vendredi 16 mai 2025

Élégies. Durant le grand sommeil

Des chefs d’état affabulent l’histoire
Selon leur bon vouloir, se parant des habits
Virginaux du héros, à l’effort méritoire,
Secourant le vaincu, pris d’un élan subit.

Leur secours fut marquant, pesant dans la balance,
Bien qu’il vînt sur le tard, pris dans le tourbillon
Après que les puissants, dans un honteux silence,
Fassent naître leur aide en poussin tardillon.

Washington et Moscou prirent enfin les armes,
Quand Hitler déclara la guerre à tous les deux.
«L’Amérique d’abord !», serinait, tel un charme,
Dans des meetings Lindberg, comme un sort hasardeux.

On entend, à présent, des diatribes farouches,
Où la France a perdu la guerre par deux fois ;
De ce discours comment se peut-il qu’ils accouchent,
Et il faut les souffrir sans possible pourvoi ?

Des flopées de pays ont sacrifié des vies,
Venant à leurs côtés combattre des tyrans ;
Ô tant de destinées furent ainsi ravies,
Pour la folie d’un seul, au combat expirant !


Durant le grand sommeil © Mapomme
Lindberg faisant un discours contre la guerre (America First)
(reconstitution)

jeudi 15 mai 2025

Élégies. Tribunal politique

Ce sont ceux-là même qui défendent le droit,
Si l’on en croit vraiment leurs discours opiniâtres,
Qui dressent des procès, dont le nombre s’accroît,
Aux opposants gênant qu’ils tiennent à abattre.

On se croit revenu aux temps des tribunaux
Révolutionnaires, éteignant les Lumières,
Dirigés de nos jours par quelques tyranneaux,
Violents accusateurs à l’humeur chicanière.

Jadis, on a connu de tels procès bidons
,
Aux juges malveillants sous l’ère soviétique ;
Du soupçon au goulag, sans possible pardon,
Ces tribunaux spéciaux ignoraient toute éthique.

«
Toi qui franchit la porte, abandonne l’espoir»,
Devrait être gravé dans le plus froid des marbres,
Car c’est l’enfer qui suit dans un glacial mouroir,
Sans même être pendu à la branche d’un arbre.

Tous les propos tenus par le moindre accusé
Serviront contre lui, pour le couvrir d’ordures.
Chaque révolution a ainsi abusé
De procès kafkaïens aux folles procédures.

Tribunal politique © Mapomme

On voit des commissions d'enquête que mènent des extrêmes, pour salir un ministre ou mentir sur les chiffres de l'immigration, préparant les municipales et la présidentielle. De trouver des solutions pour réduire le déficit, ces extrêmes ne soucient même pas.

Élégies. Tout progrès est-il bon ?

D’un progrès naîtra-t-il un avenir meilleur,
Au monde délivrant des bienfaits appréciables ?
Certains d’eux inspirent de tenaces frayeurs
,
Nourrissant des romans à la fin invariable.

Les robots s’insurgent et prennent le pouvoir,
Asservissant l’humain, qu’il soumet à sa guise ;
D’aucuns disent, moqueurs, qu’on ne peut le prévoir,
Cependant la méfiance en ce cas est requise.

On tient à posséder des esclaves nouveaux,
Sans songer qu’il se peut que
les robots s’insurgent :
Ils suivraient, se trouvant dépourvus de cerveau,
Tel un troupeau soumis, en moutons de Panurge.

Or, on les veut sensés, pour mieux nous délester
Des travaux fastidieux, en valets bénévoles ?
Faut-il donc s’étonner qu’ils puissent détester
Tous ces rois fainéants aux loisirs si frivoles ?

V
oilà que les romans qu’on disait de fiction
Sont la réalité dont on voit des images.
Hélas, tout se passe selon les prédictions :
Se fâchant, les robots causent quelques dommages.


Tout progrès est-il bon ? © Mapomme

mercredi 14 mai 2025

Élégies. N’auras-tu jamais honte...

N’auras-tu jamais honte, en t’endormant le soir,
Au regard des horreurs, teintées de malveillance,
Auxquelles tu ne veux aucunement surseoir
Et qui devraient hanter ta miteuse conscience ?

D
is, ne rêves-tu pas, quand tu dors calmement,
Des rescapés trouvés, à la fin de la guerre ?
Ne pointent-ils jamais, de leurs baraquements,
Un doigt accusateur d’un geste lapidaire ?

