mardi 4 août 2026

Elégies nouvelles. Le Pactole est à sec

 Offrir l’or contrefait de pays en déclin
Fait servir aux hôtes une infâme pitance ;
À ce piètre menu nul n’est vraiment enclin,
Car comme à Carême, chacun fait pénitence.

Tirer plus la langue ne serait pas malin,
Puisqu’on vient pour avoir une belle existence  ;
S’il y a peu de blé, tournent peu les moulins,
Et les repas n’ont plus d’enviable consistance.

La Corne d’Abondance est à présent ailleurs :
Nous en portons le deuil et les migrants le rêve,
Puisqu’ils viennent quérir un avenir meilleur.

Passagère, l’opulence a une durée brève,
Comme le filon d’or que traque l’orpailleur :
La ruée renaîtra en tous lieux et sans trêve.

Pourquoi a-t-on poussé vers le défunt empire,
Des malheureux en masse ? On ne saurait le dire.


Le Pactole est à sec © Mapomme

Elégies nouvelles. Une éclipse fatale

Nombre de despotes délivrent des discours
Qui semblent guidés par un profond délire ;
L’ordinaire raison semble n’avoir plus cours,
Auquel il manquerait qu’un aède et sa lyre.

C’est un conte énoncé, remis au goût du jour,
Où l’avenir meilleur correspondrait au pire ;
La guerre c’est la paix : et voilà de retour,
Les conflit nourrissant un vieux rêve d’empire.

Pour un lopin de terre, on voit couler le sang
D’une jeunesse offerte à un dingue monarque,
Imbu de son image et d’un rêve pressant.

Dans l’Histoire il voudrait estampiller sa marque,
Comme autrefois l’ont fait les rois les plus puissants :
Jeunesse te voici dans l’infernale barque.

Tu péris sur l’autel d’une folie totale,
Pour graver les pages d'une éclipse fatale.

Une éclipse fatale © Mapomme

lundi 3 août 2026

Elégies nouvelles. Les mendiants du maquis

 Lorgnant l’écuelle qui demeure bien vide
Sanglier et renard espèrent un secours ;
Tous les jardins du coin sont devenus arides,
Et nul ne possède la moindre basse-cour.

Alors il faut mendier, sous un soleil torride,
Au bon cœur des voisins des proches alentours ;
Quelques peaux de melons, pour fruits des Hespérides,
Des restes de poulet, sont le menu du jour.

Leur pelage flotte, tellement ils sont maigres :
Qui prendra en pitié les mendiants du maquis ?
Les humains endurcis sont des pisse-vinaigre.

Le plus triste déchet est un cadeau exquis
Qui rendrait ces mendiants étrangement allègres :
Tous les deux se battraient pour cet infime acquis.

Dans quelques années, ayant tout épuisé,
Tous, nous traverserons des champs désertisés.

Les mendiants du maquis © Mapomme

dimanche 2 août 2026

Elégies nouvelles. Le chat dans l’atelier

 

On pâtit encor plus dans beaucoup de régions
Et pourtant nous tirons éperdument la langue ;
Ventilos, éventails, de partout sont légion,
Car nous allons sans force et le visage exsangue.

De la clim’ on débat, nouvelle religion,
Et leurs grands opposants lancent leur harangue :
Des vains débats il faut que nous nous protégions,
Car notre entendement vacille et même tangue.

Loin de l’agitation, sage chat, Grominou
Au frais de l’atelier, où un ventelet passe,
Sommeille en toute paix et se gausse de nous.

Sombre est notre avenir, qui toujours nous tracasse !
Qu’importe les récifs et les lointains remous :
Les félins n’ont rien fait pour que la vie s’efface.

Comme il n’y peut rien faire, il ne s’inquiète pas
Et dort bien sagement en rêvant d'un repas.


Le chat dans l'atelier © Mapomme

samedi 1 août 2026

Elégies nouvelles. À deux doigts du bûcher

Coupable par deux fois, de grandes espérances
La poussent à bluffer et miser le tapis,
Quitte à perdre son gain, pour diriger la France :
Tel est son objectif poursuivi sans répit.

Se croyant Jeanne d’Arc, mais avec des outrances,
Elle frôle le bûcher, qui jadis retentit ;
La sainte y a connu ses ultimes souffrances,
Dont la légende apprise a amplement menti.

