samedi 15 août 2026

Elégies nouvelles. Les bienfaits des forêts

 

Alors que des forêts échappent aux crétins,
Préférant les flammes à la saine verdure,
Profitons du bienfait qui paraît enfantin,
Hors des chaleurs d’été qui, semble-t-il, perdurent.

Fichue canicule frappant dès le matin,
Désirant nous priver d’aller dans la nature !
Une marche en forêt et voici qu’on atteint
Une sérénité, malgré des courbatures.

On revient apaisé, délivrés des tracas
Auxquels nous a soumis une vie citadine :
On échappe en forêt au tumulte, au fracas.

La quiétude des bois paraît presque anodine
Qui creuse l’appétit, calmé par un en-cas,
Et on revient en paix, ayant l’humeur badine.

On sue le spleen profond qui nous colle à la peau
Et, de retour en ville, on nargue son tempo.

Les bienfaits des forêts © Mapomme

Elégies nouvelles. Au jardin des absents

 

Combien d’anciens amis ont passé l’arme à gauche,
Tant qu’il en reste peu aux fêtes du présent ?
Quel carnage sans fin sitôt que la Mort fauche,
Qu’on en dénombre tant sous la mousse gisant.

Suicide et Maladie dans des vies en ébauche,
Les firent sombrer tôt sur les premiers brisants ;
Tant n’avaient pas connu l’excès et la débauche,
Ni les plus beaux émois d’un bel amour grisant.

La mémoire est spoliée de nos journées futures,
De nos soirées de bal à danser à l’envi,
Tandis que face à nous s’offrait une aventure :

L'éclat de l’avenir qui peut se voir ravi
Dès qu’un grand froid nous livre à une sépulture,
Sans que nos rêvent soient moindrement assouvis.

Nos amis disparus se tiennent en grand nombre.
Autour de la fontaine où s'en viennent leurs ombres.

Au jardin des absents © Mapomme


Aujourd'hui nous avons décompté les absents, tous ceux que la maladie a emporté ou qui se sont suicidés. La moitié des amis ont ainsi quitté la scène. C'est une hécatombe indescriptible !

vendredi 14 août 2026

Elégies nouvelles. Un vrai théâtre d'ombres

À Jean en espérant qu'il repousse à plus tard la tragédie des ombres

Une fresque antique d’une joie éphémère,
Vrai théâtre d’ombres, montre de nos repas,
Des soirs improvisés à la saveur amère,
Qui mènent néanmoins de la vie au trépas.

Tant des chers convives sont aujourd’hui sous terre,
Et tant s’y dirigent, marchant à petits pas ;
Ils traînent leurs vieux os et ne font pas mystère
D’avoir peu à vivre d’instants aussi sympas.

Sale air et traitements nous maintiennent en vie,
La Camarde emportant les plus sérieux de nous ;
L’existence est donnée et puis nous est ravie :

Nul ne nous la rendra, nous remettant debout,
Telle qu'en l'ancien temps, elle nous fut servie.
Mais jamais on n’évoque un sujet si tabou.

Trinquons tant qu'il se peut, ombres au crépuscule,
Quand vers l'obscur des nuits nos frêles vies basculent.


Un vrai théâtre d'ombres © Mapomme

Elégies nouvelles. Un piano boréal

 

Dans ma tête il y a un piano qui résonne,
Un piano boréal et de sublimes cieux
Qui chatoient au rythme des airs qu’on emprisonne
Depuis la tendre enfance et m’est resté précieux.

Je l’ai aimé d’autant que mon cœur emprisonne
Un regret du piano, instrument trop spacieux,
Que je n’ai jamais eu, regret qu’hiver tisonne,
Aux neiges des frissons et des frimas otieux.

Aussi j’ai admiré ces accords qui maitrisent
L’instrument de mon cœur et de mon spleen d’antan ;
On a mésestimé l’ampleur de son emprise.

