Lorsque, dans un musée, on admire un tableau,
Jamais on n’imagine, ignorants
que nous sommes,
Tout le labeur qu’il faut pour que tout soit
plus beau,
Car dans l’ombre ont œuvré des femmes et des
hommes.
On change les œuvres de salle et, quelquefois,
Elles disparaissent afin qu’on les retape
;
Bien des petites mains partagent cette foi
Envers les ouvrages que l’aveugle temps sape.
Que ce soient les vitraux, les grands
portraits des saints,
Les fresques murales ou les statues nombreuses,
On supprime les maux des siècles assassins,
Qui laissent des traces
laides et ténébreuses.
Dans les cathédrales, le regard habité,
Œuvrent en silence des
travailleurs de l’ombre ;
Ils ont ce doux regard,
dont la sérénité
Se nourrit des tableaux
rescapés des décombres.
Cet artiste
inconnu se trouve en communion
Avec l’objet des soins qu’offre sa minutie ;
J’envie ces
émotions
qui
ne
sont
plus légion
Et se trouvent noyés sous un
flot d’arguties.
vendredi 6 décembre 2024
Élégies. Les travailleurs de l’ombre
Élégies. La flamme de l’Espoir
À peine ai-je allumé
la flamme de l’espoir
Qu’un brusque hiver survint, figeant les os et
l’âme !
L’horizon s’obscurcit et des nuages noirs
Annonçaient des temps
froids faisant trembler la flamme.
Le canon résonnait
et, rejoignant le front,
Les troupes avançaient
sans la moindre
allégresse ;
Clos était le temple du
dieu Janus bifrons,
Quand chacun va empli
d’une soif
vengeresse.
La flamme de l’espoir tremblait aux quatre
vents,
Cavaliers funestes semant l’Apocalypse ;
Menant les bataillons et
se tenant devant,
La Folie conduisait le Monde vers l’éclipse.
Dans le dos des porteurs d’un espoir
souffreteux,
La Mort même était triste et nourrissait des
craintes,
Sentant venir des temps qui
seraient très coûteux
Car bien des avenirs subiraient son étreinte.
Ô Mort, vieux capitaine,
évite
ce conflit
Qui détruira les vies, rasera les campagnes !
Les saignées
d’autrefois sont tombées dans l’oubli,
Comme
tombe un héros, que pleure sa compagne.
La flamme de la vie,
face au sombre
destin
Se voit
prise soudain
dans la vaste tourmente :
L’espoir
peut s’accrocher, mais forcément s’éteint,
Car de vieux va-t-en-guerre en leur bercail lui mentent.
mardi 3 décembre 2024
Élégies. Exilé vers les cieux
La vie se passe en bas,
quand je reste en enfer,
Exilé vers les cieux où
trônent les gargouilles,
Parmi les chimères,
près des nues gris de fer :
Des humains
riquiqui sur
les longs trottoirs grouillent.
Misérable je suis, soumis à tous les vents
Me glaçant les membres, et
exposé aux pluies,
Ma
moitié animale à jamais me privant
D’un tissu tempérant les hivers
que j’essuie !
Là-bas, vers l’horizon,
aux confins des brouillards
Qu’exhale la cité, se
trouvent des provinces
Où les cieux ne sont
pas glacés et
vasouillards,
D’un azur aux chaleurs que nul Borée n’évince.
Ici, hurle la bise,
apportant du lointain
La crasse recrachée des hautes cheminées
D’usines polluant tous les crépis déteints
Et réduisant le champ d’abstraites destinées.
Si le Stryge est
connu,
qui
se soucie de moi ?
Moins effrayant qui
craint un minotaure
antique,
Légende surannée
ne causant nul émoi ?
Vampires
et goules sont bien plus romantiques.
lundi 2 décembre 2024
Élégies. La boucle temporelle
Toute vie navigue du rêve au cauchemar,
D’une profonde nuit à
un torrent de joie ;
L’existence paraît un latent traquenard,
Un enfer dont le feu nullement ne rougeoie.
On se lève, au matin, et tout semble changé,
Si ce n’est que le jour se poursuit identique
;
Si l’aube est différente, aussitôt le danger
D’une répétition se
révèle authentique.
