samedi 6 mai 2023

Sonnets sertis. Tumultes d'un orage

En ce lieu la folie que susurre le vent
Fait d’un amour d’enfant une implacable haine.

Sur la lande affaibli s’égare tout esprit :
Le bruit et la fureur jour après jour l’inonde ;
De vos emportements sous seriez fort surpris
S’ils révélaient de vous la part la plus immonde.

Quel esprit serait sain pour s’en dire à l’abri :
Qu’un cœur se voit trahi et l’âme furibonde
Réduira l’objet saint en milliers de débris ;
De ce ressentiment les légendes abondent.

Destruction maître-mot d’un ténébreux orage
Quand le vent et la pluie livrent à ses tourments
Le cœur désemparé que consume la rage.

Il suffit de briser un enfantin serment
Pour qu’au futur rêvé le faste fît barrage
Et que le vent semât les plus haineux ferments.

Lande tempétueuse le cœur le plus fervent
Lapidé subira la pire des géhennes.

Un ténébreux orage © Mapomme

vendredi 5 mai 2023

Sonnets sertis. Le deuil inaltérable

Sur la lande elle allait aux bourrasques soumise
Sous les cieux assombris toute vêtue de deuil.

Son veuvage récent avait éteint la flamme
Qui habitait jadis son généreux regard ;
La Camarde trancha de son austère lame
Le destin du fiancé sans haine et sans égard.

Le passé embelli car vierge de tout blâme
Est le plus absolu le plus sûr des remparts
Et elle avait clamé l’exquis épithalame
Que l’on doit au défunt au moment du départ.

Les nymphes de salon les regardaient envieuses
Et ne pourrait ternir l’ardeur de leur passion
Intriguant en dépit des éloges spécieuses.

Depuis lors affectant bonté et compassion
Elles fardaient leur joie de peine fallacieuse ;
Les morts sont à l’abri des vaines tentations.

Si la passion décroît à l’agonie promise
Le deuil inaltérable évite cet écueil.

Le deuil inaltérable © Mapomme
Avec l'aide de Cary Joji Fukanaga

Sonnets sertis. Dans les feux de l’automne

« Qui sait si tu n’as pas connu les temps antiques ?
Secrètement es-tu demi-dieu immortel ? »

Je songeais un instant à ces propos étranges
Que la jeune femme m’avait ainsi tenus ;
Avait-elle apprécié un nouveau conte aux franges
De l’univers réel et d’un monde inconnu ?

« Peut-être suis-je au fond un démon ou un ange ! »
Répondis-je en riant au discours saugrenu.
« Ou bien encor des deux un très curieux mélange ?
Je ne suis jamais mort et donc pas revenu ! »

La forêt s’embrasait des couleurs de l’automne
Et j’adorais aller par les étroits chemins
Quand s’apaisait le vent et qu’un soleil atone

Nous caressait soudain quand je prenais sa main.
Je me serais bien vu de la lignée des faunes
Et j’aurais pris l’aspect rassurant des humains.

La jeune femme était quelque peu romantique
Rêvant dans la forêt parée de tons pastel.

Serais-je donc un faune ? © Mapomme

mercredi 3 mai 2023

Sonnets sertis. Que ma folie soit douce !

« Cette goule voudrait ton cerveau et ton âme
Pour laisser racorni ton cadavre fumant ! »

« Ô Sage aux blancs cheveux ! ta sagesse est folie
Et tu restreins le monde à ta docte vision !
As-tu la cervelle par les ans ramollie
Pour que d’un doux baiser naisse ta confusion ? »

Mon précepteur d’antan proche de l’embolie
Plongé dans ses versets se berçant d'illusions
Voudrait voir de nos chairs la passion abolie
Et fait dans ma maison une telle intrusion.

Si l’amour est folie que ma folie soit douce
Et il serait plaisant qu’au combat tout guerrier
Préférât l’irraison qui aux ébats nous pousse.

J’avoue que tous mes sens se trouvent contrariés
Par le désir naissant : dois-je en avoir la frousse ?
Tout doux mon vieux mentor : il ne faut pas charrier !

« Votre âge vous fait voir dans l’étreinte des femmes
Celle des succubes nos désirs allumant ! 
»

Que la folie soit douce ! © Mapomme

mardi 2 mai 2023

Sonnets sertis. La docte raison verse un poison sur nos rêves

Maudits soient les savants qui dissolvent nos rêves
Dans l’acide mordant des mornes vérités !

Leur monde est insipide excluant les chimères
Des nymphes jusqu’aux fées des faunes aux tritons ;
Forêts dénaturées car privées de mystères
Vos temples ont croulé mais depuis lors vit-on ?

Si le monde réel n’a que saveur amère
Dans l’alcool ou la drogue au milieu du béton
Nous adorons des dieux au prestige éphémère
Blafardes légendes dont tous nous héritons.

Si Lamia renaissait si belle et trop parfaite
Viendrait quelque savant - Apollonius bilieux -
Pour dissiper le charme interrompant la fête.

Qu’aux lèvres on recueille un amour audacieux
Et un austère esprit - mi-savant mi-prophète -
Brisant l’élan mettra la raison au milieu.

Le fiel du rationnel qu’il versera sans trêve
Fera des coeurs sans sève empreints d'austérité.

Si Lamia renaissait © Mapomme
D'après John W. Waterhouse

lundi 1 mai 2023

Sonnets sertis. La Dame sans Mercy

Comme le chevalier eut ce doux privilège
La Dame sans Merci sur nous viendra veiller.

Qu’elle verse en nos cœurs au moment où l’on tremble
Un élixir d’oubli qui chasse les regrets
- Car on en a alors selon ce qu’il me semble ! -
Pour absorber un vin qui nous paraît aigret.

Si nous prenons l’amour comme un parfait exemple
Il vient à pas feutrés sans ordre et sans décret ;
La Dame paraissait une statue d’un temple
Ayant soudain pris vie par un charme secret.

Elle aura tant d’amour de bonté et de grâce
Pour l’égaré si las qui cherche le repos
Lorsque fureur et rage accablé le terrassent.

Nos cœurs sont épuisés de suivre des drapeaux :
Sommes-nous de ces gens qui toute cause embrassent
Et qui pour toge n’ont que de laids oripeaux ?

Vient cette Dame alors qui nos soucis allège
Lorsque la nuit paraît aux vivants effrayés.

La belle Dame sans Mercy © Mapomme
D'après Franck B. Dicksee
Ainsi qu'Alain Chartier (1424) et John Keats (1819) 

Sonnets sertis. Chacun son Garlaban

Enfants nous construisons tout un imaginaire
D’où naissent des récits qu’adulte on réécrit.

Chacun son Garlaban : le mien fut mon village
Et la maison en pierre où je passais deux mois ;
Les ruelles pentues où je courais à l’âge
Qui fait de tout un jeu et où j’étais chez moi.

Je l’ignorais encor car m’importait la plage
D’arpenter le maquis de me piquer les doigts
En cueillant des mûres dont le seul goût soulage ;
Une vie simple alors sans qu’un mal fît sa loi.

Nos parents nos amis sont la source patente
De la mythologie propre à tout écrivain
Nourrissant les récits d’une façon latente.

Mon Olympe n’est pas un domaine divin
Mais j’y reviens toujours victime consentante :
Lutter s’avèrerait un combat des plus vains.

Du lieu dont il se sent vraiment originaire
Tout plumitif dépend car il en reste épris.
Chacun son Garlaban © Mapomme