jeudi 26 septembre 2019

Acquarelles. Quand d’un souhait naît la pénitence

Bien des fois j’ai rêvé qu’au matin immortel
Sur moi la Mort n’aurait plus la moindre emprise
J’irais ainsi béni sans temples ni autels
À l’Olympe accédant sans doute par méprise

Je vivrais sans souci en mâchant du bétel
Assis sous un arbre que fait frémir la brise  
Et regardant passer les jours tel un cheptel
Des journées sans saveur car là est la traîtrise

Que vaudrait une vie sans l’effroi absolu
De la perdre à l’instant avant même son terme ?
Comme si un nombre nous était dévolu !   

Condamnés à la vie à perpétuité et ferme
Combien faudrait-il d’ans pour perdre tout influx  
Et pour qu’en nous l’idée d’y mettre fin ne germe ?
Immortel © Mapomme avec l'aide de Gallen-Kallela  


Acquarelles. La paille et l'apôtre

Sur un ânon juché un vaillant paladin
Allait l’épée dressée et toute scintillante
Tandis que le suivait un replet baladin
Sur un rose goret à la truffe brillante

Derrière eux cheminait un troupeau citadin
Armée dépenaillée turbulente et bruyante 
Qui cancanait de tout sur un ton fort badin
Cette parlote étant assez peu sémillante

Une crue passagère avait broyé le pont
Le paladin hardi voulut passer quand même
Les flots encor gonflés noyèrent le fripon

Ainsi on voit souvent quelques guerriers suprêmes
Coiffé d’épis de paille et non point d’un or blond
Mener un niais troupeau vers des périls extrêmes 
 
 Donkey John © Mapomme


samedi 21 septembre 2019

Acquarelles. Artemisia et Holopherne

Grande est l’Injustice qui marche de concert
Avec la calomnie sa fidèle servante
Car alors tout procès la victime dessert
La sentence au final s’avérant décevante

Mensonge et Fourberie du soupçon sont les serfs
Se livrant à leur tâche avec des joies ferventes
Et offrant tout entier à la meute le cerf
Il faut se repaître de cette proie vivante

Des torchons se plaisent à salir l’innocent
Et aux fauves lecteurs livreront en pâture
La victime d’un crime au lieu de l’offensant

Une femme jadis s’est vengée en peinture
Par l’épée de Judith son violeur punissant
Seul l’Art intemporel punit les forfaitures 
Judith et Holopherne © Mapomme d'après Artemisia Gentileschi


mercredi 18 septembre 2019

Acquarelles. Sous le Pausilippe


J’ai visité dans l’ombre en gardant les yeux clos
Le tombeau bien celé sous l’altière colline
J’entendais le bruit sourd du ressac lourd des flots
Scintillant des éclats d’une Lune opaline

Si l’écume est d’argent l’onde est d’un noir profond
Au calme en surface répond le trouble abîme
Qu’en silence agitent Apophis et Typhon

En ce lieu se trouve le terme des sanglots
Où cessent les douleurs d’une vie sibylline
Toi qui guidas l’Aède après de vains complots
Verse sur mon chagrin un doigt de mescaline

Le bonheur est le fard du mal-être qu’on grime
Qu’importent le sourire et les jeux de bouffon
Le cœur demeure obscur malgré l’éclair des rimes
Tombeau de Virgile © Mapomme d'après Bouguereau et Courtois




dimanche 15 septembre 2019

Acquarelles. Muse musarde

Ma muse a musardé tout l’été sur la plage
Ou buvait l’apéro chaque soir au couchant
Telle une cigale dont nous berçait le chant
Si sa peau brunissait blanche restait la page

Je demeurais reclus enfermé à l’étage
Dans les vapeurs d’alcool quelque idée recherchant
Or la touffeur du jour asséchant tous les champs
Tarissait mes idées et m’ôtait tout langage

Finies les baignades et privée d’agapes
Ma muse a déprimé et a tourné en rond
La gaieté est stérile et même elle handicape
L’artiste qui en vain se cognera le front

Nulle Athéna n’en sort quand bien même il se frappe
Rien n’est plus inspirant que de voir l’Achéron
 Rimeur et sa Muse © Mapomme d'après Ingres


Acquarelles. Princes d'un arpent

Mon jardin est pentu Je l’ai laissé ainsi
Nombre de mes voisins transforment et terrassent
La Nature du monde en un but très précis
Ils veulent de leur vie nous laisser une trace