Même voie, même bus, mêmes gens,
même ennui,
Même job affligeant au
perspectives mornes ;
Quand on s’extrait de
là, déjà tombe
la nuit
Et il faut se taper en une heure vingt bornes.
Samedi, il pleuvra et encor des bouchons,
Pour aller à l’hyper dépenser ce qu’on
gagne ;
Face à notre avenir,
jeunes nous ébauchons
D’impossibles
rêves, des futurs de cocagne.
Quel scénario
bidon,
morose et persistant,
Loin des rives dorées des vocations réelles ;
Un démon vient
de
nuit tramer
un jour constant,
Qui
est une sorte de boucle temporelle.
Élégies. Œuvrer pour le futur
La tour de Babel fut détruite, dit-on,
Par un dieu se plaisant
à montrer sa puissance ;
De bâtisses de foi, ingrats, nous héritons
Sans songer un instant à leur magnificence.
Œuvre de deux siècles,
dressée pour le futur
Et pour l’éternité,
si la guerre l’épargne,
Une cathédrale est,
en ces âges obscurs,
La preuve qu’un
savoir sur le temps parfois gagne.
Les hordes des tyrans ravageant les cités,
Ne perdent pas leur temps sur ces grandes
bâtisses :
S’égarant en
ce lieu sans vraie nécessité,
Ils ne commettraient pas pillages
et supplices.
Les guerres sont
passées, faisant
quelques dégâts,
Mais on a réparé sans qu’il restât
des plaies ;
L’idée de perdre un jour
ce bien qu’on nous légua,
Sans oser l’avouer, grandement nous effraie.
C’est un si
long labeur, le seul, le vrai ciment
Qui fonde l’unité et cette œuvre nous lie
À
des générations, en cet endroit trimant,
Car
nous lie l’utopie d’une belle folie.
dimanche 1 décembre 2024
Élégies. Effacer les savoirs
C’est la Bibliothèque et tout Alexandrie
Qu’on brûle en mille lieux, pour gommer les
savoirs
Heurtant la voie
obscure, nullement
attendrie,
Préférant énoncer les règles et devoirs.
Dans tous les cultes, dont celui de la thune,
On aime le rejet qui frappe d’interdit
Les paltoquets gênants qui toujours importunent,
Révélant les abus
et les
complots ourdis.
Les dévots de l’outrance abhorrent et censurent
Les livres et fictions qui ouvrent grand l’esprit,
Et, la main sur le cœur, les voici qui assurent
Que les lecteurs se voient trahis par ces écrits.
On brûle Harry
Potter et les livres de Science,
Et même on agresse des
impies écrivains ;
Dans les démocraties, absurde est la patience,
Car le mal croit
poursuivre un grand dessein divin.
Brûlera-t-on encor des bibliothécaires,
Des écrivains traités comme d’anciens
sorciers ?
On remet en cause la Liberté précaire,
Leurs défenseurs risquant de se voir suppliciés.
Élégies. Ce qui unit les peuples
Il n’est rien de plus beau qu’une soudaine
union,
Après un grand malheur,
union qui nous fédère,
Malgré les différends marquant les opinions
Par-delà les tracés qui seuls créent des
frontières.
La brusque tragédie foudroie l’humanité
Et vient toucher des
cœurs qui semblaient insensibles
;
On reste coi un bail, un
bout d’éternité,
Tant cette catastrophe est incompréhensible.
Certains seront muets,
en pleurant tout leur saoul,
Et d’autres ont rendu, depuis longtemps les
larmes,
Car leur flot lacrymal, un beau jour s’est
dissous :
Ce fulgurant fléau les prend et les désarme.
Des miracles fortuits sont d’un grand réconfort,
Après le désespoir et la crainte du pire ;
Certes les dons
affluent, les murs tiennent encor
Et chacun, peu à peu, plus amplement respire.
Chaque jour,
chaque
mois, au-delà
de la foi,
Le Monde voit renaître un commun patrimoine ;
Si
des destructions choquèrent
autrefois,
L’humanité
montra la réaction idoine.
D'après une photo de Bernard Rieger