Ces rêves dédaignés nous hantent très longtemps,
Spectres inassouvis dont jamais ne se brisent
Les chaînes à leurs pieds, d’un poids les tourmentant.

Des chanteurs ont nourri de leurs accords modernes,
Tels des cieux boréaux, tous mes songes en berne.


Un piano boréal © Mapomme

Ce n'est pas un secret : j'ai toujours rêvé d'apprendre à jouer du piano, non pas pour devenir un concertiste ou un chanteur connu, mais par attirance pour cet instrument : plus tard les pianos électriques auraient pu prendre moins de place et faire moins de ramdam dans une maison.

Il suffisait d'apprendre les bases et de s'adapter aux airs du temps.

jeudi 13 août 2026

Elégies nouvelles. Dans la nuit, des aveugles


Des aveugles fixent les ténèbres des cieux,
Mais voient-ils le soleil ou sa lueur défunte ?
Les regards clairvoyants, autrefois si précieux,
Applaudissent l’éclipse et le pouvoir des juntes.

À l’instar d’Œdipe crevons nous donc les yeux,
  Afin de ne pas voir se confirmer nos craintes ;
On entend, ça et là, des discours séditieux
Qui ont laissé jadis une fatale empreinte.

La liberté solaire a ainsi dépéri,
Lorsqu’un peuple imprudent a cru à des promesses,
Qui ne sont que des mots dont le temps nous guérit.

Mais que de maux subis, qui sur notre âme laissent
La marque d’infâmie et les regrets nourris !
Une erreur, quelquefois, plus qu’une autre  nous blesse.

N'admirez pas l'obscur qui promet le meilleur,
N'offrant qu'un or des fous au novice orpailleur !




Dans la nuit, des aveugles © Mapomme

mercredi 12 août 2026

Elégies nouvelles. Ô Fortune variable !

  

Les bénéfices vont aux humains fortunés
Tandis que dans la rue s’étale la l’indigence ;
Si les uns vendent plus, d’autres sont condamnés
À toujours emprunter pour leurs achats d’urgence.

On emprunte deux sous, voulant se dépanner,
Mais jamais le prêteur n’accorde d’indulgence ;
Le retard amplifie un crédit effréné
Tandis que le banquier accroît ses exigences.

Les multiples cartes jettent sur le trottoir,
Celui qui ne sait pas quelque peu se restreindre,
Car surviendra toujours une date butoir.

Maison, auto, salon et nos objets les moindres
Serviront à régler notre dette au comptoir :
Sur tous les biens perdus, inutile de geindre.

La fortune des uns s'accroît, mois après mois,
Et le malheur du gueux fait des riches des rois.



Ô Fortune variable ! © Mapomme

Le hasard veut qu'aujourd'hui (12/08/2026) sorte un rapport aux USA qui indique que les riches sont plus riches, et selon le principe des vases communicants, les pauvres s'appauvrissent et même dans les pavillons de banlieues, la dette des cartes de crédit s'amplifie, autrement dit de faux aisés sont plus pauvres que riches.

mardi 11 août 2026

Elégies nouvelles. La faim de territoires

 

La faim de conquêtes est l’appétit sans fin
Qui poussera le loup vers des contrées nouvelles ;
Si enivrant renaît le passionnant parfum,
De l’interdit commun qui au nez se révèle.

Il faudra déchirer tous les traités défunts,
Dont l’encre a tant séché chez un tyran rebelle ;
Pour durer un peu plus, on excite la faim
Et l’on vante combien l’orgie de sang est belle.

Le combat peut durer plus longtemps qu’espéré,
Et on exalte alors les glorieux sacrifices
Des héros du pays que l’on doit vénérer ?

De la guerre on vante les amples bénéfices,
Se résumant en fait à devoir enterrer
Une génération par ces mauvais offices.

Voici bien la folie des tyrans vieillissants,
Cherchant la jouvence dans un torrent de sang.


La faim de territoires © Mapomme