vendredi 4 septembre 2026

Elégies nouvelles. À la sueur du front

  

La canicule est là, pour la cinquième fois,
On fond, goutte à goutte, pour une longue peine ;
Si nous sommes sages, faisant ce qu’il se doit,
Dans dix ans on ira sans perdre ainsi haleine.

Marcher est un supplice et c’est avec effroi
Qu’on met le nez dehors, où un peuple se traîne ;
On se rend au super, où on ressent le froid,
Où légumes et fruits vident nos bas de laine.  

Le paysan se plaint en parcourant son champ :
La terre est craquelée et sa récolte maigre
Ne paie pas son labeur ; son banquier le fâchant

Exige des rentrées et ça tourne au vinaigre ;
Dans la rue, le péquin dégouline en marchant,
Regrettant les étés aux souvenirs allègres.

Reverrons-nous ces jours dans un futur lointain
Ou alors ce monde se sera-t-il éteint ?

A la sueur du front © Mapomme

Elégies nouvelles. Aux martyrs secourables

À Eva Reuter, au nom de tous les autres

 

Dans un conflit sans fin, bien des anges succombent,
Des anges de bonté qui offrent leur secours ;
Lorsque des missiles sur un même lieu tombent,
Que peuvent notre émoi et tous nos beaux discours ?

Un tyran sanguinaire emplit les catacombes,
Effaçant les printemps et tout élan d’amour
Par simple cruauté, dans la folle hécatombe,
Refusant que la paix fasse enfin son retour.

Faut-il être privé des semence futures,
En temps de pénurie, lorsque manquent les grains,
Offrir aux champs de mort votre progéniture ?

Qui peut se réjouir des moissons de chagrin,
Sinon quelque Merlin servant des dictatures,
Qui, aux projets sanglants, ne mettra aucun frein ?

Méprisons l’assassin, admirons les martyrs
Qui, vers des cieux meilleurs, ont dû soudain partir.

Aux martyrs secourables © Mapomme

jeudi 3 septembre 2026

Elégies nouvelles. Chassez le naturel...


On croit qu’une sorcière a renié ses sorts,
Et qu’elle se limite à une magie blanche ;
Chassez le naturel et bientôt il ressort,
Quand l’ostracisme ancien brusquement se déclenche.

Il est de vieux démons que l’on supposait morts,
Qui dans l’âme infectée à jamais se retranchent ;
Ils prennent le dessus, sans l’ombre d’un remords,
Sitôt que la sorcière a des paroles franches.

Alors le pays d’Oz, au futur pavé d’or
Exhume l’anathème et le vieil ostracisme,
Car on sourit dehors et on abhorre indoor.

La sorcière est-elle ivre et, sans nul exorcisme,
Elle bannit le voile à l’égal du tchador,
Possédée à nouveau par l’éternel racisme.

Le naturel chassé revient en vérité,
Car la sorcière l’a de son père hérité.

Chassez le naturel... © Mapomme  

mercredi 2 septembre 2026

Elégies nouvelles. Némésis vengeress

 

Il faut que l’assassin tremble si l’on prononce
Le nom de Némésis, la fille de la Nuit ;
L’évoquer agira tel un coup de semonce
Car la vengeance vient, résolument, sans bruit.

Aux crimes, autrefois, elle était la réponse,
Qui, pour le meurtrier, était source d’ennuis ;
À tout sanglant forfait, par avance, renonce
Et, droit vers l’horizon, pour longtemps pars et fuis !

Tyran, crains ton hybris qui te pousse à l’outrance,
À tuer un gêneur entravant tes desseins,
À voir dans la réserve une ample remontrance.

Un complot ne naît pas d'un silence succinct,
Augurant pour demain une brusque ingérence,
Et qui mènerait droit à un projet assassin.

Si l’orgueil te faisait commettre un homicide,
Némésis paraîtrait, te poussant dans le vide.

Némésis vengeresse © Mapomme 

Elégies nouvelles. Se fier aux étrangers

 

Il n’est pas spontané, face à un étranger,
Que d’un simple regard on lui fasse confiance ;
Ça l’est nettement moins, s’il vient nous déranger,
Même si l’on perçoit dans ses yeux sa vaillance.

La compassion incite à offrir à manger
Mais n’est-on pas trahi par son inexpérience ?
Pour chacun l’inconnu est source de danger,
Et un pressentiment ne vaut pas clairvoyance.

Tout son corps est meurtri par les flots écumants,
Et ne doit-on à l’autre empathie et entraide ?
Faut-il demeurer froid face à ce dénuement ?

L’humanité devient antisociale et laide,
Revêtant ses défauts de piètres arguments,
Et les humains en masse à l’égoïsme cèdent.

Conte-moi, naufragé, ton passé, tes ennuis :
Peut-être es-tu un roi que le malheur poursuit !

Se fier aux étrangers © Mapomme 

Elégies nouvelles. Paradoxal humain

 

Alors, c'est décidé, paradoxal humain ?
Tu déclines l'offre d'une éternelle vie,
Empruntant sur les flots un périlleux chemin
Où ton embarcation toujours sera suivie.

Ton épouse, peut-être, a accordé sa main
À quelque prétendant qui l’aura asservie ;
Et qui sait si ton fils, avant le lendemain,
Aura fini sa vie, par l’imposteur ravie ?

Un dieu farouche attend pour venger son enfant,
Sur ces flots incertains aux tombes abyssales,
Que nul pleur d’un parent des frissons ne défend.

Peut-être un prétendant parade dans ta salle,
Pourchassant tes parents que son épée pourfend,
Tandis que ton père porte des habits sales.

« Si je restais ici, qu’on me suppose mort,
Croirais-tu, Calypso, que j’irais sans remords ? »

Paradoxal humain © Mapomme 

mardi 1 septembre 2026

Elégies nouvelles. La tyrannie du look

 

Je vois autour de moi tant de temps épuisé,
Car le look compte plus que ce qui fonde un être ;
Le capital restant s’est donc amenuisé
À créer un reflet qui vous fait reconnaître.

Dans l’eau votre reflet est tellement prisé,
Qu’il devient sur le champ de vos pensées le maître ;
Se perd tout votre temps ainsi vampirisé,
Pour un précaire look qui viendra vous soumettre.

Je me douche, me coiffe et, une fois vêtu,
Du reste je me fous, en croquant l’existence
Dans le torrent des ans, où je suis un fétu.

Narcisse, pauvre idiot ! Qu’importe ta prestance :
Embrasse ton Écho, à bouche que veux-tu !
Plus qu’un reflet, son cœur gardera sa constance.

Fais mentir Tirésias, aux sombres prédictions :
Contemple dans ses yeux ton pouvoir d’attraction.

La tyrannie du look © Mapomme