Là, il n’est pas question de chasser de nos terres
L’envahisseur anglois, mais bien d’amalgamer
Des migrants sans papier et, par quelque mystère,

Ceux qu’on a souhaités, qui vinrent pour marner,
Avant qu’on connaisse des années plus austères ;
Ils seraient à eux seuls, tout le mal incarné.

Sans la brûler trois fois, mettons-la au secret,
Que les bulletins soient nos lettres de cachet.

A deux doigts du bûcher © Mapomme

vendredi 31 juillet 2026

Elégies nouvelles. Lui et ses mini-lui

En semeur démentiel de sa mauvaise graine,
Il lance, ça et là, nombre de mini-lui ;
Il ne supporte pas les ententes sereines
Et brise les traités que le monde a construit.

 Il lui faut des  vassaux pour dérouler sa traîne,
Quand la Terre subit la fureur et le bruit ;
Il menace, guerroie et fait naître la haine,
Puis pauvre Picrochole, il abdique et s’enfuit.

Il veut que qu’en tous pays, des mini-lui l’emportent,
Acceptant son diktat, qu’à son vouloir ils cèdent,
Et fassent des accords de simples lettres mortes.

Il lui faut tout briser, les secours et l’entraide,
Au seul bruit dans le ciel de ses ailées cohortes ;
Alors s’ouvrent à nous des perspectives laides.

Aux caprices soumis nous subirons le pire,
Livrés à un tyran et à ses nombreux sbires.

Lui et ses mini-lui © Mapomme

jeudi 30 juillet 2026

Elégies nouvelles. L'emprise de la haine

 

Des deux qui a raison et lequel aurait tort,
Car, à cors et à cris, deux extrêmes s’affrontent ?
L’opposition verbale est un combat à mort,
Où thrace et rétiaire s’invectivent sans honte.

L’issue sera fatale en ce long corps à corps,
Où la tension fatale à chaque joute monte ;
Des continents entiers constituent le décor
Où des fauves cherchent une victoire prompte.

Le monde, au bord du gouffre, en oublie le ravin
Où il pourrait tomber, retrouvant les ténèbres,
L’antre de barbarie des triomphes si vains.

Faut-il un sombre âge pour qu’enfin on célèbre
Un passé imparfait et faussement divin ?
Alors, nous pleurerons sur ses cendres funèbres.

La haine est ainsi reine et tient lieu de débat,
Faisant craindre bientôt d’inutiles combats.



L'emprise de la haine © Mapomme


mercredi 29 juillet 2026

Elégies nouvelles. Une ritournelle

   

Vibre la ritournelle, entonnée si souvent,
Et nous voici sautant des années en arrière ;
Ma mère fredonnait un chant corse d’avant,
Un air a cappella, dans l’escalier en pierres.

On est soudain ému, redevenant l’enfant,
Qui l’écoutait chanter un air à sa manière ;
Pour ne pas regretter, souvent on se défend
Des refrains entonnés près de la cuisinière.

Pourquoi cette émotion, tandis qu’une chanson
Résonne à la radio, éveillant une image
D’un passé disparu ?  Du moins nous le pensions :

Un air et une voix campent le personnage,
Qui traversa le temps. Fichtre ! Quelle émotion
De voir ressuscité ce chant de mon jeune âge !

En fait, on n’oublie rien : on se leurre sans fin
En supposant nos liens à tout jamais défunts.

Une ritournelle © Mapomme

mardi 28 juillet 2026

Elègies nouvelles. Le renouveau d'un soir

  

On se retrouve un soir d’un apéro fortuit,
Qui magnifie la nuit d'une aura formidable ;
Apprécions cet instant délectable et gratuit,
Portant à l’improviste un bonheur insondable.

Chaque regard brille, tel un astre qui luit,
Offrant un souvenir qu’on croit inimitable ;
Il suffit d’un instant rare comme icelui
Pour qu’à la tablée naisse une joie véritable.

Mangeons, buvons, trinquons, pour éclairer la nuit,
Pour que dans le regard brille un éclat stellaire,
Qui chasse à tout jamais le démon de l’ennui ;

Ce soir, reste défait ce tourment séculaire
Alors que nous marchions privés du moindre appui,
Dans les feux des enfers, sans ange tutélaire.

