mardi 28 janvier 2025

Élégies. Le dilemme insoluble

La question se posa, monstrueuse et précise,
Presque aussi affreuse que ne l’était l’horreur
Des faits qu’on rapportait, de façon très concise,
Mais qui semblait le fruit d’une quelconque erreur.

Un massacre opéré de manière importante,
Sorte de taylorisme appliqué aux humains ;
La noirceur des actes paraît déconcertante
,
Lorsqu’un peuple renie le bon sens commun
.

Pour arrêter l’horreur de ce constant massacre,
Fallait-il bombarder cet effroyable camp ?
D’un incinérateur montait la fumée âcre,
Dont le vent apportait le parfum suffocant.

Or, les bombes lâchées d’une haute altitude
Manquaient de précision tout au long du conflit ;
Elles rataient leur but, malgré la multitude
,
Tuant des innocents sans que ça fasse un pli
.

L’abandon du projet s’avéra une chance
Et pour en témoigner, et pour les rescapés :
Ne voit-on pas grandir en tout lieux l’ignorance,
Lorsque sur le déni des sots veulent camper ?

Le dilemme insoluble © Mapomme

lundi 27 janvier 2025

Élégies. Effacer un complot

Peut-on violer d’un coup une Constitution ?
P
eut-on d’un grand paraphe abolir sous cette encre
Un crime sur un flic, lavant la sédition
D’une foule en arme ? La violence est un chancre.

D’inutiles idiots louent un puissant crétin
Qui foule aux pieds les droits les plus élémentaires ;
P
auvre Miss Liberty, dont le feu est éteint,
N’éclairant plus le Monde, à jamais mis en terre.

La planète est un champ voué aux grands profits,
Quitte à rendre la Terre à tout jamais aride ;
Il ne voit en Gaza qu’un sublime défi,
Mille fois plus juteux que ne l’est la Floride.

Le malheureux Sicknick, victime du devoir,
Serait donc mort pour rien, au cœur du Capitole ;
Où sont les principes et le brillant savoir,
Si règnent la menace et l’attrait du pactole ?

C
revez, les miséreux ! S’amassent les lingots,
Et l’on rêve de Mars aux infinies richesses,
Sur les fairways rupins du beau Mar-a-Lago :
N’espérez de ces gens pas la moindre largesse !


Effacer un complot © Mapomme

mercredi 22 janvier 2025

Élégies. Quand un soleil se meurt

Qui a tué l’espoir d’une balle en plein cœur ?
Chacun le vénérait tel un astre sublime,
Un soleil au zénith dont l’assassin moqueur
Vient éteindre le feu de son rayon ultime.

On avait foi en lui,
l’espoir de nos espoirs,
Dont les rayons
éteints aveuglent et déplorent
Des avenirs enfouis au fond des antres noirs,
Qu’un ténébreux pouvoir a empêché d’éclore.

Quand le monde est dément, on s’accroche en tous lieux
À un astre brillant, qui dans la nuit éclaire,
Qu’un peuple entier vénère ainsi qu’un ancien dieu.
Alors le monde prie cette entité solaire :

«
Fais resplendir nos jours, embellis le futur ! »,
Supplie le peuple impie, trop souvent idolâtre,
Qui suivra follement des prophètes obscurs,
Géants au corps d’acier mais aux pieds faits de plâtre.

Qui pourra nous sauver de l’indicible ennui,
Sans un soleil qui luit, porteur d’une espérance ?
C
et astre s’est éteint et l’encre de la nuit
Fait vénérer des fous, génies des apparences.


Quand un soleil se meurt © Mapomme
Avec l'aide d'Alfred Sisley

dimanche 12 janvier 2025

Élégies. Chants des marins défunts

Quand souffle la tempête et que gronde le vent,
Par-delà les étangs, les terres qui les bordent,
J’entends comme une plainte, en la nuit s’élevant,
Un chœur nous demandant sans fin : « Miséricorde ! »

Tant d’immenses rêves, à moitié esquissés,
Tant de regrets amers et de tourments qui naissent,
Quand emplie de lumière, la vie vient à glisser
Au sein des profondeurs où règne la détresse !

