Tel un pissenlit, dont la fleur par le vent,
Est
dispersée au loin en un millier de
graines,
Un
idéal puissant, dans l’ombre s’élevant,
Dissémine
un espoir dont on nous fait l’étrenne.
On
fauche la
tige, mais ce sera en vain,
D’autant
qu’est vivace
sa profonde racine ;
C’est
un souffle nouveau qui franchit les ravins
Et
dont le vol léger nous charme et nous fascine.
Que
de tiges séchées, dans le vent froid du nord,
Dansent
dans la bourrasque et à jamais s’effacent :
Si
elles pourrissent, que l’espoir semble mort,
La
racine survit, quelque saison qu’il
fasse.
Quant
aux graines menées,
au loin, hors des regards,
Elles
ont essaimé l’espoir indissoluble
Qui
germe sous le sol, pour
qu’un peuple hagard
Trouve
des apôtres qui croissent au centuple.
Les
espoirs par les bois, par les plaines et
monts,
Suivront
les vents d’été et, par-delà les rives,
Contaminent
l’esprit d’un mal que nous aimons :
À
la faux des mouchards les idéaux survivent.
dimanche 11 mai 2025
Élégies. Les idéaux survivent
samedi 10 mai 2025
Élégies. Les prédateurs entre eux
Les prédateurs entre
eux se disputent les chairs
Des
cadavres laissés par les meutes de fauves
;
Ici,
le bout de gras pouvant coûter trop cher,
Le
charognard tout seul par la fuite se sauve.
Notre
monde a aussi des hyènes, des vautours
Lorgnant
vers l’animal qui titube et qui flanche ;
Sitôt
ils foncent droit et lui tournent autour,
Puis
estimant ses biens, la curée se déclenche.
Certe
on avait signé des traités éternels,
Qui
durent
tant qu’au droit nul ne fera
entorse ;
Les
prédateurs se plient aux écrits rationnels,
Jusqu’à
ce que l’un d’eux use enfin de la force.
On
invoque le droit, mais
personne n’y croit,
Sinon
les pauvres proies livrées à la curée :
Le
profit des vautours, en peu de temps s’accroît,
Pensant,
par cet éclat, leur fortune assurée.
Mais
un jour de leurs chairs, ils seront dessaisis,
En
subissant la loi des tout nouveaux empires,
Celle-ci
s’écrivant à l’aide des fusils :
Les
hyènes de jadis sur leurs pertes soupirent.
Élégies. Où va l’Humanité ?
Une guerre nouvelle
était passée par là,
Ne
se contentant plus, dans sa noire fringale,
De
frapper les soldats conduits au Valhalla,
Mais
voilà que sa rage, à présent sans
égale,
S’en
prenait aux civils, vieux et enfants compris.
J’ai
traversé la ville où des amas en nombre
Me
semblaient résonner de nombreux cris :
Non !
C’étaient des corbeaux errant dans les décombres.
Avaient été rasés des immeubles nouveaux
Par
des obus tirés d’une zone lointaine ;
On
supprimait la vie et l’effort des travaux,
Pour frapper la région d’une ruine
certaine.
Sur
un tas de gravas, la Mort se lamentait,
Car les forges fondaient la
destruction nouvelle,
La
barbarie croissante et l’horreur enfantait
Des
humains sans pitié, aux visées criminelles.
La
Mort devait faucher des vies à tour de bras,
Tels
des épis de blés, dans les plaines de Beauce ;
Son
labeur devenait de plus en plus ingrat,
Obligeant
à creuser des tas d’immondes fosses.
Élégies. Le danger de la paix
Rien ne vaut un conflit pour resserrer les
rangs,
D’un
peuple qui croira combattre une menace ;
En
guerre, on boit les mots que délivre un tyran,
Sachant
manipuler les diatribes pugnaces.
Les
rêves de grandeur d’un long passé glorieux
Dans
les ors des palais majestueux
scintillent :
Cet
éclat aveugle, par un sort mystérieux,
Effaçant
le servage et des temps que rhabille
D’une
ample nostalgie un pouvoir abhorré.