Le renouveau d’un soir, sous les cieux scintillants,
Permet de mille discours joyeux et sémillants.

Le renouveau d'un soir © Mapomme

lundi 27 juillet 2026

Elégies nouvelles. Pourtant la vie triomphe

 

La barbare folie des tyrans sanguinaires,
Qui rêvent d’empire et d’âge révolu
Porte partout le fer des guerres millénaires,
Et l’affreux cauchemar d’un pouvoir absolu.

Cet âge disparu, étouffant la lumière,
N’était que tristesse, sans espoir de salut ;
Par quelle perversion, la sanglante bannière
Est-elle ressortie d’un coffre vermoulu ?

Même amputé, l’Espoir verra briller sa flamme,
Chassant les ténèbres et la brutalité,
En délivrant la paix que sollicite l’âme ;

Par-delà les noirceurs de la réalité,
Subsistera l’éclat que notre cœur réclame,
Une aube retrouvée où règne l’équité.

Un tyran ne peut rien contre la résilience
Qui d'un peuple a forgé l'indestructible alliance.

Pourtant la vie triomphe © Mapomme

Elégies nouvelles. Mad-Bull at Tea Party


On se retrouve assis, de bon ou mauvais gré,
À une Tea Party où règne la folie ;
Travaillant du chapeau, sans vouloir intégrer
Ce cercle où la raison se retrouve abolie.

Un chapelier dingo s’est auto-consacré
Le Maître du monde qui jacte et se renie ;
Qui s’en viendra siffler la fin de la récré,
Pour que les harangues se voient enfin bannies ?

Qu’on mène à l’asile ce dément coquardeau,
Qui effraie le monde, à force de diatribes,
Menaçant les uns de porter un fardeau

De taxes, de sanctions, sans que rien ne l’inhibe ;
Comment suivre un discours d’un esprit si lourdaud,
Engendré sans l’aide de quelque savant scribe ?

Le néant existe ! Nous l’avons rencontré,
Pérorant sans arrêt, sans jamais démontrer.

Mad-Bull at Tea-Party © Mapomme

Elégies nouvelles. Eheu ! Tempus fugit

 

Le chemin nous conduit vers l’immortalité,
Tant les progrès sont grands en science médicale ;
On fait des longues vies une banalité,
Quitte à nous momifier de façon radicale.

Hélas, le temps s’enfuit, si vite en vérité,
Et lentement spolie de la force vitale ;
Il défait nos savoirs, patiemment hérités
Des livres, des soirées, d’amitiés capitales.

De l’eau entre nos doigts : tels seront les instants,
Archivés patiemment tout au long des années,
De ce qui a paru un théâtre constant.

Plusieurs vies dans la vie et des joies surannées,
Des drames, du labeur, un chemin persistant,
S’étiolent peu à peu comme des fleurs fanées.

De la chaise au fauteuil, on redoute le terme
Du livre d'une vie que chaque jour referme.

Eheu ! Tempus fugit © Mapomme

mercredi 22 juillet 2026

Elégies nouvelles. Les chaleurs des enfers

 

Nous allons, chaque jour, plus avant vers l’enfer,
Damnés par la chaleur, accablés par les flammes,
Les saints et les pêcheurs, dans un tourment amer,
Tandis qu’en nos étés se préparent des drames.

La nuit comme le jour, un feu brûle nos chairs,
Nous torturant sans fin, jusqu’au tréfonds de l’âme ;
Des erreurs des puissants, il nous faut payer cher
La cécité qui fait que notre monde crame.

De funestes devins annonçaient ce présent,
Mais on a espéré d’improbables miracles,
Que viendrait nous offrir un futur très plaisant.

N’ayant pas fait aux maux suffisamment obstacle,
Nous subissons, dès lors, nuits et jours épuisants,
Constatant en tous lieux d’itératifs spectacles.

Au prix de déluges, suivis de sécheresses,
Le monde doit payer le prix de la paresse.


Les chaleurs des enfers © Mapomme

Elégies nouvelles. La beauté des enfers


Une infernale force avale les massifs
Et comme des enfants, captivés et sans arme,
Devant la cheminée, nous demeurons passifs,
Quand le feu exerce son dévastateur charme.

