dimanche 13 octobre 2013

Sonnets. Le marcheur immobile

Il pleut sur les étangs et l’encrier est vide
Hier ressemble à demain et tous les chemins
Me ramènent au point de ce triste examen
À l’onde maussade sous les cieux impavides

Quel marcheur insensé sous les verts tamarins
S’en irait rechercher le tombeau des Sylphides
Avec la conviction que la vague perfide
A recouvert de boue tous les caveaux marins

Passé présent futur ne sont qu’un même instant
Nous répétant sans cesse une même journée
Vêtue différemment mais au schéma constant

La source s’est tarie et l’âme consternée
Ne peut que constater ce bilan attristant
Nous avançons toujours prisonnier du sordide   

Il pleut sur les étangs et l’encrier est vide
 Passé présent futur © Mapomme
(merci à Edward Burne-Jones pour ses contributions)

Sonnets. Le fol espoir du gnome

Dans l’antre d’un volcan des titans borgnes forgent
L’or d’impures monnaies et l’acier des poignards
Martelant le métal dont les grottes regorgent
Le monde s’en repaît tel un vil charognard

Un marais méphitique ou des mots vipérins
Suffisent au conflit et les combats m’obligent
À fondre les métaux des plus tranchants airains

Aux titans asservi je suis le gnome lige 
Errant par les boyaux des mondes souterrains
Dans l’ombre accablante je gémis et m’afflige

Là haut loin des parois dont je suis le bagnard 
L’horizon infini offre aux cœurs qui s’insurgent
Sous les cieux constellés des déserts campagnards
L’espoir de fuir enfin l’antre des métallurges    
 Le titan borgne © Mapomme
(avec l'aide de www.Bjorn Hurri.com)

samedi 12 octobre 2013

Sonnets. Les élus

À travers le désert errait le vieil ermite
Que suivait tout un groupe apatride et hagard  
Semblable au patriarche et sa tribu sémite
Quittant l’aride Éden sans un dernier regard  

Las d’être des tricards dans un pays ringard
Ils en avaient franchi les ultimes limites
Pénétrant dans l’enfer d’un soleil sans égards
Marchant dans la souffrance où se forgent les mythes

En tous lieux les vieillards passent pour être sages
Et à leur arbitrage on s’en remet sans peur 
Croyant que leur verbiage est un puissant message

Combien de ces troupes de nomades campeurs
Vers un monde meilleur recherchant le passage
Ont péri dans l’oubli des torrides vapeurs  
 Suivant le patriarche © Mapomme


Sonnets. Les ailleurs incertains

Sur son rose rocher l’enfant mire les flots
Jade et saphir virant en une blanche écume
C’est le chant de Neptune une ode d’amertume
Et le mantra marin étouffant les sanglots  

La brume à l’horizon apporte à ce tableau
La crainte d'un demain sans éclat sans volume
Où des titans captifs martèlent une enclume
Enchaînés nanisés dans un univers clos

Le roc qu’on voudrait fuir et l’ailleurs incertain
Font hésiter l’enfant devant l’onde indocile 
Il veut voir les palais ornés de travertin

Où les plus grands penseurs s’assemblent en concile
Que chamboulent souvent les bardes libertins
Dans la gangue du sol l’enfant se sent fossile  
 Horizons © Mapomme

vendredi 11 octobre 2013

Sonnets. Le songe de l’Atlante

Les fleuves porteront des millions de poissons
Crevant le ventre en l’air sous les nuées acides
Les forêts décharnées parcourues d’un frisson
Tendront leurs bras tremblants vers d’étoilées absides  

Les touffeurs alternées d’une sombre mousson
Suivront l’hiver glacé à l’air chargé d’oxydes
Avant les feux d’été pourriront les moissons
Les tribus éparses poursuivant leur suicide

Les âmes avides amassant des tas d’or
Verront leur empire subir l’ultime éclipse 
Et ils ne seront plus du monde les cadors

Car des lois de jadis l’humain fera l’ellipse
La civilisation des vains conquistadors
S’éteindra générant l’auto apocalypse
 Songe de l'Atlante © Mapomme

jeudi 10 octobre 2013

Sonnets. Éphémères rires

Comme feuilles mortes volent au vent les jours
Ce vent devant ma porte emmène les semaines
Égrène mes peines en ses lointains domaines
Automne frissonnant m’a transi pour toujours

Aucun épais manteau nul pull-over en laine
N’effacera le sort par un charme à rebours
Et je vais engourdi par les pluvieux faubourgs
Cherchant la lumière telle une ivre phalène 

Le corps le cœur trop lourds ne peuvent rattraper
Les feuilles envolées des plus brillants sourires 
Le vent tourbillonnant vient hélas les happer  

Et d’autres prisonniers dans les flaques pourrirent
Vite décomposés sans aucun rescapé
Jamais des jours perdus nos âmes ne guérirent
Éphémères rires © Mapomme 

mercredi 9 octobre 2013

Sonnets. Fiston

Fiston me dit la voix d’un sombre endroit surgie
Je n’avais plus ouï ce désuet surnom
Depuis des décennies tenu en léthargie
Quel que soit le chemin qu’un beau jour nous prenons 

Sorti tel un zombie sans nulle liturgie
D’un sol marécageux ce mémoriel limon
Ce surnom mort-vivant retrouve une énergie
L’extrayant du caveau et nous le ranimons 

Alors nous déplorons ce futur trépassé
Les propos complices conseils et confidences 
Qu’un surprenant décès est venu effacer 

S’achève l’âge d’or de la fausse abondance 
On devient orphelin d’un parent terrassé 
Et d’instants à venir dont on pleure l'absence
 Fiston © Mapomme