jeudi 9 janvier 2025

Élégies. Un vieux livre égaré

Mon crâne est habité par dix mille fantômes
Et je parle à si peu de mes amis vivants,
Quand, sous le marbre froid, les premiers font un somme,
De leur
caustique humour désormais nous privant.

Parfois, dans la maison, je recherche un vieux livre,
Afin de parcourir un chapitre subtil :
Pas moyen de trouver ces pages qui enivrent ;
Ce livre est inutile, aussi parfait, soit-il !

Voyez, dans l’ancien bar, tant de chaises désertes
Et nul ne s’y assoit, sans qu’on sache pourquoi ;
Peut-être
y cherche-t-on la présence diserte,
Tel un livre perdu aux propos très narquois ?

La glace me renvoie une image inconnue,
Celle d’un autre moi, chenu et tout ridé,
Ma silhouette étant tassée et biscornue !
Après un long effort, je m’écroule, vidé.

Spectres de mon crâne, quelle autre résidence
Pourra vous abriter lorsque je m’éteindrais ?
Réservez ma place, par quelque providence,
Tant il faut se soucier de notre vie d’après.


Un vieux livre égaré © Mapomme

mardi 7 janvier 2025

Élégies. Presque un siècle a coulé

Quatre-vingt-dix années après la mort tragique
D’un poète génial, comme on en voit si peu,
Jour pour jour, je naquis, sans relation magique,
Car ma pauvre Muse rime comme elle peut.

Dans d’atroces combats toujours on s’améliore,
Par un progrès barbare issu droit des enfers,
Et la vie des civils toujours se détériore,
Mais des nécropoles aux défunts sont offerts.

Le Temps fait-il couler plus vite les années,
Pour qu’un sonnet soit lu comme étant très ancien
,
Lorsque l’humanité se trouve condamnée
À passer les cent ans grâce aux généticiens ?

Mon prof évoqua un classique moderne,
Et
un siècle passé m’apparaissait mille ans ;
B
audelaire, en photo, semblait une baderne :
M
e voici décati, les années défilant.

Quand d’un coup de ciseau s’achèvera ma vie,
Je filerai la pièce en passant à Charon,
Demandant : « Le poète à l’âme inassouvie,
Passa-t-il sans broncher, droit comme un fanfaron ? »


Presque un siècle a coule © Mapomme
Avec l'aide de Delacroix

lundi 6 janvier 2025

Élégies. Triompher de Goliath

L’info et Internet nous montre les puissants
Qui braillent, font la roue, en affichant leur thune ;
I
ci-bas, seuls leurs mots semblent éblouissants
Qui sont plus importants du fait de leur fortune.

Ces gens-là méprisent le commun des mortels,
Qui n’est que valetaille et source d’opulence ;
Qu'ils lâchent un bon mot, au sortir d’un cocktail,
Et il fait plus de buzz qu’un progrès de la science.

Semblant infrangibles, tel un sommet rocheux,
Leur règne étant promis à plus de mille années,
Rien ne peut entraver leurs programmes fâcheux,
Quitte à ce que nos vies s’en trouvent condamnées.

Parfois un grain de sable, un grain de trois fois rien,
Grippe les rouages de cette mécanique ;
R
ien ne peut s’opposer aux choix jupitériens
Et Goliath se moque des proches qui paniquent.

Quelques fois de l’Olympe, on voit choir un géant,
Dont se grippe d’un coup le beau dessein grandiose,
U
n être insignifiant, un vague fainéant,
Stoppant du financier la noble apothéose.


Triompher de Goliath © Mapomme
Avec l'aide du Caravage avec le vrai visage du grain de sable

Le jour de l'investiture de Trump et de sa bande de requins de la Tech américaine, ceci est un hommage à Keith Gill qui a fait obstacle à une magouille financière ou comment les réseaux, pour une fois, on été bénéfiques, empêchant des parieurs en bourse de mettre en faillite une société saine et leur faisant perdre une somme astronomique, au point de les mettre sur la paille.
Avec le bandeau rouge, c'est le vrai visage de celui qui a fait capoter les financiers et qui s'est enrichi, permettant à des tas de petits porteurs qui ne jouaient jamais en bourse de gagner du fric.

dimanche 5 janvier 2025

Élégies. Sur le mur s’accrochant

Tant dépits que remords s’insinuent dans nos âmes
Et on cherche, sans fin, quelque élixir divin,
Ou l’indice précieux en guise de sésame
Qui viendrait mettre un terme à des voyages vains.

