mercredi 6 mai 2026

Elégies. Telle fauve nuée d’étourneaux sansonnets

 Que de parents, d’amis sont tombés en septembre,
Comme feuilles jaunies emportées par le vent ;
Déserte est la maison, inhabitée la chambre,
Et tristes, nous tremblons quand nous passons devant.

Les rousses feuilles choient, sous le souffle s’envolent,
Telle fauve nuée d’étourneaux sansonnets ;
Pouvions-nous demeurer l’âme et le cœur frivoles,
Quand au septentrion ce vent froid les menait ?

Les volets restent clos, la peinture s’écaille,
Et on ne sait où vont tous nos chers disparus ;
Nos rites ont changé, livrés à la pagaille,
Le souffle des Borées par les rues a couru.

Le marbre est tavelé par les ondées soudaines
Qui veulent effacer les noms, les souvenirs ;
On garde pieusement nos rires, nos fredaines,
Du moindre oubli sachant toujours nous abstenir.

Que de parents, d’amis à l’automne s’absentent,
Vers des cieux plus lointains, dans l’ombre des caveaux !
Mais nous gardons en nous l’image éblouissante
Des années dissolues par monts comme par vaux.


Telle fauve nuée d'étourneaux sansonnets 
© Mapomme



jeudi 11 décembre 2025

Rimes drolatiques. Maudit miroir de mort !

Maudites ! Tes rides sont un reflet des miennes
Et tes kilos sont nés dans les mêmes repas !
Las ! d’un siècle à l’autre et de nos vies anciennes,
Que sont donc devenus nos candides appâts ?

Vois, au creux de nos mains, la ligne saturnienne,
D’un destin qui conduit tout droit vers le trépas !
Il n’est aucun savant, pas une magicienne
Pour contrer le sort que l'on n’évite pas.

Tu hais mes cheveux blancs et mes profondes rides,
Dont le Temps a tracé sur mon front les sillons
Quoiqu’il ne pousse rien sur ce champ trop aride.

Où sont les jeunes ans pris dans un tourbillon,
Alors qu’on effeuillait un sombre éphéméride ?
Nous parcourons la vie tels d’ivres papillons.


Châtiment de l'oubli © Mapomme

lundi 8 décembre 2025

Rimes drolatiques. Châtiment de l’oubli

De retour au village, en cet été ardent,
Il posa son barda dans la maison ancienne ;
Il y avait connu des festins abondants,
Aux saveurs mijotées par quelques magiciennes.

Il alla faire un tour vers l’église d’antan,
Poussant la porte en bois qu’il ouvrit à grand-peine ;
Il marcha vers la nef, en absent repentant,
Fixant le maître-autel ciselé dans l’ébène.

Le toit avait croulé sur les bancs tous détruits,
Un arbre avait poussé, gonflant le carrelage
Et, au lieu du silence, on percevait les bruits

Venus de l’extérieur. Que faisait le village ?
De ce danger pressant, nul ne l’avait instruit :
Lui-même étant absent s’était montré volage.

Châtiment de l'oubli © Mapomme

dimanche 7 décembre 2025

Rimes drolatiques. L'origine du Mal

Naïvement on rêve à un monde plus juste,
Où d’émergents pays pourraient respirer mieux ;
Ils seraient invités à la tablée auguste,
Où ne siégeaient jadis que quelques demi-dieux.

Le Commerce devint un monde de flibuste,
Et le profit naquit de calculs odieux ;
Le savoir ouvrier, au bleu de chauffe fruste,
Apparût comme un frein aux porteurs ambitieux.

On a mis à la rue, pour de gros dividendes,
Sans jamais investir, des pays en entiers,
Dans l’ivresse absolue des cécités marchandes.

Après les bâtisseurs, sont venus les rentiers,
Qui adorent Mammon et livrent en offrande
Tout un monde ouvrier, aux temples des courtiers.


L'origine du Mal © Mapomme

samedi 6 décembre 2025

Rimes drolatiques. Le coût des hamburgers

Le Monde obèse assis sur le désert sans fin
Rêve de hamburgers de plus en plus immenses ;
Il s’empiffre à crever, jusqu’à n’avoir plus faim,
À deux doigts de gerber, comme pris de démence.

On assèche les sols pour nourrir des bovins,
Tandis qu’on meurt ailleurs, privé de subsistance ;
Des devins de malheur interviennent en vain :
Le Monde dans l’orgie plonge avec insistance.

Il sue, il se sent mal et croit cent fois crever,
Mais plonge dans l’excès qui masque un profond vide,
Et un flot de soda s’en viendra l’achever.

Son foie le travaillant, quand il devient livide,
Par le bide bourré le cœur est soulevé :
L’ogre, ainsi se camant, de bouffe reste avide.


Le coût des hamburgers © Mapomme


jeudi 4 décembre 2025

Rimes drôlatiques. Le vrai coût de la guerre

Un monstre sanguinaire expédie sa jeunesse,
Sur le front, au combat, pour y verser le sang,
Celui de l’ennemi et le sien en l’espèce,
César ayant prédit un pouvoir renaissant.

Mourrez, braves soldats, pour la fière promesse,
D’une fatale plaie ou sous des vents glaçants,
Qu’une génération s’éteigne avec noblesse,
Inspirant des romans et des chants indécents.

Dévorant ses enfants, ce tyran est Saturne,
Petit titan pâlot, qui se veut immortel,
Aux yeux inexpressifs, glacés et taciturnes.

Il lui faut sacrifier sur ces fumants autels,
Le sang de la patrie, les cendres dans les urnes,
Pour vivre dans l’histoire et paraître éternel.


Le vrai coût de la guerre © Mapomme

mardi 2 décembre 2025

Rimes drolatiques. Bannir la féérie

Bruxelles, Noël triste, où de nombreux enfants
Se voient privés des joies des fêtes coutumières :
Un maire mécréant soudainement défend
L’annuelle crèche de nos années premières.

D’horribles mannequins, que l’opinion pourfend,
Aux visages sans trait, plantés sous les lumières,
Affichent leur horreur, nos rêves étouffant,
La féérie étant d’un dogme prisonnière.

Ailleurs on a banni les crèches et sapins,
Qui indiquaient la joie des cadeaux, du partage,
Des tablées réunies, qu’on soit ou pas rupin.

Quelle est cette folie qui nous prend en otage,
Où un sectaire veut, jouant les turlupins,
Bannir la féerie qui est notre héritage?


Mères des bleus éteints © Mapomme