dimanche 11 mai 2025

Élégies. Les idéaux survivent

Tel un pissenlit, dont la fleur par le vent,
Est dispersée au loin en un millier de graines,
Un idéal puissant, dans l’ombre s’élevant,
Dissémine un espoir dont on nous fait l’étrenne.

On fauche la tige, mais ce sera en vain,
D’autant qu’est vivace sa profonde racine ;
C’
est un souffle nouveau qui franchit les ravins
Et dont le vol léger nous charme et nous fascine.

Que de tiges séchées, dans le vent froid du nord,
Dansent dans la bourrasque et à jamais s’effacent :
Si elles pourrissent, que l’espoir semble mort,
La racine survit, quelque saison qu’il fasse.

Quant aux graines menées, au loin, hors des regards,
Elles ont essaimé l’espoir indissoluble
Qui germe sous le sol, pour qu’un peuple hagard
Trouve des apôtres qui croissent au centuple.

Les espoirs par les bois, par les plaines et monts,
Suivront les vents d’été et, par-delà les rives,
Contaminent l’esprit d’un mal que nous aimons :
À la faux des mouchards les idéaux survivent.


Les idéaux survivent © Mapomme

On continue d'honorer la mémoire d'Alexeï Navalny, en dépit des dangers.

samedi 10 mai 2025

Élégies. Les prédateurs entre eux

Les prédateurs entre eux se disputent les chairs
Des cadavres laissés par les meutes de fauves ;
Ici, le bout de gras pouvant coûter trop cher,
Le charognard tout seul par la fuite se sauve.

Notre monde a aussi des hyènes, des vautours
Lorgnant vers l’animal qui titube et qui flanche ;
S
itôt ils foncent droit et lui tournent autour,
Puis estimant ses biens, la curée se déclenche.

Certe on avait signé des traités éternels,
Qui durent tant qu’au droit nul ne fera entorse ;
L
es prédateurs se plient aux écrits rationnels,
Jusqu’à ce que l’un d’eux use enfin de la force.

On invoque le droit, mais personne n’y croit,
Sinon les pauvres proies livrées à la curée :
Le profit des vautours, en peu de temps s’accroît,
Pensant, par cet éclat, leur fortune assurée.

Mais un jour de leurs chairs, ils seront dessaisis,
En subissant la loi des tout nouveaux empires,
Celle-ci s’écrivant à l’aide des fusils :
Les hyènes de jadis sur leurs pertes soupirent.


Les prédateurs entre eux © Mapomme

Élégies. Où va l’Humanité ?

Une guerre nouvelle était passée par là,
Ne se contentant plus, dans sa noire fringale,
De frapper les soldats conduits au Valhalla,
Mais voilà que sa rage, à présent sans égale,

S’en prenait aux civils, vieux et enfants compris.
J’ai traversé la ville où des amas en nombre
Me semblaient résonner de nombreux cris :
N
on ! C’étaient des corbeaux errant dans les décombres.

Avaient été rasés des immeubles nouveaux
Par des obus tirés d’une zone lointaine ;
O
n supprimait la vie et l’effort des travaux,
Pour frapper la région d’une ruine certaine.

Sur un tas de gravas, la Mort se lamentait,
Car les forges fondaient la destruction nouvelle,
La barbarie croissante et l’horreur enfantait
Des humains sans pitié, aux visées criminelles.

La Mort devait faucher des vies à tour de bras,
Tels des épis de blés, dans les plaines de Beauce ;
S
on labeur devenait de plus en plus ingrat,
Obligeant à creuser des tas d’immondes fosses.

Où va l'Humanité ? © Mapomme

Élégies. Le danger de la paix

Rien ne vaut un conflit pour resserrer les rangs,
D’un peuple qui croira combattre une menace ;
En guerre, on boit les mots que délivre un tyran,
Sachant manipuler les diatribes pugnaces.

Les rêves de grandeur d’un long passé glorieux
Dans les ors des palais majestueux scintillent :
Cet éclat aveugle, par un sort mystérieux,
Effaçant le servage et des temps que rhabille

D’une ample nostalgie un pouvoir abhorré.
On repeint le passé, en mêlant les époques,
Greffées sur le présent qu’on désire adorer,
Préférant aux rancœurs l’onirisme baroque.

Or, le despote craint la vérité des paix,
Quand la grandeur s’envole et se dissipe un rêve ;
O
n voit alors son coût et se perd le respect
Du Tsar, si la trêve ne s’avère pas brève.

