mardi 16 août 2022

Élégies. Le ciment jointoyé

Le ciment de la piste est enfin jointoyé
Et on a pu danser ivres de nos jeunesses
Sous les cieux constellés voyant se côtoyer
Quelque épi de blé tendre et dames patronnesses.

Mes jambes qui jadis aisément ont ployé
Où sont passé les ans de vos soirées de liesse
Quand sans souffrir autant vous avez ondoyé
Sur des rythmes d’antan et sans genoux en pièces ?

Devant l’église on voit pour le temps d’une nuit
Renaître l’unité d’un disloqué village ;
Pour un temps seulement : c’est bien là tout l’ennui.

L’union comme un ciment se délite avec l’âge
Et l’euphorie d’un soir au quotidien nous fuit
Cette joyeuse humeur étant hélas volage.

Belle union retrouvée pour un soir de saint Roch
Seras-tu bien longtemps solide comme un roc ?

Le jour de la saint Roch © Mapomme

Mythologies revisitées. Il faut parfois rester sur l’île d’une nymphe

Sur l’île parfumée la nymphe aux cheveux longs
Reçut le naufragé qu’avait porté la vague
Meurtri par la tempête et par les vents félons
Échappant au venin de la raie pastenague.

Tirésias avait dit que de Poséidon
Sa mort viendrait des flots bien plus tard par cette arme.
La reine de ces lieux avait de nombreux dons
Pour le garder près d’elle en raison de ses charmes.

Nymphe aux belles boucles que n’as-tu près de toi
Gardé ce beau mortel en usant de caresses
Comme de ta science dans les ébats courtois ?

Calypso tu devais dire que rien ne presse
Au messager des dieux envoyé sous ton toit :
Que naîtrait-il d’utile de son retour en Grèce ?

Tu devais insister et le rendre immortel
Le préservant d'un dard en rien accidentel.

Bounty © Mapomme
D'après Lewis Milestone

lundi 15 août 2022

Mythologies revisitées. Héros seront les grands avec le sang des autres

On part pour la guerre comme on va au théâtre
- Un théâtre de guerre et assez peu plaisant -
Et on livre une chair de manants pour combattre
Qui sont bons pour clamser au passé et présent.

À quoi bon les pleurer s’ils dorment sous la terre ?
Il faut un jour ou l’autre accepter de mourir
Et pour la famille - ce n’est pas un mystère -
Ce sera une bouche en moins qu’il faut nourrir.

Si on envoie le peuple en l’enfer de la guerre
Les combats sont le fait des maisons des puissants ;
De ce théâtre affreux le manant n’aura guère
De bien-être à tirer mais versera son sang.

Au mieux il gagnera un insigne vulgaire
Et s'il perd le combat des regards offensants.

Autant en emporte le vent © Mapomme
D'après Victor Fleming

dimanche 14 août 2022

Mythologies revisitées. Sans la noirceur d’un mythe une vie est plus belle

On vante trop souvent les guerriers intrépides
Sans nommer des héros du morne quotidien ;
Les premiers ont quitté pour un devoir stupide
Leur foyer pour trancher un vague nœud gordien

Pour venger un cocu pour la quête cupide
D’une toison dorée ; devant les murs troyens
Ils ont quitté leur vie jusqu’ici très limpide
Et laissé leur famille isolée sans moyens.

De leur glorieuse action sont nées des tragédies
Et des lignées livrées à un funeste sort.
Les seconds ont connu des journées affadies 
Des travaux dans les champs sans compter ses efforts.

Ils n’ont pas de saga par le sang enlaidie
Mais ont pris soin des leurs sans nul projet retors.

La vie est belle © Mapomme
D'après Frank Capra

samedi 13 août 2022

Élégies. L’hémorragie en vain je tentais de parer

Voyez-vous ma fontaine a sa source en mes veines
Mais ce n’est pas mon sang qui coule sans arrêt ;
J’ai tenté d’endiguer de façon plutôt vaine
L’hémorragie sourdant dont le flot m’effarait.

Pire qu’un sable fin le flot de la fontaine
Entre mes doigts crispés s’échappe et disparaît
Vers un gouffre profond où la perte est certaine :
Victime me voici d’un vrai coupe-jarret.

Un sage m’a parlé de condition humaine
Qu’elle pourrait raser collines et forêts :
Imparable est ce flot qui à la mort nous mène.

Bottant le cul du fou qui en vain pérorait
J’ai lutté des années des mois et des semaines :
À tout instant hélas ! le temps s’évaporait.

« Pauvre fou ! » dit le sage alors que je courais
Voyant que par la plaie chaque instant je mourais.

Pire qu'un sable fin le flot de la fontaine © Mapomme

Élégies. Il vécut des instants qui paraîtront des rêves

Il dépeint le tableau de ses lointains printemps
Des orchestres jouant le soir sur les terrasses
Quand il était batteur et qu’avant ses vingt ans
Bastia se retrouvait aux cafés de la Place.

Il nous en fait récit aux repas très souvent
Et je pense soudain qu’inéluctables passent
En silence les jours comme feuilles au vent ;
De ce qu’il a connu ne reste nulle trace

Sinon dans sa mémoire et tous ses beaux récits
Sont sur le sable écrits ; la vague les efface
Sur la grève laissant un tracé imprécis.

Tout ce qu’on a appris disparaît quoi qu’on fasse
Et de nos vies le cuir dans le flot s’étrécit :
Ne restera aucun des souvenirs vivaces.

De ce que j’ai vécu composé ou appris
Ne survivra de même un mot qui ait un prix.

Il vécut des instants qui paraîtront des rêves © Mapomme

vendredi 12 août 2022

Mythologies revisitées. Quand on quitte la loi pour se faire justice

Amer fruit la vengeance ouvre d’obscures portes :
Pour venger femme enfant on sème le trépas
S’aveuglant sur le sens des crimes en cohorte
Agissant comme ceux que notre âme combat.

Il faut la trahison et la nuit pour escorte
Pour trouver en chemin ceux qu’on n’espérait pas
Des alliés truculents amis de toutes sortes
Pour recouvrer l’humain que le malheur frappa.

De l’amitié donnée de la bonté offerte
Et la blondeur d’un champ sous le vent ondulant
Aideront une vie à n’être plus déserte
Vaste plaine aride sous le soleil brûlant.

Un amour innocent une mammy diserte
Offrent un avenir à nouveau stimulant.
Josey Wales hors-la-loi © Mapomme
D'après Clint Eastwood