Peut-on vraiment briguer un des pouvoirs sacrés
En contestant toujours celui de la justice ?
Sitôt que ce dernier est sans cesse exécré,
Naît le césarisme par le moindre interstice.
L’équilibre se voit peu à peu menacé,
Dès que Thémis n’a plus une juste balance ;
Alors nous marcherons, regrettant le passé,
Tandis que souffleront nombre de turbulences.
Il est vrai que le mieux est l’ennemi du bien,
Et notre société, à l’instar d’une horloge,
Marchera de guingois en changeant trois fois rien.
On dit que le diable dans les détails se loge :
Qu’un rouage se bloque et des démons chthoniens
Surgiront dans nos vies, issus des sombres bolges.
Si un pouvoir tenait les autres dans sa main,
L’ombre se répandrait sur les frères humains.
jeudi 9 juillet 2026
Elégies. La balance et le glaive
Elégies. La courtine déserte
Comment pouvoir danser sur les braises du monde,
Alors qu’ont disparu nos frêles convictions ?
Elles semblaient pourtant solides et profondes,
Mais peu à peu sapées par un récit-fiction.
Lorsque la forteresse est minée par la fronde
Que mènent en son sein de multiples factions,
Quand sont abandonnés tous les chemins de ronde,
Pourrions-nous espérer de saines réactions ?
Hors du monde connu, après un long périple,
Qui peut se satisfaire des royaumes humains,
Sans les mortels périls, si variés, si multiples ?
Les orateurs savent dépeindre un lendemain
Qui serait sans risques pour eux et leurs disciples :
Ils croient que nul danger n’est déjà en chemin.
La courtine en ruine demeure sans un garde
Ne voit pas venir les troupes pillardes.
mercredi 6 mai 2026
Elégies. Telle fauve nuée d’étourneaux sansonnets
Que de parents, d’amis sont tombés en septembre,
Comme feuilles jaunies emportées par le vent ;
Déserte est la maison, inhabitée la chambre,
Et tristes, nous tremblons quand nous passons devant.
Les rousses feuilles choient, sous le souffle s’envolent,
Telle fauve nuée d’étourneaux sansonnets ;
Pouvions-nous demeurer l’âme et le cœur frivoles,
Quand au septentrion ce vent froid les menait ?
Les volets restent clos, la peinture s’écaille,
Et on ne sait où vont tous nos chers disparus ;
Nos rites ont changé, livrés à la pagaille,
Le souffle des Borées par les rues a couru.
Le marbre est tavelé par les ondées soudaines
Qui veulent effacer les noms, les souvenirs ;
On garde pieusement nos rires, nos fredaines,
Du moindre oubli sachant toujours nous abstenir.
Que de parents, d’amis à l’automne s’absentent,
Vers des cieux plus lointains, dans l’ombre des caveaux !
Mais nous gardons en nous l’image éblouissante
Des années dissolues par monts comme par vaux.
Telle fauve nuée d'étourneaux sansonnets © Mapomme
jeudi 11 décembre 2025
Rimes drolatiques. Maudit miroir de mort !
Et tes kilos sont nés dans les mêmes repas !
Las ! d’un siècle à l’autre et de nos vies anciennes,
Que sont donc devenus nos candides appâts ?
Vois, au creux de nos mains, la ligne saturnienne,
D’un destin qui conduit tout droit vers le trépas !
Il n’est aucun savant, pas une magicienne
Pour contrer le sort que l'on n’évite pas.
Tu hais mes cheveux blancs et mes profondes rides,
Dont le Temps a tracé sur mon front les sillons
Quoiqu’il ne pousse rien sur ce champ trop aride.
Où sont les jeunes ans pris dans un tourbillon,
Alors qu’on effeuillait un sombre éphéméride ?
Nous parcourons la vie tels d’ivres papillons.
lundi 8 décembre 2025
Rimes drolatiques. Châtiment de l’oubli
De retour au village, en
cet été ardent,
Il posa son barda dans la maison ancienne ;
Il y avait connu des festins abondants,
Aux saveurs mijotées par quelques magiciennes.
Il alla faire un tour vers l’église d’antan,
Poussant la porte en bois qu’il ouvrit à grand-peine ;
Il marcha vers la nef, en absent repentant,
Fixant le maître-autel ciselé dans l’ébène.
Le toit avait croulé sur les bancs tous détruits,
Un arbre avait poussé, gonflant le carrelage
Et, au lieu du silence, on percevait les bruits
Venus de l’extérieur. Que faisait le village ?
De ce danger pressant, nul ne l’avait instruit :
Lui-même étant absent s’était montré volage.
dimanche 7 décembre 2025
Rimes drolatiques. L'origine du Mal
Où d’émergents pays pourraient respirer mieux ;
Ils seraient invités à la tablée auguste,
Où ne siégeaient jadis que quelques demi-dieux.
Le Commerce devint un monde de flibuste,
Et le profit naquit de calculs odieux ;
Le savoir ouvrier, au bleu de chauffe fruste,
Apparût comme un frein aux porteurs ambitieux.
On a mis à la rue, pour de gros dividendes,
Sans jamais investir, des pays en entiers,
Dans l’ivresse absolue des cécités marchandes.
Après les bâtisseurs, sont venus les rentiers,
Qui adorent Mammon et livrent en offrande
Tout un monde ouvrier, aux temples des courtiers.