Princes de leur arpent voilà leur seul souci
Y dresser quelques murs et aplanir l’espace
Comme ces anciens rois érigeant sans merci
Palais et avenues sans omettre les places

Mais de ces monuments maisons d’éternité
Le temps vient effacer la trace d’une écume
Ruinant les vains travaux empreints de fatuité

Le monde creuse fore et les forêts allume
D’un appétit féroce il met l’humanité
Au bord d’un gouffre où dort un futur d’amertume
 Princes d'un arpent © Mapomme




samedi 14 septembre 2019

Acquarelles. Dogme


Avoir des opinions et savoir les défendre
Ne peut qu’être admiré par tous les citoyens
Les ériger en dogme et refuser d’entendre
Un autre point de vue est le pire moyen

Qui génère le schisme et ne laisse que cendres
Car il ne reste rien des Grecs et des Troyens
Un vieux monde s’accroche et ne veux rien comprendre
Tandis que le nouveau rejette ses doyens

Sans cesse on inonde les rues de régiments
Qui se croient tout le Peuple et en son nom s’indignent
Rejetant une loi issue d’un parlement

S’affrontent les factions dont les hérauts trépignent
C’est la loi du plus fort qui brise tout ciment
De notre société la vraie tumeur maligne 
 Dogme © Mapomme

mardi 10 septembre 2019

Acquarelles. Regrets Versatiles

Dans mes jeunes années sans cesse il me tardait
D’embarquer et quitter les rives insouciantes
Vers l’indécis lointain que l’esprit regardait
En voyage exaltant dans ma quête inconsciente

Dans ce temps à venir mon cœur se hasardait
À forger des aubes radieuses et flamboyantes
Sur ces vierges contrées mon esprit musardait
Traversant des forêts denses et chatoyantes

J’y trouverais c’est sûr de terribles typhons
Des chagrins et des joies des revers et des gloires
Et j’y affronterais chimères et griffons

Tout pourvu de changer Qu’importe les déboires !
Ne plus être un enfant rongé d’ennui profond
Jamais ne décidant du cours de son histoire
Sur ces vierges contrées © Mapomme 

dimanche 8 septembre 2019

Acquarelles. Flamme de jadis


J’ai aimé autrefois d’une passion sans bornes
Et je me suis senti vivant d’un feu ardent
Jusqu’alors les journées me semblaient toutes mornes   
Et tous mes avenirs tellement emmerdants

Il faut avoir senti ses veines embrasées  
D’une fièvre inconnue et son cœur débordant 
Espérer son ombre derrière les croisées 
Mais l’Espoir est un jeu dont on est grand perdant

Hélas on perd bien plus quand cessent les chimères
Quand nous cueillons des fruits sur un chemin tracé  
Non sauvages ces baies trop souvent sont amères

Sans peine on les trouve sur un parcours sensé
Sans joie sont les honneurs colifichets sommaires  
Car l’Amour valait mieux qu’un cursus embrassé 
Fièvre de jadis © Mapomme 
d'après Brueghel le jeune et Rubens


Acquarelles. Genèse d’un monde

Le poète admirait le peintre dessinant
Sur le vierge néant de sa toile encor pure
L’esquisse d’un monde projet hallucinant  
Tracée fiévreusement d’une main pourtant sûre

À l’instar d’un démiurge on peint l’inexistant
Sans qu’on sache d’où vient la force créatrice 
Tout comme le poète ignore sur l’instant
D’où sourd le flot de mots sinon des cicatrices

Imperceptibles maux jamais ne guérissant
L’aède et le peintre voient un monde encor vierge  
Vide intolérable que leurs esprits puissants
Comblent avec l’aide d’un démon qu’ils hébergent

L’artiste a ce pouvoir d’un souffle jaillissant 
Et même immobile sans arrêt il gamberge
 Génèse d'un monde © Mapomme

samedi 7 septembre 2019

Acquarelles. Moloch


Prenez donc une femme ou bien un homme bon  
Et inoculez-lui le plus terrible germe
Altérant un cerveau le livrant au démon
Qui à la retenue s’en ira mettre un terme

De mâtine à complies courant à grand trotton 
Livrer son évangile allant de ferme en ferme
Le possédé ne craint ni l’ail ni le bâton
Qui lui rosse le dos et bleuit l’épiderme

Ces jérémies nous crient que grand est le danger 
Qu’aveugles nous allons droit vers le précipice  
Qu’en soldats nous devons derrière eux nous ranger
Certains se fient alors à ces tristes auspices

Enivrés de pouvoir et voulant tout changer 
Menons ces candidats sans délai à l’hospice
Moloch © Mapomme





Acquarelles. Le pastel restitue des fragments édéniques

Sonnet composé pour introduire l’exposition de pastels

Les domaines secrets des tritons et sirènes 
Bercent le sable qu’ici on nomme a rena
Et la Mer Tyrrhénienne est seule souveraine
Des rives marines de la Costa Serena.