C’est beau et pourtant laid qu’un pouvoir oppressif,
Qui détruit la beauté des pins comme des ormes,
D’arbres centenaires, dans l’attrait excessif
D’une faim sans borne, gargantuesque, énorme.

Dans ce charme il y a l’attirance et l’horreur,
Face au pouvoir rendant lilliputiens les hommes,
Qui restent désarmés face au feu dévoreur.

Jardins, autos, maisons, l’appétit nous assomment :
L’apparente beauté, qui emplit de terreur,
Ne laisse que laideur, cauchemar sans qu’on dorme.

Les collines noires, sans charme ainsi souillées,
Rendent l’humanité peinée car dépouillée.

La beauté des enfers © Mapomme

Elégies nouvelles. Les forces du chaos

 On ne peut augurer quand surgiront les maux
Qui s’abattront sur nous sans la moindre Pandore,
Mais on peut pressentir qu’un simple tyranneau,
Pourra ressusciter les tourments qu’on abhorre.

Dès lors se voient brisés les utiles travaux,
Soumises à la furia des barbares cohortes ;
L’incendie et la mort, sur les pays rivaux,
Font tomber peu à peu toutes les places fortes.

Chacun vivait en paix, à l’ombre des traités,
Qu’on croyait éternels ; le désir de conquêtes
Que nul front ne saura un instant arrêter,

Quand nul garde en la tour vers le lointain ne guette :
Sur des lieux pacifiés qui donc voudrait bretter,
Car à l’âge d’airain nulle contrée n’est prête ?

On oublie que la paix est un bref intervalle
Entre deux puissances depuis toujours rivales.

Les forces du chaos © Mapomme



samedi 18 juillet 2026

Elégies nouvelles. Le nouveau roi Midas

Ce n’est plus un mythe, mais la réalité :
Tout ce que le faux roi sur son trône imagine
Lui rapporte aussitôt d’amples liquidités,
Car il n’est pas un plan que le blond ne machine.

Tel un nouveau Midas, soudain ressuscité,
Il enrichit les siens par des moyens limites ;
Sa fortune s’accroît sans vraie nécessité,
Et tous ses courtisans quêtent quelques pépites.

Dans le pactole, il puise un trésor fructifiant,
Et tous plongent les mains dans la bénéfique onde ;
Prospectent dans le flot les gredins, les ruffians.

Chacun est au courant sans que le ciel ne gronde :
Nul feu jupitérien, aucun blâme édifiant,
Pour punir ce délit qu’initie le beau monde.

Midas, tu vas mourir, comme tout un chacun :
Sous la terre grasse, pauvres sont les coquins.


Le nouveau roi Midas © Mapomme

Donald Trump crée un nouveau service internautique payant pour favoriser les délits d'initié. Quelques instants avant d'annoncer une décision présidentielle, il publiera sur un service payant sur le réseau Truth social, l'annonce qu'il va faire et qui aura une influence sur les cours de la bourse. Ainsi les abonnés pourront vendre ou acheter selon le cas, les actions qui vont bouger et ainsi boursicoter. 

Make Rich American More rich again ! Pas très MAGA !

Comme Midas il pourra dire : "Ma fille je la dore !"

mercredi 15 juillet 2026

Elégies nouvelles. Le chapelier fou joue une partie d’échec

Le chapelier gigue sur l’échiquier terrestre,
Ébranlant le monde selon son bon vouloir ;
Il danse et se présente ainsi qu’un homme-orchestre,
Car la guerre lui sert, au fond, de défouloir.
 
Dans ses tweets très changeants, la paix est sous séquestre
Très proche ou s’éloignant entre matin et soir ;
Il voudrait asservir, en à peine un semestre,
Le globe agenouillé, l’adorant sans surseoir.
 
Il commence la guerre et puis propose un pacte,
Puis, si ça traine trop, insulte l’ennemi ;
Il prévient, il menace et passe enfin aux actes.
 
Il voudrait que chacun se prosterne soumis,
Face au Ramsès nouveau, à la légende intacte ;
Picrochole moderne, il agit à demi ;
 
Plus il se veut puissant, plus on voit ses faiblesses :
Il veut l'affrontement et soudain le délaisse.



