe onirique © Mapomme 

Elégies nouvelles. Labyrinthe onirique

 

Dans quel rêve ai-je erré durant la nuit dernière ?
J’allais dans des couloirs sans issue, ténébreux,
Où mon âme égarée demeurait prisonnière
Du récit d’un conteur aux yeux d’un blanc vitreux.

Est-ce réalité qu’une ode sans lumière,
Mythique vérité d’un périple scabreux ?
Gardons-nous de la nuit ces impressions premières,
Dont un chaos mental assez malencontreux ?

Le matin est paré d’un vêtement nocturne
Où rêve et vérité se lient confusément,
Quand le conteur choisit le masque et les cothurnes.

Le chant de l’égaré n’a pas été vraiment :
Les brumes du songe, dans le jour taciturne,
Font un conte énoncé assez malaisément.

Comme la voie du jour tisse un voile fragile
Où l’aède se prend, malgré ses mots agiles !

Labyrinthe onirique © Mapomme 

Elégies nouvelles. Le danger sous l'espoir



Des récifs sont cachés sous l'écume des flots
Tel un piège mortel prêt à briser l’étrave ;
Le soleil de l’espoir tragiquement se clot
Et son navire gît au milieu des épaves.

Tout l’or de l’horizon est désormais forclos,
Sur un félon récif dont il sera l’esclave ;
La coque, sous les flots, grince d’un long sanglot
Et nul rayon doré de son spleen ne le lave.

Les rives du rêve sont proches, au lointain,
Couvrant d’amertume nos vaines espérances,
Et le bel avenir qui nous semblait certain.

Notre itinéraire nous parut une errance,
Sans un but très précis, et nos souhaits éteints
Stagneront en ce lieu, révélant nos carences.

Tout rêveur échoué sur ce morne récif
Espère le quitter tout en restant passif.

Le danger sous l'espoir © Mapomme