Sur la Terre j’allais sans trouver l’âme-sœur,
Car le niais Cupidon ratait
toujours la cible,
Bien que j'aie le cœur gros : ce
dieu réunisseur
Loupait
un éléphant se tenant impassible.
Je
voyais des ballots filer l’amour
parfait,
Trouvant
la clef cachée d’une belle cassette,
Déployant
ses atours du plus sublime effet :
Mon
humble naturel chassait cette recette.
Pour
mentir sans rougir, faut-il être immoral
Et
vendre un faux mec bien au prix d’un produit rare !
L’amante
est aveuglée par un feu vespéral,
Dévorant du regard un abruti ignare.
Privé
de la vertu de me faire plus beau
Plus
profond, plus savant que sous ma vraie
nature,
J’aurais
le sentiment d’être un affreux ribaud
Offrant un champ d’orties pour divine pâture.
Aussi
je poursuivais seul, seulet mon
chemin,
Passant
sous les regards, inaudible, incolore,
Sans
que nul pour l’instant ne me tende la main,
Jusqu’à
ce qu’à vos yeux l’orchidée veuille éclore.
lundi 4 août 2025
Élégies. J’allais sans l’âme-sœur
Élégies. Comment sauter le pas ?
Hors la rue sans-souci,
on attaque une pente,
Sur
un chemin ardu, sinueux
à foison ;
Adieu
les plats trottoirs des flâneries
pimpantes
Où
nous ne désirions
ni l’or ni la
toison,
Hormis
celles couvrant nos enthousiastes crânes !
Dès
lors, plus on avance et plus il faut d’efforts,
Or,
sous ce ciboulot
que d’ébauches se trament
Quand
des jeunes années nous laissons le confort.
Certe
on s’élève haut, avoisinant les nues
Où
commandent les dieux en cravate et costard,
Mais
nous nous égarons, vers la cime inconnue,
L’altitude
changeant le cœur
à notre instar.
C’est
alors que survient à mi-chemin des vies,
La
décision à prendre en face d’un
ravin.
Bien
qu’ayant grimpé haut, l’âme est inassouvie :
Faut-il
s’enténébrer si l’acte paraît vain ?
Le
saut nous semble aisé, puisqu’il
faudrait qu’on monte :
Or,
c’est un pas qui coûte une livre de chair
Taillée
dans l’âme humaine et qui nous ferait honte,
Car
monter, c’est plonger plus avant vers l’enfer.
dimanche 3 août 2025
Réminiscences. Le bar du temps perdu
On buvait un café au bar du temps perdu,
Dedans
s’il faisait froid, sinon sur la terrasse,
Évoquant
nos espoirs en des ans très ardus,
Quand
en tous lieux naissaient des appétits voraces.
Mais
pour nous s’ouvriraient les voies du paradis,
Du
moins l’espérait-on, pétris de certitudes,
Pouvant
tout obtenir, sans avoir un radis
Hors
d’un pauvre diplôme au bout de nos études.
Le
monde avait changé, car les temps
opulents
Avaient
cessé d’un coup et c’était la galère
Pour
dégoter un job pour un net stimulant,
Car
le marché offrait d’assez maigres salaires.
C’était
la douche froide avec un Bac plus deux,
Des
contrats de trois mois payés à coup de
triques :
Adieu
les temps heureux aux salaires juteux,
Dans
une Europe ayant des parfums d’Amérique.
Du
bar nous changeâmes le véritable nom,
Pour
bar du temps perdu, pour les vaines
années
Passées
à étudier pour gagner moins de ronds
Que
le SMIC et voir choir nous illusions fanées.
samedi 2 août 2025
Élégies. Une impression de vide
Dans un domaine, on bosse et tout semble
gazer
Mais
comment expliquer cette âpreté en bouche,
Un
regret qu’on ne peut jamais apprivoiser,
Sans
qu’on apprenne enfin quelle affliction nous touche ?
«Comment
guérir la plaie ne portant aucun nom ?»,
Dirait
un guérisseur, en auscultant mon âme,
Voulant
chasser le sort lancé par un démon
Et
qui sans me tuer, jour après jour me damne.
