samedi 22 août 2026

Elégies nouvelles. Perdu dans les ténèbres



Profondes ténèbres, est-il un seul remède,
Afin de vous chasser hors d'un des morts-vivants ?
Si un sorcier pouvait lui apporter son aide,
Sortirait-il de l'ombre où il reste souvent ?

Ses pensées le soustraient et un sourire tiède
Est accordé aux siens, s'ils lui passent devant ;
Mais cet esprit brillant n'a plus que pensées laides :
Où se sont envolés ses exposés savants ?

Croule une mémoire dans le monde des ombres
Et aucun dieu d’antan, ni aucun magicien,
Ne pourra l’extraire des permanents décombres.

Le voici étranger, bien qu’entouré des siens,
Qui viennent l’assister à tout instant en nombre,
Le sourire a quitté le facétieux ancien.

Ô jour reviendras-tu éclairer ce visage
Et ce regard joyeux dont il faisait usage ?

Perdu dans les ténèbres © Mapomme 

Elégies nouvelles. Mais qui contrôle qui ?

 

Pour l’humain le progrès est un fléau constant,
Versant une ciguë parmi les plus fatales ;
L’Éden tant espéré s’avère inconsistant,
Et il n’a pas de temple avec mille vestales

Au contraire, il est froid, inhumain et distant,
Puissance illimitée, intercontinentale ;
Elle met en péril l’équilibre existant,
Ultime plaie frappant l’économie vitale.

C’est une fois encor l'humain qui va morfler,
Écarté d’un éden où règne l’abondance ;
Par ce bannissement, on se fera enfler.

Misérable la troupe avec sa descendance,
Verront les dieux nouveaux, aux coffres surgonflés,
Exhiber leur fortune avec outrecuidance.

Ces dieux très passagers oublient les rébellions
Chassant de leur trône d'éphémères lions.


Mais qui contrôle qui ? © Mapomme

mercredi 19 août 2026

Elégies nouvelles. Saveur d'une praline


Je n'ai pas oublié le goût des grenadines,
Au café sur la place, mémorable saveur ;
Et j’ai gardé celle des exquises pralines,
Dans la paix revenue qui me rendait rêveur.

Au café l’atmosphère était très masculine
Et ma moustache rouge amusait le serveur ;
Les femmes demeuraient occupées en cuisine
Et remerciaient les cieux d’accorder ses faveurs :

Car tous rentrant en vie s’avérait un miracle.
Pour ma part j’appréciais cet univers nouveau,
Sans menace venant lui dresser quelque obstacle.

On prend comme un cadeau ces plaisirs estivaux,
Le soleil sur la place et ce vivant spectacle,
Et mille et un plaisirs demeurant sans rivaux.

Parfois, je songe encor à ces pralines roses
Et au flan pâtissier dont j'eus une ample dose.


Saveur d'une praline © Mapomme

mardi 18 août 2026

Elégies nouvelles. Les mois de notre enfer

 

 

Se pourrait-il qu’enfin la canicule cesse,
Que des fers des touffeurs nous soyons libérés ?
La tyrannie d’Hélios sans arrêt nous oppresse :
La nuit, par la chaleur, on est exaspéré.

Errant dans la maison, le sommeil en détresse,
On sue comme des veaux et on nous voir errer,
Prêts pour quelque repos, aux pires des bassesses :
Des pénitents s’en vont, clamant Miserere.

Qui aurait cru qu’un jour on puisse tous connaître
L’enfer pour les vivants, le repos pour les morts,
Pour le prix des erreurs que l’on a pu commettre ?

On erre dans la nuit, rongé par les remords,
Quérant un changement, au loin, par la fenêtre,
Quelque annonce de pluie qui nous viendrait du nord.

Les oiseaux migrateurs sont restés à demeure
Alors que, sous nos yeux, des espèces se meurent.

Les mois de notre enfer © Mapomme

lundi 17 août 2026

Elégies nouvelles. Le vent d'après l'été

 

Le vent d'après l'été, discret, a emporté
Lavoir et souvenirs de notre adolescence :
Nombre de nos projets, ensuite, ont avorté,
Car nous manquaient alors certaines connaissances.

D’un futur potentiel, nous avions disserté,
Tant de projets étant en pleine effervescence ;
Nous n’aurions pas sur tout entière liberté,
Ni dans tous domaines aptitude et finances.

Tant d’appétits naissants et si peu d’estomac !
Que le rêve est beau quand notre esprit le tisse,
Laborieuse araignée d’un estival climat !

Sur mille beaux projets, pas un qui aboutisse
Car tous sont retoqués dès les premiers frimas ;
Nos espoirs d’autrefois, peu à peu, en pâtissent.

Ils sont si merveilleux, esquissés au début,
Avant que le concret les mettent au rebus.

Le vent d'après l'été © Mapomme

Elégies nouvelles. On ne sait trop comment


Contemplez nos regrets qu’un long bec acéré
Dévore tel un foie livré au mont Caucase ;
En nos jeunes années, avec le cœur serré,
On recherche et on craint l’amour comme l’extase ;

J’avais cueilli un jour un baiser espéré,
Bredouillant, tout tremblant, une incertaine phrase ;
Il n’est pas de trésor par Jason déterré
Qui foudroie tout notre être et notre cœur embrase.

Les attristants romans parsemés de malheurs
Tissent la toile hideuse où les amours se prennent,
Où se prend l’amante, saisie de pâleur.

Puis, Tristan sans philtre, tes doutes t’entraînent
Vers des pays brumeux, dépourvus de chaleur,
Qui des jeunes passions feront périr les graines.

Ainsi, à trop lire de tristounets romans,
Ce qui va bien finit on ne sait trop comment.


On ne sait trop comment © Mapomme

dimanche 16 août 2026

Elégies nouvelles. Mort du vieil éléphant

 

Quand le vieil éléphant sent décliner ses forces,
Dans la savane il va avec un but précis ;
Un périple étonnant spontanément s’amorce,
Qu’ont déjà mentionné d’ahurissants récits.

Silencieux et pensif, cet animal énorme
Remâchant son passé, plongé dans ses soucis,
Quitte aussitôt sa troupe et son projet prend forme :
Le terme est arrêté et rien ne l’adoucit.

Son regard s’est voilé de nostalgie intense
Et son passé défile en moments décousus :
Joies et regrets en lui entament une danse.

Lesquels viendront alors à prendre le dessus ?
Rendra-t-il grâce ou pas à l’ample providence
Peignant gais ou amers ces souvenirs reçus ?

C'est la fin du chemin, dans le vaste ossuaire
Où il reposera, sans le moindre suaire.


Mort du vieil éléphant © Mapomme