C’est pourquoi le tyran, sans projet d’avenir,
Doit nourrir le peuple d’une ambition auguste :
S
inon la foule gronde et ne peut se tenir,
S’il ne peut inventer des offenses injustes.


Le danger de la paix © Mapomme

Élégies. Se retirer du monde

S’oublier de fiction, fuir la réalité,
La laideur d’un futur que je pressentais moche :
Ainsi, on me voyait par le rêve habité,
Soit sur un banc lisant, soit béat au cinoche.

Se retirer du monde, alors que déraillait
Le rêve américain, nourrissant l’inquiétude
D’un tragique avenir, et que me tenaillait
L’obscur pressentiment de jours d’incertitude,

Semblait l’échappatoire à ces appréhensions.
Dans le parc, sur un banc, quasiment immobile,
Je vivais loin de là, dans d’autres dimensions,
Nourri par les récits de créateurs fertiles.

En refermant le livre, après l’ultime mot,
Je retrouvais la vie, aux lendemains moroses,
Présageant la plongée vers des foules de maux,
Aux chemins non semés de pétales de roses.

Parfois, le solitaire, aux rêves d’inconnu,
Rencontre une âme belle, à la sienne semblable,
Dévorée de craintes : quel soutien bienvenu,
Mais qu’on quitte pourtant, sans nul motif valable.


Se retirer du monde © Mapomme

jeudi 8 mai 2025

Élégies. Le serment de Koufra

Trois ans auparavant, ils firent le serment
D’arrêter leur combat à condition que flottent
Les couleurs françaises élevées fièrement
Dans Strasbourg reconquis, en chassant un despote.

La seconde D.B. éleva son drapeau
Au sommet de la tour de cette cathédrale,
Puis franchissant le Rhin, sans prendre de repos,
Elle vit des cités, détruites et spectrales.

Un peuple affamé, fuyait sans but précis,
Loin des bombardements, pris dans un fol exode :
Comme nous en 40, affolé, indécis,
Craignant ce que serait le prochain épisode.

Qui aime la guerre nullement n'a connu
Ces jours où des amis tremblent dans l’agonie,
Les vêtements ouverts, le corps à moitié nu,
Lorsque leur bravoure se voit ainsi punie.

Pour aimer les combats, il faut faire des plans,
Où se trouve un fortin, les armées à défaire ;
S
ur la carte aucun sang, tout paraît excellent,
Et le despote, au chaud, estime aisée la guerre.


Le serment de Koufra © Mapomme

Le serment de Koufra fut fait par ceux de la deuxième DB, commandé par le général Leclerc qui après un combat en Lybie, jura avec ses soldats de ne déposer les armes qu'après avoir dresser le drapeau français sur la cathédrale de Strasbourg.
Ils ont fait mieux, puisqu'entrant en Allemagne, ils sont parvenus jusqu'au nid de l'aigle d'Hitler, puis entrant dans l'horreur de Dachau et rejoignant Berlin. Une fois la guerre terminée, ils ont déposé les armes.

J'ai eu le privilège de connaître 3 personnes qui faisait partie de la 2nde DB. Une s'est arrêtée à Paris, grièvement blessé en libérant la capitale. Les deux autres ont poursuivi.
Un lien indéfectible les liaient presque 40 ans après. En les voyant, jamais on ne les aurait cru un tel passé glorieux.

Élégies. Du grand n’importe quoi

On s’habitue à tout, à l’injure, aux menaces,
Aux tables renversées, aux discours aberrants,
Les raccourcis idiots, les lieux communs tenaces,

Qui ne résolvent rien et sont désespérants.


Les lois sont bafouées et on voudrait que change
La taille d’un pays pour piquer les trésors
Enfouis dans son sous-sol, qu’un occupant engrange,
Offrant à son régime un tout nouvel essor
.

Tous les traités d’hier, qu’on pensait infrangibles,
Sont trahis, déchirés, tels de simples brouillons,
Dont se fiche un tyran trouvant tout exigible,

Des papelards écrits à l’aide d’un crayon.


Quand tout est incertain, que l’édifice tremble,
Le monde routinier s’écroule sur l’instant :
Nous voilà fragiles, lorsque se désassemble
Un bel ordre établi jusqu’à la fin des temps.

Chaque siècle a connu un désastreux despote,
Un criminel sans borne, ivre de faits glorieux,
Qui a fait résonner le martial bruit des bottes,
Menaçant l’Europe de ses projets furieux
.


Du grand n'importe quoi © Mapomme

Habemus papam et ce n'est pas lui ! Dieu merci, comme on dit au Vatican. Il se croit le pote du despote !