Est-ce
la nostalgie d’un destin non vécu
Qui
génère ce spleen, cette impression de vide,
Ce
regret habitant la troupe des vaincus,
Demeurant,
face au drame, austère
et impavide.
Qu’on
sonne le tocsin, quand l’invisible mal
S’empare
des esprits ! Que prient les
monastères !
Qu’on
inspecte chacun, jusqu’au moindre animal,
Qu’on
n’oublie aucun bourg, fût-il
le plus austère !
Fléau
désenchanteur, sans potion ni onguent,
Qui
ôte toute envie et
laisse insatisfaite
L’âme
contaminée, comment rendre fringant
Qui
à rien n’a plus goût, ni le cœur à la fête ?
Élégies. Volutes se dissipent
Volutes de fumée dans les airs se dissipent,
Et
la jeunesse aussi qui voudrait s’envoler
Librement
s’en aller : vers l’azur s’émancipent
Des
rêves effarés, allant déboussolés.
Voyez-les
tournoyer ivres de pittoresques,
De
senteurs parfumées, loin des gris horizons.
Offrez-leur
du nouveau, pas un savoir livresque,
Mais
la folie d’ailleurs, loin de la
trahison
D’avenirs
convenus, puant la vieille armoire,
Pour
marcher dans les pas des amis, des parents !
Non,
la rive inconnue dont l’exotisme moire
Des
cieux illuminés de l’Idéal garants.
Fumée,
tel un encens, élève-toi et porte
Le
message confus d’un do indécis :
Scrute
au fond de mon cœur les espoirs en cohorte,
Et
retiens-y celui dont te plaît le récit.
La
vie part en fumée, s’écoule à toute
allure,
Tel
un sable filant du creux de notre main :
De
nos projets, pas un ne pourra se
conclure,
Et
nous suivrons, vaincus, de tout autres chemins.
Élégies. Souverains souvenirs
Nous avons tous en tête
un endroit
sacro-saint
Où,
sans plus d’un regard,
bien des visiteurs
passent :
Ce
dédain offense, sans
avoir ce dessein,
Notre
vénération d’un lieu que rien n’efface.
Souverains
souvenirs nourris
de mille instants,
Même
si les années les
submergent
d’écume,
Qui
rendra tout confus et d’un vague attristant.
Il
ne demeure rien de nos bonheurs posthumes,
Sinon
l’attachement aux défunts, aux maisons
Par
les ans emportés ; ces ruines qu’on supprime,
Où
nous jouions jadis, à la chaude saison,
Dont
l’absence paraît un inexpiable crime.
Il
reste l’ébauche d’un suranné bonheur,
Tel
un parfum gravé au sein de la mémoire,
Un
fugace
arôme
qu’un
mauvais
parfumeur
À
la hâte recrée,
pervertissant l’histoire.
Nous
demeurons l’enfant s’émerveillant de tout,
Du
parfum du maquis et des maisons de pierre,
Bâties
sur des rochers, qui se dressent debout
Entre
monts et mer bleue, face à nôtre clairière.
vendredi 1 août 2025
Élégies. De quoi sont faits les jours ?
Au fond, que sommes nous ?
Quelques brins d’herbe au vent
Emportés
malgré eux ; une branche brisée
Que
charrie le torrent furieux et éprouvant
Dans
l’écume des jours et
l’onde
hystérisée.
Dans
ce flot sont noyés les rêves d’autrefois,
Les
espoirs d’avenir que l’on voulait grandiose,
Mais,
par la porte étroite, ils ne passent l'octroi,
Ne pouvant espérer une vie en
symbiose !
Les
murs de la chambre dont le vert s’est éteint
Le
vert des beaux espoirs, à présent mis en berne,
Est
la cage aux forêts de simple papier peint,
Sans
horizon au loin, dans une prison terne.
Les
romans mensongers allument des brasiers
Qui
bercent les soirées dont les voiles
diaphanes
Font
danser des lointains aux sièges en osier,
Et
des cieux étoilés sans nues qui les
profanent.
Jeune
et désabusée, dans la sombre maison,
La
prison conjugale où nul rayon ne rentre,
Pour
caresser la peau d’un brin de déraison ;
Sans
l’extase, un devoir pour que gonfle ce ventre.






