Des chefs d’état affabulent l’histoire
Selon
leur bon vouloir, se parant des
habits
Virginaux
du héros, à l’effort méritoire,
Secourant
le vaincu, pris d’un élan subit.
Leur
secours fut marquant, pesant dans la balance,
Bien
qu’il vînt sur le tard, pris dans le tourbillon
Après
que les puissants, dans un honteux
silence,
Fassent
naître leur aide
en poussin tardillon.
Washington
et Moscou prirent enfin les armes,
Quand
Hitler déclara la guerre à tous les deux.
«L’Amérique
d’abord !»,
serinait, tel un charme,
Dans des meetings Lindberg,
comme un sort
hasardeux.
On
entend, à présent, des diatribes
farouches,
Où
la France a perdu la guerre par deux fois ;
De
ce discours comment se peut-il qu’ils accouchent,
Et
il faut les souffrir sans possible
pourvoi ?
Des
flopées de pays ont sacrifié des vies,
Venant
à leurs côtés combattre des tyrans ;
Ô
tant de destinées furent ainsi
ravies,
Pour
la folie d’un seul, au combat expirant !
vendredi 16 mai 2025
Élégies. Durant le grand sommeil
jeudi 15 mai 2025
Élégies. Tribunal politique
Si l’on en croit vraiment leurs discours opiniâtres,
Qui dressent des procès, dont le nombre s’accroît,
Aux opposants gênant qu’ils tiennent à abattre.
On se croit revenu aux temps des tribunaux
Révolutionnaires, éteignant les Lumières,
Dirigés de nos jours par quelques tyranneaux,
Violents accusateurs à l’humeur chicanière.
Jadis, on a connu de tels procès bidons,
Aux juges malveillants sous l’ère soviétique ;
Du soupçon au goulag, sans possible pardon,
Ces tribunaux spéciaux ignoraient toute éthique.
«Toi qui franchit la porte, abandonne l’espoir»,
Devrait être gravé dans le plus froid des marbres,
Car c’est l’enfer qui suit dans un glacial mouroir,
Sans même être pendu à la branche d’un arbre.
Tous les propos tenus par le moindre accusé
Serviront contre lui, pour le couvrir d’ordures.
Chaque révolution a ainsi abusé
De procès kafkaïens aux folles procédures.
Élégies. Tout progrès est-il bon ?
D’un progrès naîtra-t-il un avenir
meilleur,
Au monde délivrant des bienfaits
appréciables ?
Certains d’eux inspirent de tenaces
frayeurs,
Nourrissant
des romans à la fin invariable.
Les
robots s’insurgent et prennent le pouvoir,
Asservissant
l’humain, qu’il soumet à sa guise ;
D’aucuns disent,
moqueurs, qu’on ne peut le prévoir,
Cependant la méfiance en
ce cas est requise.
On tient à posséder des esclaves
nouveaux,
Sans songer qu’il se peut que les
robots s’insurgent :
Ils
suivraient, se
trouvant dépourvus
de cerveau,
Tel un troupeau soumis, en
moutons de Panurge.
Or,
on les veut sensés, pour
mieux nous délester
Des
travaux fastidieux, en valets
bénévoles ?
Faut-il
donc s’étonner qu’ils puissent détester
Tous
ces rois fainéants aux loisirs si frivoles ?
Voilà
que les romans qu’on disait de fiction
Sont
la réalité dont on voit des images.
Hélas,
tout se passe selon les prédictions :
Se fâchant, les
robots causent quelques dommages.
mercredi 14 mai 2025
Élégies. N’auras-tu jamais honte...
N’auras-tu jamais honte,
en t’endormant le soir,
Au
regard des horreurs, teintées de malveillance,
Auxquelles
tu ne veux aucunement surseoir
Et
qui devraient hanter ta miteuse conscience ?
Dis,
ne rêves-tu pas,
quand tu dors calmement,
Des
rescapés trouvés, à la fin de la guerre ?
Ne
pointent-ils jamais, de leurs
baraquements,
Un
doigt accusateur d’un geste lapidaire ?