On
repeint le passé, en mêlant les époques,
Greffées
sur le présent qu’on désire adorer,
Préférant
aux rancœurs l’onirisme baroque.
Or,
le despote craint la vérité des paix,
Quand
la grandeur s’envole et se dissipe un
rêve ;
On
voit alors son coût et se perd le respect
Du
Tsar, si la trêve ne s’avère pas brève.
C’est
pourquoi le tyran, sans projet d’avenir,
Doit
nourrir le peuple d’une
ambition
auguste :
Sinon
la foule gronde et ne peut se tenir,
S’il
ne peut inventer des offenses injustes.
Élégies. Se retirer du monde
S’oublier de fiction,
fuir la réalité,
La
laideur d’un futur que je pressentais moche :
Ainsi,
on me voyait par le rêve habité,
Soit
sur un banc lisant, soit béat au
cinoche.
Se
retirer du monde, alors que déraillait
Le
rêve américain, nourrissant l’inquiétude
D’un
tragique avenir, et
que me tenaillait
L’obscur
pressentiment de jours d’incertitude,
Semblait
l’échappatoire à ces appréhensions.
Dans
le parc, sur un banc, quasiment immobile,
Je
vivais loin de là, dans
d’autres dimensions,
Nourri
par les récits de créateurs fertiles.
En
refermant le livre, après l’ultime mot,
Je
retrouvais la vie, aux lendemains moroses,
Présageant
la plongée vers des foules de maux,
Aux
chemins non semés de pétales de roses.
Parfois,
le solitaire, aux
rêves d’inconnu,
Rencontre
une âme belle, à la sienne semblable,
Dévorée
de craintes : quel soutien bienvenu,
Mais
qu’on quitte pourtant,
sans nul motif valable.
jeudi 8 mai 2025
Élégies. Le serment de Koufra
Trois ans auparavant, ils firent le
serment
D’arrêter
leur combat à condition que flottent
Les
couleurs françaises élevées
fièrement
Dans
Strasbourg reconquis, en chassant un despote.
La
seconde D.B. éleva son drapeau
Au
sommet de la tour de cette
cathédrale,
Puis
franchissant le Rhin, sans prendre de
repos,
Elle
vit des cités, détruites et
spectrales.
Un
peuple affamé, fuyait sans but précis,
Loin
des bombardements, pris dans un fol exode :
Comme
nous en 40, affolé,
indécis,
Craignant
ce que serait le prochain épisode.
Qui
aime la guerre nullement n'a connu
Ces
jours où des amis tremblent dans l’agonie,
Les
vêtements ouverts, le corps à moitié nu,
Lorsque
leur bravoure se voit ainsi punie.
Pour
aimer les combats, il faut faire des plans,
Où
se trouve un fortin, les armées à
défaire ;
Sur
la carte aucun sang, tout
paraît excellent,
Et
le despote, au chaud, estime aisée la guerre.

Le serment de Koufra © Mapomme
Élégies. Du grand n’importe quoi
On s’habitue à tout, à l’injure, aux
menaces,
Aux tables renversées, aux discours aberrants,
Les
raccourcis idiots, les lieux communs tenaces,
Qui
ne résolvent rien et sont désespérants.
Les
lois sont bafouées et on voudrait que change
La taille d’un
pays pour piquer les trésors
Enfouis dans son sous-sol, qu’un occupant engrange,
Offrant à son régime un tout nouvel
essor.
Tous
les traités d’hier, qu’on pensait infrangibles,
Sont
trahis, déchirés, tels de simples brouillons,
Dont se fiche un
tyran trouvant tout exigible,
Des
papelards écrits à l’aide d’un crayon.
Quand
tout est incertain, que l’édifice tremble,
Le monde routinier
s’écroule sur l’instant :
Nous voilà fragiles, lorsque se désassemble
Un bel ordre établi jusqu’à la fin des
temps.
Chaque siècle a connu un désastreux despote,
Un
criminel sans borne, ivre de faits glorieux,
Qui a fait résonner
le martial bruit des bottes,
Menaçant l’Europe de ses projets
furieux.





