jeudi 30 juillet 2026

Elégies nouvelles. L'emprise de la haine

 

Des deux qui a raison et lequel aurait tort,
Car, à cors et à cris, deux extrêmes s’affrontent ?
L’opposition verbale est un combat à mort,
Où thrace et rétiaire s’invectivent sans honte.

L’issue sera fatale en ce long corps à corps,
Où la tension fatale à chaque joute monte ;
Des continents entiers constituent le décor
Où des fauves cherchent une victoire prompte.

Le monde, au bord du gouffre, en oublie le ravin
Où il pourrait tomber, retrouvant les ténèbres,
L’antre de barbarie des triomphes si vains.

Faut-il un sombre âge pour qu’enfin on célèbre
Un passé imparfait et faussement divin ?
Alors, nous pleurerons sur ses cendres funèbres.

La haine est ainsi reine et tient lieu de débat,
Faisant craindre bientôt d’inutiles combats.



L'emprise de la haine © Mapomme


mercredi 29 juillet 2026

Elégies nouvelles. Une ritournelle

   

Vibre la ritournelle, entonnée si souvent,
Et nous voici sautant des années en arrière ;
Ma mère fredonnait un chant corse d’avant,
Un air a cappella, dans l’escalier en pierres.

On est soudain ému, redevenant l’enfant,
Qui l’écoutait chanter un air à sa manière ;
Pour ne pas regretter, souvent on se défend
Des refrains entonnés près de la cuisinière.

Pourquoi cette émotion, tandis qu’une chanson
Résonne à la radio, éveillant une image
D’un passé disparu ?  Du moins nous le pensions :

Un air et une voix campent le personnage,
Qui traversa le temps. Fichtre ! Quelle émotion
De voir ressuscité ce chant de mon jeune âge !

En fait, on n’oublie rien : on se leurre sans fin
En supposant nos liens à tout jamais défunts.

Une ritournelle © Mapomme

mardi 28 juillet 2026

Elègies nouvelles. Le renouveau d'un soir

  

On se retrouve un soir d’un apéro fortuit,
Qui magnifie la nuit d'une aura formidable ;
Apprécions cet instant délectable et gratuit,
Portant à l’improviste un bonheur insondable.

Chaque regard brille, tel un astre qui luit,
Offrant un souvenir qu’on croit inimitable ;
Il suffit d’un instant rare comme icelui
Pour qu’à la tablée naisse une joie véritable.

Mangeons, buvons, trinquons, pour éclairer la nuit,
Pour que dans le regard brille un éclat stellaire,
Qui chasse à tout jamais le démon de l’ennui ;

Ce soir, reste défait ce tourment séculaire
Alors que nous marchions privés du moindre appui,
Dans les feux des enfers, sans ange tutélaire.

Le renouveau d’un soir, sous les cieux scintillants,
Permet de mille discours joyeux et sémillants.

Le renouveau d'un soir © Mapomme

lundi 27 juillet 2026

Elégies nouvelles. Pourtant la vie triomphe

 

La barbare folie des tyrans sanguinaires,
Qui rêvent d’empire et d’âge révolu
Porte partout le fer des guerres millénaires,
Et l’affreux cauchemar d’un pouvoir absolu.

Cet âge disparu, étouffant la lumière,
N’était que tristesse, sans espoir de salut ;
Par quelle perversion, la sanglante bannière
Est-elle ressortie d’un coffre vermoulu ?

Même amputé, l’Espoir verra briller sa flamme,
Chassant les ténèbres et la brutalité,
En délivrant la paix que sollicite l’âme ;

Par-delà les noirceurs de la réalité,
Subsistera l’éclat que notre cœur réclame,
Une aube retrouvée où règne l’équité.

Un tyran ne peut rien contre la résilience
Qui d'un peuple a forgé l'indestructible alliance.

Pourtant la vie triomphe © Mapomme

Elégies nouvelles. Mad-Bull at Tea Party


On se retrouve assis, de bon ou mauvais gré,
À une Tea Party où règne la folie ;
Travaillant du chapeau, sans vouloir intégrer
Ce cercle où la raison se retrouve abolie.

Un chapelier dingo s’est auto-consacré
Le Maître du monde qui jacte et se renie ;
Qui s’en viendra siffler la fin de la récré,
Pour que les harangues se voient enfin bannies ?

Qu’on mène à l’asile ce dément coquardeau,
Qui effraie le monde, à force de diatribes,
Menaçant les uns de porter un fardeau

De taxes, de sanctions, sans que rien ne l’inhibe ;
Comment suivre un discours d’un esprit si lourdaud,
Engendré sans l’aide de quelque savant scribe ?

Le néant existe ! Nous l’avons rencontré,
Pérorant sans arrêt, sans jamais démontrer.

Mad-Bull at Tea-Party © Mapomme

Elégies nouvelles. Eheu ! Tempus fugit

 

Le chemin nous conduit vers l’immortalité,
Tant les progrès sont grands en science médicale ;
On fait des longues vies une banalité,
Quitte à nous momifier de façon radicale.

Hélas, le temps s’enfuit, si vite en vérité,
Et lentement spolie de la force vitale ;
Il défait nos savoirs, patiemment hérités
Des livres, des soirées, d’amitiés capitales.

De l’eau entre nos doigts : tels seront les instants,
Archivés patiemment tout au long des années,
De ce qui a paru un théâtre constant.

Plusieurs vies dans la vie et des joies surannées,
Des drames, du labeur, un chemin persistant,
S’étiolent peu à peu comme des fleurs fanées.

De la chaise au fauteuil, on redoute le terme
Du livre d'une vie que chaque jour referme.

Eheu ! Tempus fugit © Mapomme

mercredi 22 juillet 2026

Elégies nouvelles. Les chaleurs des enfers

 

Nous allons, chaque jour, plus avant vers l’enfer,
Damnés par la chaleur, accablés par les flammes,
Les saints et les pêcheurs, dans un tourment amer,
Tandis qu’en nos étés se préparent des drames.

La nuit comme le jour, un feu brûle nos chairs,
Nous torturant sans fin, jusqu’au tréfonds de l’âme ;
Des erreurs des puissants, il nous faut payer cher
La cécité qui fait que notre monde crame.

De funestes devins annonçaient ce présent,
Mais on a espéré d’improbables miracles,
Que viendrait nous offrir un futur très plaisant.

N’ayant pas fait aux maux suffisamment obstacle,
Nous subissons, dès lors, nuits et jours épuisants,
Constatant en tous lieux d’itératifs spectacles.

Au prix de déluges, suivis de sécheresses,
Le monde doit payer le prix de la paresse.


Les chaleurs des enfers © Mapomme