Comptes-tu
transformer en un camp de la mort
La
bande de Gaza, ce vaste champ de ruines,
Y
faisant ressurgir, sans le moindre remords,
Des
squelettes vivants que la faim assassine ?
N’es-tu
pas, comme moi, hanté
par la vision
De
ces corps décharnés, paraissant des
cadavres
Par
miracle tenant, malgré
les prévisions,
Car
c’est un choc profond qui à jamais
nous
navre.
Dans
un lointain passé, un pouvoir inhumain
Voulut
exterminer sans raison une ethnie :
Or,
il n’est qu’une race, aux ancêtres communs,
Même si des cinglés farouchement le nient.
mardi 13 mai 2025
Élégies. Intriguer pour la paix
La guerre peut durer, parfois plus de cent ans,
Et
brûler les épis des récoltes futures
;
De
tout ce blé perdu jusqu’à la fin des temps,
La
famine est venue, car on n’a su conclure,
À
défaut de la paix, l’abandon des combats.
Il
faut user parfois d’un chouïa de
malice
Et un
brin de folie, pour lancer le débat,
Se
refusant soudain
à boire le
calice.
La
paix tient à si peu. Encor
faut-il oser
Se
montrer ingénu, en croyant au miracle
D’une
lassitude qui viendrait disposer,
Tout
au long des années, de succès
en débâcles,
Un
conquérant usé par un si long conflit
Au
traité concluant une éternelle guerre.
La
Guerre de Cent Ans,
qui tombe dans l’oubli,
Se
conclut par la paix qu’on acheta naguère.
On
ruine le Trésor, mais qu’importe cet
or,
Si cesse
la saignée et que naît la croissance ;
La
paix n’a pas de prix et un roi très
retors
Rendit
à son pays son ancienne puissance.
lundi 12 mai 2025
Élégies. Si périt la colombe
Dans la verte prairie, sans doute fourbue,
Une
blanche colombe était tombée soudain
;
Son
rameau d’olivier, dans
la vallée herbue,
À
son bec échappa,
au-dessus d’un jardin.
Fatiguée
de porter, de partout sur la Terre,
Un
message de paix que nul ne percevait,
Bien
qu’il ait eu jadis nombre de signataires,
Elle
sentit qu’un mal rendait les gens mauvais.
Ainsi
lui échappa son éternel emblème,
Car
l’effroi d’un fléau d’un coup saisit son cœur :
Sitôt
il s’arrêta et, dans le matin
blême,
Elle
avait chu sans vie, face à ce mal vainqueur.
Un
milan se posa à côté du cadavre,
Espérant
l’emporter vers son antre éminent ;
L’emmenant
dans les airs, vers la paix de son havre,
Un
doute vint saisir son esprit pertinent.
La
colombe vivait, mais était
affaiblie,
Découragée
de voir l’attrait pour les combats
Triompher
quand, sotte, l’humanité oublie
Les
bienfaits de la paix, ne souffrant nul débat.
dimanche 11 mai 2025
Élégies. La nuit bouffe les jours
Le jour est avalé par une aveugle nuit,
Et
rugit aussitôt la rage de l’écume ;
Un
phare, dont le feu dans les ténèbres luit,
Par
les flots assailli, est dévoré de brume.
Ô
nuit, finiras-tu ? Quand reviendra le jour,
Pour
m’offrir le présent d’une naissante
aurore ?
Mais
nul frémissement, le monde restant sourd
Sans
piger ce vide que mon être déplore.
Pas
d’étoiles aux cieux, car des nuages noirs
Cachent
à tout regard
ces lueurs familières,
Et
l’univers entier devient un promenoir,
Quoique
la nuit, ainsi, semble inhospitalière.
Les
flots roulent sans fin leurs assauts
persistants,
Au
point de nous lasser d’attendre que s’achève
Cette
fureur marine au tempo attristant,
Puisqu’on
perscrute en vain quelque signe de trêve.
Allumez
un espoir, même de transition,
Un
fugace calme nous offrant un silence :
Il
nous faut une paix conclue sans condition,
Tant
nous a épuisé cette obscure violence !