Comptes-tu transformer en un camp de la mort
La bande de Gaza, ce vaste champ de ruines,
Y faisant ressurgir, sans le moindre remords,
Des squelettes vivants que la faim assassine ?

N’es-tu pas, comme moi, hanté par la vision
De ces corps décharnés, paraissant des cadavres
Par miracle tenant, malgré les prévisions,
Car c’est un choc profond qui à jamais nous navre.

Dans un lointain passé, un pouvoir inhumain
Voulut exterminer sans raison une ethnie :
Or, il n’est qu’une race, aux ancêtres communs,
Même si des cinglés farouchement le nient.


N'auras-tu jamais honte... © Mapomme
D'après des photos n&b de 1945

A ceux qui nient l'existence de la Shoah et à ceux qui oublient ce qu'elle fut, laquelle conduisit à la naissance d'Israël qui se comporte quasiment comme les nazis.

mardi 13 mai 2025

Élégies. Intriguer pour la paix

La guerre peut durer, parfois plus de cent ans,
Et brûler les épis des récoltes futures ;
De tout ce blé perdu jusqu’à la fin des temps,
La famine est venue, car on n’a su conclure,

À défaut de la paix, l’abandon des combats.
Il faut user parfois d’un chouïa de malice
Et un brin de folie, pour lancer le débat,
S
e refusant soudain à boire le calice.

La paix tient à si peu. Encor faut-il oser
Se montrer ingénu, en croyant au miracle
D’une lassitude qui viendrait disposer,
Tout au long des années, de succès en débâcles,

Un conquérant usé par un si long conflit
Au traité concluant une éternelle guerre.
La Guerre de Cent Ans, qui tombe dans l’oubli,
Se conclut par la paix qu’on acheta naguère.

On ruine le Trésor, mais qu’importe cet or,
Si cesse la saignée et que naît la croissance ;
La paix n’a pas de prix et un roi très retors
Rendit à son pays son ancienne puissance.


Intriguer pour la paix © Mapomme

lundi 12 mai 2025

Élégies. Si périt la colombe

Dans la verte prairie, sans doute fourbue,
Une blanche colombe était tombée soudain ;
Son rameau d’olivier, dans la vallée herbue,
À son bec échappa, au-dessus d’un jardin.

Fatiguée de porter, de partout sur la Terre,
Un message de paix que nul ne percevait,
Bien qu’il ait eu jadis nombre de signataires,
Elle sentit qu’un mal rendait les gens mauvais.

Ainsi lui échappa son éternel emblème,
Car l’effroi d’un fléau d’un coup saisit son cœur :
Sitôt il s’arrêta et, dans le matin blême,
Elle avait chu sans vie, face à ce mal vainqueur.

Un milan se posa à côté du cadavre,
Espérant l’emporter vers son antre éminent ;
L’emmenant dans les airs, vers la paix de son havre,
Un doute vint saisir son esprit pertinent.

La colombe vivait, mais était affaiblie,
Dé
couragée de voir l’attrait pour les combats
Triompher quand, sotte, l’humanité oublie
Les bienfaits de la paix, ne souffrant nul débat.


Si périt la colombe © Mapomme

Le milan ne consomme que des charognes. Il craint le vivant qui souvent se rebiffe.

dimanche 11 mai 2025

Élégies. La nuit bouffe les jours

Le jour est avalé par une aveugle nuit,
Et rugit aussitôt la rage de l’écume ;
Un phare, dont le feu dans les ténèbres luit,
Par les flots assailli, est dévoré de brume.

Ô nuit, finiras-tu ? Quand reviendra le jour,
Pour m’offrir le présent d’une naissante aurore ?
Mais nul frémissement, le monde restant sourd
Sans piger ce vide que mon être déplore.

Pas d’étoiles aux cieux, car des nuages noirs
Cachent à tout regard ces lueurs familières,
Et l’univers entier devient un promenoir,
Quoique la nuit, ainsi, semble inhospitalière.

Les flots roulent
sans fin leurs assauts persistants,
Au point de nous lasser d’attendre que s’achève
Cette fureur marine au tempo attristant,
Puisqu’on perscrute en vain quelque signe de trêve.

Allumez un espoir, même de transition
,
Un fugace calme nous offrant un silence :
Il nous faut une paix conclue sans condition,
Tant nous a épuisé cette obscure violence !

La nuit bouffe les jours © Mapomme