Dès l’automne ou l’hiver, sitôt que le vent froid
S’en vient depuis la mer et dans la nuit fulmine,
C’est un chœur de sanglots qu’apporte le noroît,
Qui emplit dans la nuit nos modestes chaumines,

Lamento pénétrant qui résonne sans fin,
Où des langues connues se mêlent aux obscures.
Parviennent les regrets, chants des marins défunts,
Qui nous glacent d’effroi et des frissons procurent.

C’est l’appel à l’épouse, à l’enfant, aux amis,
Qui vient des profondeurs, quand une vie s’achève,
Conservé à jamais et au noroît remis,
Exhalé de l’abysse où s’éteignent les rêves.


Chants des marins défunts © Mapomme
Avec l'aide de Pirates des Caraïbes

Élégies. Pâle rayon de lune

On saisit un rêve comme un éclat d’argent,
Pâle rayon de lune et sorte de chimère,
Qu’on prend pour vérité dans ce monde changeant :
Hélas ! On se réveille et la chute est amère.

Un sourire solaire ou un mot amical,
Allume un bel éclair, une tremblante aurore ;
Que d’épines au rêve ! T
out amour est bancal,
Et pas un brin d’espoir dans ta boîte, Pandore !

Tous, nous allons accros aux rêves éperdus,
Refusant d’admettre la laideur opiniâtre
D’un monde qui s’écroule où règnent les tordus,
Les dingos déjantés, les gourous autolâtres.

Le rêve est une came, une injection d’espoir,
Sans risque d’overdose, une utile folie ;
Sans expectative, ciel et mer seraient noirs,
Car rien n’entraverait notre mélancolie.

C’est pourquoi on saisit le plus pâle rayon
Pour ne jamais sombrer dans les fosses profondes :
Aussi, mûs par ce feu, tous nous appareillons
Vers le pâle rai bleu qui d’espoir nous inonde.


Pâle rayon de lune © Mapomme

vendredi 10 janvier 2025

Élégies. Un beau jour dans la rue

Jamais je n’oublierai ces mots tant espérés,
Par un jour de printemps, en haut de l’avenue,
Un peu avant midi ; rien ne peut tempérer
La joie d
u bel instant d’une ivresse inconnue.

Seul l’amour partagé chasse le doute affreux,
Ce chancre ravageur qui, jour et nuit, nous ronge
Le cœur et l’esprit, les rendant plus fiévreux,
Car au fond des enfers cette transe les plonge.

Le
pouvoir du poison nous a rendus idiots,
Et soumis au bourreau, ivres de la torture,
Nous allons déposer le cou sur le billot,
Au tranche-tête offert, sans larme et sans murmure.

Aussi quand le bourreau, seul maître du destin,
Se refuse au supplice et accorde sa grâce,
On se sent invité à un divin festin :
L’
ivresse de de la joie sur l’instant nous terrasse.

Dans la rue bourdonnant des moteurs du mi-jour,
Crachant, tels des dragons, des effluves toxiques,
Idiots, nous sourions, car l’opium de l’amour
S’avère pour l’esprit le meilleur des topiques.


Un beau jour dans la rue © Mapomme

Élégies. Rêve et réalités

En plein jour, je m’abstrais de la réalité
Triste, où des baudruches sur les écrans pérorent ;
Des tigres de papier, sans nulle qualité,
Feulent, montrant les dents, et notre temps dévorent.

Alors, je clos les yeux, fuyant le tourbillon
Des folles diatribes et des grands anathèmes,
Qui aux pêcheurs d’idiots serviront d’ardillon
,
Dont l’appât futile s’avère un faux problème
.

Je vois la pleine
lune illuminant la nuit
Et peint en bleu pâle les branches implorantes,
Tels des bras vers les cieux où ce beau disque luit,
Car s’y livre une lutte intense et récurrente.

Le néant effrayant, sombre et séducteur,
Fatal sans contrepoint, semble un gouffre splendide,
Dont on ne peut nier le pouvoir attracteur,
Auquel se livrera l’aventurier candide.

Sans borne, les tourments sont le miel et le lait
De l’aimant insondable où brillent les étoiles,
Décorant le plafond d’un splendide palais,
De l’unique au-delà vers lequel faire voile.


Rêve et réalités © Mapomme
Avec l'aide d'Odilon Redon