mercredi 26 août 2026

Elégies nouvelles. Voir où le vent nous porte

  

Tout être a traversé un aride désert,
Sans trop savoir pourquoi ses illusions sont mortes ;
À quoi bon, au final, ce long chemin lui sert ?
Le marcheur voudrait-il voir où le vent le porte ?

Il peut très bien rêver de l’écumante mer,
Aux sombres profondeurs où tant d’espoirs avortent ;
Sans cesse un grand nombre dans l’abysse se perd
Même si à plonger toujours son cœur l’exhorte.

On se trouve en un lieu, aux herbages défunts,
Quitté par les troupeaux, les humains et la vie,
Montrant au songe-creux qu’il atteint les confins,

Siège des chimères, de nos âmes ravies.
Alors, le bel espoir ne peut plus être feint
Et la folle quête cesse d’être suivie !

Nous faut-il allumer un nouveau feu sacré
Pour s’enivrer encor de son nectar sucré ?

Voir où le vent nous porte © Mapomme 

Elégies nouvelles. Maître de l'Univers

 

L’autocrate se voit maître de l’Univers,
Désireux d’assouvir le goût de la victoire ;

Les plans qu’il entreprend s’en vont tout de travers
Et il ne marquera en aucun cas l’histoire.

Cet aigle décrépit enchaîne les revers,
Au lieu de conquérir de nouveaux territoires ;
Il se croit au printemps mais traverse l’hiver
Essuyant des affronts et de cuisants déboires.

César de pacotille aux lauriers décatis,
Il lorgne vers les cieux et d’inhabités astres,
Où des dômes miniers bientôt seront bâtis.

N’en ressortira-t-il quelque futur désastre,
Si jamais ce projet demeure inabouti,
Digne du ciboulot du pire des jobastres ?

Mettons-nous à l’abri des mutiples yakas
Prétendant résoudre nos mille et un tracas !

Maître de l'Univers © Mapomme 

mardi 25 août 2026

Elégies nouvelles. Accords et désaccord


Sur ma gratte sèche je sortais des accords,
Imparfaits à mon goût, adolescent sévère ;

Or on a évoqué, dans le plaisant décor
Du lieu de mes efforts, mon talent de trouvère.

Je suis toujours resté, sur ma valeur d’alors,
Frustré du résultat, tel un critique austère ;
Un demi siècle après, ces indigents efforts
Se voient complimentés : c’est un profond mystère !

Certains se voient plus beaux, d’autres se trouvent laids :
Aucun juste milieu, dans ces quelques sentences,
Où l’on estime bien un jeu qui me déplaît.

C’est tout le mystère d’une longue existence :
Je note les défauts de mon jeu incomplet,
Qui hante ma mémoire avec grande insistance.

Sachons nous pardonner quelques imperfections
Sans toujours élever une vaine objection !

Labyrinthe onirique © Mapomme 

Elégies nouvelles. Labyrinthe onirique

 

Dans quel rêve ai-je erré durant la nuit dernière ?
J’allais dans des couloirs sans issue, ténébreux,
Où mon âme égarée demeurait prisonnière
Du récit d’un conteur aux yeux d’un blanc vitreux.

Est-ce réalité qu’une ode sans lumière,
Mythique vérité d’un périple scabreux ?
Gardons-nous de la nuit ces impressions premières,
Dont un chaos mental assez malencontreux ?

Le matin est paré d’un vêtement nocturne
Où rêve et vérité se lient confusément,
Quand le conteur choisit le masque et les cothurnes.

Le chant de l’égaré n’a pas été vraiment :
Les brumes du songe, dans le jour taciturne,
Font un conte énoncé assez malaisément.

Comme la voie du jour tisse un voile fragile
Où l’aède se prend, malgré ses mots agiles !

Labyrinthe onirique © Mapomme 

Elégies nouvelles. Le danger sous l'espoir



Des récifs sont cachés sous l'écume des flots
Tel un piège mortel prêt à briser l’étrave ;
Le soleil de l’espoir tragiquement se clot
Et son navire gît au milieu des épaves.

Tout l’or de l’horizon est désormais forclos,
Sur un félon récif dont il sera l’esclave ;
La coque, sous les flots, grince d’un long sanglot
Et nul rayon doré de son spleen ne le lave.

Les rives du rêve sont proches, au lointain,
Couvrant d’amertume nos vaines espérances,
Et le bel avenir qui nous semblait certain.

Notre itinéraire nous parut une errance,
Sans un but très précis, et nos souhaits éteints
Stagneront en ce lieu, révélant nos carences.

Tout rêveur échoué sur ce morne récif
Espère le quitter tout en restant passif.

Le danger sous l'espoir © Mapomme 

samedi 22 août 2026

Elégies nouvelles. Perdu dans les ténèbres



Profondes ténèbres, est-il un seul remède,
Afin de vous chasser hors d'un des morts-vivants ?
Si un sorcier pouvait lui apporter son aide,
Sortirait-il de l'ombre où il reste souvent ?

Ses pensées le soustraient et un sourire tiède
Est accordé aux siens, s'ils lui passent devant ;
Mais cet esprit brillant n'a plus que pensées laides :
Où se sont envolés ses exposés savants ?

Croule une mémoire dans le monde des ombres
Et aucun dieu d’antan, ni aucun magicien,
Ne pourra l’extraire des permanents décombres.

Le voici étranger, bien qu’entouré des siens,
Qui viennent l’assister à tout instant en nombre,
Le sourire a quitté le facétieux ancien.

Ô jour reviendras-tu éclairer ce visage
Et ce regard joyeux dont il faisait usage ?

Perdu dans les ténèbres © Mapomme 

Elégies nouvelles. Mais qui contrôle qui ?

 

Pour l’humain le progrès est un fléau constant,
Versant une ciguë parmi les plus fatales ;
L’Éden tant espéré s’avère inconsistant,
Et il n’a pas de temple avec mille vestales

Au contraire, il est froid, inhumain et distant,
Puissance illimitée, intercontinentale ;
Elle met en péril l’équilibre existant,
Ultime plaie frappant l’économie vitale.

C’est une fois encor l'humain qui va morfler,
Écarté d’un éden où règne l’abondance ;
Par ce bannissement, on se fera enfler.

Misérable la troupe avec sa descendance,
Verront les dieux nouveaux, aux coffres surgonflés,
Exhiber leur fortune avec outrecuidance.

Ces dieux très passagers oublient les rébellions
Chassant de leur trône d'éphémères lions.


Mais qui contrôle qui ? © Mapomme