Telle une cathédrale à différents instants,
Chaque plage est pareille et pourtant dissemblable ; 
Les courants et l’écume, artistes persistants,
Y plantent des roseaux et modèlent le sable.

On dit qu’un dieu jaloux brisa en mille miettes
Le paradis perdu des temps de l’Âge d’Or ; 
En fosse marine, la déesse Athéna

Pensa avoir trouvé la meilleure oubliette. 
Navrée, l’onde les prit les ramenant au bord :
Ces plages sont nommées la Costa Serena. 
 Fragments édéniques © Danielle Lastrajoli

Réminiscences. Hors des états si vils

Se non è Véro, è ben trovato

Il est des parentés qui priment sur le sang 
Tellement visibles que les autres y croient
On a beau expliquer à ce flot incessant
Qui nous tient pour cousins que chacun se fourvoie

L’erreur persiste et signe enjouant nos étés
Alors nous inventions un “presque-cousinage“ 
Nouveau lien choisi inconnue parenté
Forme d’abdication riant du voisinage  

Voilà comme on devient des cousins par le cœur
Parce qu’en effet l’idée nous était trop plaisante  
D’abord nous nous lancions quelques clins d’œil moqueurs

Puis la vague émoussant la boutade amusante
Hors de l’État-Civil le temps cet escroqueur
A su forger un lien de façon permanente
Hors des états si vils




Acquarelles. Tout parfum éventé perdra de sa senteur


Aidez votre prochain disent les Écrits Saints 
De reconnaissance n’en attendez aucune
Recevant en retour parfois quelque rancune 
Car nos frères humains ont d’étranges desseins

Un service rendu à l’instar d’un parfum
S’efface avec le temps et perd de sa fragrance 
Souvent son souvenir jaillit telle une offense
Nous voici battus froid par l’ami ou l’affin

Être votre obligé c’est se sentir contraint
Le service espéré la gratitude inspire 
Et une fois reçu s’éteindra cet entrain

Aidez votre prochain tout en craignant le pire 
Car plus l’aide est grande plus il sera chagrin
Le redevable ingrat d’amertume transpire
Parfum éventé © Mapomme 

Acquarelles. Presque du miel

La crasse hypocrisie abhorre le succès
D’un voisin trop brillant pour des personnes ternes
Des propos venimeux clament avec excès
La haine déployant ses racines internes

On voit partout œuvrer les furies de l’amer
Des réseaux asociaux ou réunies dans l’ombre
Ne pouvant rien bâtir elles vouent aux enfers
Ceux qui des œuvres créent sans être de leur nombre

D’un palais on oublie le peuple bâtisseur
Pourtant chacun connaît les méfaits des Vandales
Ne tirant qu’une gloire de vils démolisseurs

On méprise les arts qui versent lait et miel
La veule coterie aux vies antipodales
Ne sait rien qu’éructer son plus acide fiel
La Calomnie © Sandro Botticelli

Acquarelles. Amère est l’eau de l’été


Dans la coupe versons cette année écoulée
Pour la lever au ciel des joies sans lendemain
Dans la ruine oubliée d’utopies éboulées
Par d’obscurs méandres d’un sentier qu’on dit vain

Buvons à ce qu’on perd en croyant qu’on y gagne
Et croquons goulûment dans l’aumône des jours
D’une joie synthétique qu’on nous vend pour cocagne
Au matin nous irons sans envies sans amour

Car il faut bien manger même de la bouillasse
Et occuper nos vies à gaver des Crésus
En rêvant nous aussi d’avoir de la caillasse

D’exploiter des espoirs sur des airs d’orémus
Surtout si les haillons sont loin de nos paroisses
Versons l’amer nectar infusé de lotus
Amère est l'eau de l'été © Mapomme