Les regrets et le spleen, tel un insidieux lierre,
Entre chaque pierre d’un mur de souvenirs,
Ont planté les griffes des douleurs familières,
Dont on aimerait tant désormais s’abstenir.

Jardinier négligent, oublieux de sa tâche,
Notre esprit abdique devant l’envahisseur

Remuant le passé, auquel trop on s’attache,
Qui est de la conscience un vrai dieu punisseur.

Le lierre est invasif, un terrible vampire,
Qui, dans les veines, boit toute once de gaieté ;
Dès lors, Mélancolie, tu étends ton empire
Et les jours envolés se trouvent regrettés.

Taillons à la racine un mal aussi étrange,
Faisant aller une ombre au milieu des vivants,
Spectre dont les pâleurs tristement les dérangent :
L
e lierre est la sangsue de l’Oubli nous privant.


Sur le mur s'accrochant © Mapomme
D'après une pochette de Kate Bush

Élégies. La haine des conflits

Visitant le passé d’une Europe vaincue,
Les photos des ruines, où errent des civils,
Sont l’horreur absolue, si longtemps revécue,
D’un Blitz perpétuel, d’un massacre si vil.

Les images de Kiev ont de quoi nous surprendre,
Répétées chaque jour sur les chaînes d’info  ;
La compassion s’égare, en les nombreux méandres
D’un cerveau mystérieux qu’on croyait sans défaut.

On voit la même horreur avec le bruit des bombes
Et on s’émeut du Blitz ; mais quel est cet émoi
Figé en noir et blanc, pour des gens sous la tombe,
Quand des gens en couleurs survivent dans l’effroi ?

Repassée à l’envi, l’horreur se décolore
Et devient ordinaire, au point d’y consentir ;
Les frissons diminuent et, le cœur indolore,
On cache les taches sans un seul repentir.

Glacé, le corps frissonne et dans l’être remonte,
Sans lendemain pourtant, la haine des conflits ;
Puis, dans la rue paisible, on recherche sans honte,
Le silence, le vent et l’indolent oubli.


La haine des conflits © Mapomme
D'après une photo nb durant le Blitz

Il est étonnant de noter que Blitz est l'apocope de Blitzkrieg qui signifie guerre-éclair. Le Blitz est loin d'avoir été une brève et déterminante opération meurtrière sur des civils.

samedi 4 janvier 2025

Élégies. Dès que souffle le vent

Dès que souffle le vent, je n’ai la tête à rien
Allant tel un chien fou, ma bonne humeur ravie ;
Le vent me déconcentre aussitôt qu’il survient,
D’écrire ou de lire n’ayant aucune envie.

Préférant l’ondée calme au vent tempétueux,
Tel le mistral furieux qui hurle dans les rues,
Le plaisir de lire devient infructueux,
Ne pigeant rien au sens des pages parcourues.

Fureur et tremblements proviennent du dehors,
M’empêchant de goûter les subtiles tournures ;
Éole a quelquefois une voix de stentor,
Alors qu’une averse ressemble à un murmure.

Le récit de l’auteur se trouve ainsi couvert,
Par le raffut constant des volets qui tressautent ;
J’ouvre un livre et malheur ! je comprends de travers,
Distrait par le boucan : aux bourrasques la faute !

J’erre dans la maison
en ermite ronchon
Pestant après les dieux, les saints et puis les diables,
Et exprimant, chez moi, une humeur de cochon :
L’ouragan m’envahit et me rend peu sociable.


Dès que souffle le vent © Mapomme

jeudi 2 janvier 2025

Élégies. Fêter on ne sait quoi

Passant d’un jour à l’autre, on fête on ne sait quoi,
Un nouvel an d’espoirs que percent des aiguilles,
Baudruches dégonflées par les traits d’un carquois,
Nous chipant les bonheurs que parfois
on resquille.

On s’enivre et on danse, au milieu d’inconnus,
Sur la piste morose où en mesure on foule
Les rêves d’autrefois, tremblants, tristes et nus
,
Les sourdes nostalgies que toujours on refoule.

Dans une fausse nuit où brillent en clignant
D’électriques astres, éclairs stroboscopiques,
Mimant au ralenti nos émois trépignants,

Renaissent et meurent des espoirs utopiques
.
Un temps, pourtant défunt, dans notre sang revit
Un espoir d’autrefois, restant inassouvi.

Fêter on ne sait quoi © Mapomme