Le chapelier fou joue une partie d'échecs © Mapomme

lundi 13 juillet 2026

Elégies. Tel un cyclope aveugle

Le monde est perturbé par un cyclope aveugle
Qui ébranle la paix tel un ancien palais ;
Est-il Polyphème, l’œil crevé qui beugle,
Provoquant le chaos, se vengeant sans délai ?

Il s’agite et s’écrie, ouvrant tout grand la gueule,
Car il n’attaque pas quelque monarque nain ;
Il se plaint et gémit que son armée est seule,
Crachant sur ses alliés, pour des motifs bénins.

Allumant un brasier, il crie « Au pyromane ! »,
Et voici l’incendie pris d’une folle ampleur ;
Il blâme ses alliés et son doigt les condamne.

Il voulait pour lui seul la couronne et les fleurs,
Mais voudrait partager échec et bonnet d’âne ;
À lui le déshonneur, les lazzis et les pleurs.

Il se voulait Samson qui ébranle le Monde :
Mais le temple croule sur sa tignasse blonde.



Tel un cyclope aveugle © Mapomme

jeudi 9 juillet 2026

Elégies. La balance et le glaive

Peut-on vraiment briguer un des pouvoirs sacrés
En contestant toujours celui de la justice ?
Sitôt que ce dernier est sans cesse exécré,
Naît le césarisme par le moindre interstice.

L’équilibre se voit peu à peu menacé,
Dès que Thémis n’a plus une juste balance ;
Alors nous marcherons, regrettant le passé,
Tandis que souffleront nombre de turbulences.

Il est vrai que le mieux est l’ennemi du bien,
Et notre société, à l’instar d’une horloge,
Marchera de guingois en changeant trois fois rien.

On dit que le diable dans les détails se loge :
Qu’un rouage se bloque et des démons chthoniens
Surgiront dans nos vies, issus des sombres bolges.

Si un pouvoir tenait les autres dans sa main,
L’ombre se répandrait sur les frères humains.


La balance et le glaive © Mapomme

Elégies. La courtine déserte

Comment pouvoir danser sur les braises du monde,
Alors qu’ont disparu nos frêles convictions ?
Elles semblaient pourtant solides et profondes,
Mais peu à peu sapées par un récit-fiction.

Lorsque la forteresse est minée par la fronde
Que mènent en son sein de multiples factions,
Quand sont abandonnés tous les chemins de ronde,
Pourrions-nous espérer de saines réactions ?

Hors du monde connu, après un long périple,
Qui peut se satisfaire des royaumes humains,
Sans les mortels périls, si variés, si multiples ?

Les orateurs savent dépeindre un lendemain
Qui serait sans risques pour eux et leurs disciples :
Ils croient que nul danger n’est déjà en chemin.

La courtine en ruine demeure sans un garde
Ne voit pas venir les troupes pillardes.


La courtine déserte © Mapomme

mercredi 6 mai 2026

Elégies. Telle fauve nuée d’étourneaux sansonnets

 Que de parents, d’amis sont tombés en septembre,
Comme feuilles jaunies emportées par le vent ;
Déserte est la maison, inhabitée la chambre,
Et tristes, nous tremblons quand nous passons devant.

Les rousses feuilles choient, sous le souffle s’envolent,
Telle fauve nuée d’étourneaux sansonnets ;
Pouvions-nous demeurer l’âme et le cœur frivoles,
Quand au septentrion ce vent froid les menait ?

Les volets restent clos, la peinture s’écaille,
Et on ne sait où vont tous nos chers disparus ;
Nos rites ont changé, livrés à la pagaille,
Le souffle des Borées par les rues a couru.

Le marbre est tavelé par les ondées soudaines
Qui veulent effacer les noms, les souvenirs ;
On garde pieusement nos rires, nos fredaines,
Du moindre oubli sachant toujours nous abstenir.

Que de parents, d’amis à l’automne s’absentent,
Vers des cieux plus lointains, dans l’ombre des caveaux !
Mais nous gardons en nous l’image éblouissante
Des années dissolues par monts comme par vaux.


Telle fauve nuée d'étourneaux sansonnets 
© Mapomme