mardi 18 août 2026

Elégies nouvelles. Les mois de notre enfer

 

 

Se pourrait-il qu’enfin la canicule cesse,
Que des fers des touffeurs nous soyons libérés ?
La tyrannie d’Hélios sans arrêt nous oppresse :
La nuit, par la chaleur, on est exaspéré.

Errant dans la maison, le sommeil en détresse,
On sue comme des veaux et on nous voir errer,
Prêts pour quelque repos, aux pires des bassesses :
Des pénitents s’en vont, clamant Miserere.

Qui aurait cru qu’un jour on puisse tous connaître
L’enfer pour les vivants, le repos pour les morts,
Pour le prix des erreurs que l’on a pu commettre ?

On erre dans la nuit, rongé par les remords,
Quérant un changement, au loin, par la fenêtre,
Quelque annonce de pluie qui nous viendrait du nord.

Les oiseaux migrateurs sont restés à demeure
Alors que, sous nos yeux, des espèces se meurent.

Les mois de notre enfer © Mapomme

lundi 17 août 2026

Elégies nouvelles. Le vent d'après l'été

 

Le vent d'après l'été, discret, a emporté
Lavoir et souvenirs de notre adolescence :
Nombre de nos projets, ensuite, ont avorté,
Car nous manquaient alors certaines connaissances.

D’un futur potentiel, nous avions disserté,
Tant de projets étant en pleine effervescence ;
Nous n’aurions pas sur tout entière liberté,
Ni dans tous domaines aptitude et finances.

Tant d’appétits naissants et si peu d’estomac !
Que le rêve est beau quand notre esprit le tisse,
Laborieuse araignée d’un estival climat !

Sur mille beaux projets, pas un qui aboutisse
Car tous sont retoqués dès les premiers frimas ;
Nos espoirs d’autrefois, peu à peu, en pâtissent.

Ils sont si merveilleux, esquissés au début,
Avant que le concret les mettent au rebus.

Le vent d'après l'été © Mapomme

Elégies nouvelles. On ne sait trop comment


Contemplez nos regrets qu’un long bec acéré
Dévore tel un foie livré au mont Caucase ;
En nos jeunes années, avec le cœur serré,
On recherche et on craint l’amour comme l’extase ;

J’avais cueilli un jour un baiser espéré,
Bredouillant, tout tremblant, une incertaine phrase ;
Il n’est pas de trésor par Jason déterré
Qui foudroie tout notre être et notre cœur embrase.

Les attristants romans parsemés de malheurs
Tissent la toile hideuse où les amours se prennent,
Où se prend l’amante, saisie de pâleur.

Puis, Tristan sans philtre, tes doutes t’entraînent
Vers des pays brumeux, dépourvus de chaleur,
Qui des jeunes passions feront périr les graines.

Ainsi, à trop lire de tristounets romans,
Ce qui va bien finit on ne sait trop comment.


On ne sait trop comment © Mapomme

dimanche 16 août 2026

Elégies nouvelles. Mort du vieil éléphant

 

Quand le vieil éléphant sent décliner ses forces,
Dans la savane il va avec un but précis ;
Un périple étonnant spontanément s’amorce,
Qu’ont déjà mentionné d’ahurissants récits.

Silencieux et pensif, cet animal énorme
Remâchant son passé, plongé dans ses soucis,
Quitte aussitôt sa troupe et son projet prend forme :
Le terme est arrêté et rien ne l’adoucit.

Son regard s’est voilé de nostalgie intense
Et son passé défile en moments décousus :
Joies et regrets en lui entament une danse.

Lesquels viendront alors à prendre le dessus ?
Rendra-t-il grâce ou pas à l’ample providence
Peignant gais ou amers ces souvenirs reçus ?

C'est la fin du chemin, dans le vaste ossuaire
Où il reposera, sans le moindre suaire.


Mort du vieil éléphant © Mapomme

samedi 15 août 2026

Elégies nouvelles. Les bienfaits des forêts

 

Alors que des forêts échappent aux crétins,
Préférant les flammes à la saine verdure,
Profitons du bienfait qui paraît enfantin,
Hors des chaleurs d’été qui, semble-t-il, perdurent.

Fichue canicule frappant dès le matin,
Désirant nous priver d’aller dans la nature !
Une marche en forêt et voici qu’on atteint
Une sérénité, malgré des courbatures.

On revient apaisé, délivrés des tracas
Auxquels nous a soumis une vie citadine :
On échappe en forêt au tumulte, au fracas.

La quiétude des bois paraît presque anodine
Qui creuse l’appétit, calmé par un en-cas,
Et on revient en paix, ayant l’humeur badine.

On sue le spleen profond qui nous colle à la peau
Et, de retour en ville, on nargue son tempo.

Les bienfaits des forêts © Mapomme

Elégies nouvelles. Au jardin des absents

 

Combien d’anciens amis ont passé l’arme à gauche,
Tant qu’il en reste peu aux fêtes du présent ?
Quel carnage sans fin sitôt que la Mort fauche,
Qu’on en dénombre tant sous la mousse gisant.

Suicide et Maladie dans des vies en ébauche,
Les firent sombrer tôt sur les premiers brisants ;
Tant n’avaient pas connu l’excès et la débauche,
Ni les plus beaux émois d’un bel amour grisant.

La mémoire est spoliée de nos journées futures,
De nos soirées de bal à danser à l’envi,
Tandis que face à nous s’offrait une aventure :

L'éclat de l’avenir qui peut se voir ravi
Dès qu’un grand froid nous livre à une sépulture,
Sans que nos rêvent soient moindrement assouvis.

Nos amis disparus se tiennent en grand nombre.
Autour de la fontaine où s'en viennent leurs ombres.

Au jardin des absents © Mapomme


Aujourd'hui nous avons décompté les absents, tous ceux que la maladie a emporté ou qui se sont suicidés. La moitié des amis ont ainsi quitté la scène. C'est une hécatombe indescriptible !

vendredi 14 août 2026

Elégies nouvelles. Un vrai théâtre d'ombres

À Jean en espérant qu'il repousse à plus tard la tragédie des ombres

Une fresque antique d’une joie éphémère,
Vrai théâtre d’ombres, montre de nos repas,
Des soirs improvisés à la saveur amère,
Qui mènent néanmoins de la vie au trépas.

Tant des chers convives sont aujourd’hui sous terre,
Et tant s’y dirigent, marchant à petits pas ;
Ils traînent leurs vieux os et ne font pas mystère
D’avoir peu à vivre d’instants aussi sympas.

Sale air et traitements nous maintiennent en vie,
La Camarde emportant les plus sérieux de nous ;
L’existence est donnée et puis nous est ravie :

Nul ne nous la rendra, nous remettant debout,
Telle qu'en l'ancien temps, elle nous fut servie.
Mais jamais on n’évoque un sujet si tabou.

Trinquons tant qu'il se peut, ombres au crépuscule,
Quand vers l'obscur des nuits nos frêles vies basculent.


Un vrai théâtre d'ombres © Mapomme