dimanche 14 août 2022

Mythologies revisitées. Sans la noirceur d’un mythe une vie est plus belle

On vante trop souvent les guerriers intrépides
Sans nommer des héros du morne quotidien ;
Les premiers ont quitté pour un devoir stupide
Leur foyer pour trancher un vague nœud gordien

Pour venger un cocu pour la quête cupide
D’une toison dorée ; devant les murs troyens
Ils ont quitté leur vie jusqu’ici très limpide
Et laissé leur famille isolée sans moyens.

De leur glorieuse action sont nées des tragédies
Et des lignées livrées à un funeste sort.
Les seconds ont connu des journées affadies 
Des travaux dans les champs sans compter ses efforts.

Ils n’ont pas de saga par le sang enlaidie
Mais ont pris soin des leurs sans nul projet retors.

La vie est belle © Mapomme
D'après Frank Capra

samedi 13 août 2022

Élégies. L’hémorragie en vain je tentais de parer

Voyez-vous ma fontaine a sa source en mes veines
Mais ce n’est pas mon sang qui coule sans arrêt ;
J’ai tenté d’endiguer de façon plutôt vaine
L’hémorragie sourdant dont le flot m’effarait.

Pire qu’un sable fin le flot de la fontaine
Entre mes doigts crispés s’échappe et disparaît
Vers un gouffre profond où la perte est certaine :
Victime me voici d’un vrai coupe-jarret.

Un sage m’a parlé de condition humaine
Qu’elle pourrait raser collines et forêts :
Imparable est ce flot qui à la mort nous mène.

Bottant le cul du fou qui en vain pérorait
J’ai lutté des années des mois et des semaines :
À tout instant hélas ! le temps s’évaporait.

« Pauvre fou ! » dit le sage alors que je courais
Voyant que par la plaie chaque instant je mourais.

Pire qu'un sable fin le flot de la fontaine © Mapomme

Élégies. Il vécut des instants qui paraîtront des rêves

Il dépeint le tableau de ses lointains printemps
Des orchestres jouant le soir sur les terrasses
Quand il était batteur et qu’avant ses vingt ans
Bastia se retrouvait aux cafés de la Place.

Il nous en fait récit aux repas très souvent
Et je pense soudain qu’inéluctables passent
En silence les jours comme feuilles au vent ;
De ce qu’il a connu ne reste nulle trace

Sinon dans sa mémoire et tous ses beaux récits
Sont sur le sable écrits ; la vague les efface
Sur la grève laissant un tracé imprécis.

Tout ce qu’on a appris disparaît quoi qu’on fasse
Et de nos vies le cuir dans le flot s’étrécit :
Ne restera aucun des souvenirs vivaces.

De ce que j’ai vécu composé ou appris
Ne survivra de même un mot qui ait un prix.

Il vécut des instants qui paraîtront des rêves © Mapomme

vendredi 12 août 2022

Vers en Technicolor. Mourir et puis renaître

Amer fruit, la vengeance ouvre d’obscures portes :
Pour venger femme, enfant, on sème le trépas,
S’aveuglant sur le sens des crimes en cohorte,
Et tuant comme ceux que notre cœur combat.

On oublie qui l’on fut, une belle âme pure
Aimant les plaisirs simples et marnant sans arrêt ;
Si rude est le labeur et la fruste vie dure,
Quand un arpent de blé produit moins qu’on voudrait.

Il faut la trahison pour accroître la rage
Et engager alors une fuite en avant ;
Puis, on trouve un vieux chef, qui devrait être sage,
Un allié truculent bien plus qu’il n’est savant.

De l’amitié donnée, de la bonté offerte
Et la blondeur d’un champ sous le vent ondulant
Offrent de la chaleur à une vie déserte
Ainsi qu'un avenir sous le soleil brûlant.

Sous les rigueurs des temps, sous les ruines anciennes,
Git un cœur d’honnête homme abîmé par l’horreur,
Et qui, dans sa folie, fit la vengeance sienne,
Pour retrouver la paix, après bien des erreurs.

Josey Wales, hors-la-loi © Mapomme
D'après Clint Eastwood

Vers en Technicolor. Sur les sombres chemins où les quêtes nous perdent

Souvent, dans une quête, un être humain s’égare
Et, monstre des enfers, n’a qu’un roc pour tout cœur ;
Le graal qu’il a guigné, à force de bagarres,
Le rend plus qu’inhumain, s’il veut être vainqueur.

Obsédé par son but, dans la nuit sombre il erre,
Sans un phare éclairant vaguement son chemin ;
Chevauchant au soleil, le froid ou le tonnerre,
Tient-il de l’animal ou bien de l’être humain ?

Pour un lopin de terre, irait-il jusqu’au crime,
Oubliant l’Évangile et les Commandements ?
Des mois durant traquant, pour toucher une prime,
Pourrait-il liquider un homme froidement ?

Il lui faut un soleil, l’éclairant dans ses limbes,
Pour retrouver son âme et le laver du sang
Qui assombrit ses mains, astre d’or qui le nimbe,
Ange égaré lui-même, en ce chemin passant.

Sa sublime candeur saurait charmer la bête
Et endormir en lui le fauve qui rugit,
La belle le poussant à délaisser la quête,
Car, par l’appât du gain, son cœur sombre est régi.

The naked spur © Mapomme
D'après Anthony Mann

jeudi 11 août 2022

Élégies. Près d’Hekura il vit plonger des Néréides

De vraies Néréides subsistent au Japon :
Il les a vu plonger au milieu de l’écume
Quand il photographiait installé sur le pont
Hekura où flottait une fragile brume.

Il s’arrêta sur l’île et pris d’inspiration
Fit d’étonnants clichés sur l'inouïe coutume :
Des pêcheuses de perles en longues rotations
En apnée travaillaient quasiment sans costume.

Sans qu’on sache pourquoi les femmes plus longtemps
Tenaient au fond des eaux dans les algues mouvantes ;
Sans cesse plongeant récoltant et montant 
Elles sortaient des eaux ravies et captivantes.

Par elles fasciné Fosco revint content
Exposant des photos de sirènes vivantes.
Néréide d'Hekura © Mapomme
D'après photo de Fosco Maraini (1954) © RMN - Grand Palais

mercredi 10 août 2022

Élégies. Les soleils des étés à l’ouest seront couchés

Les soleils des étés à l’ouest seront couchés
Et partis les essaims bien au-delà des plaines :
Nous aurons des hivers avec l’azur caché
Par des nues d’anthracite et des manteaux de laine.

Plus rien à partager plus rien pour nous toucher
Sinon quelques textos de Tony ou Hélène
Sur leur fille Irina qui aura accouché ;
Nous serons excités telle une ivre phalène.

Puis nous boirons un coup d’un vieux porto offert ;
Une soupe le soir avec une compote
Tout en se demandant si la mère a souffert

Et ces propos idiots qu’un ignorant radote.
Surgira l’hosto sombre et son vieux lit en fer
Lors de ce juin pourri que depuis on boycotte.

Les soleils des étés à l’ouest seront couchés
Et partis les essaims avec l'azur caché.
Les soleils des étés... © Mapomme
D'après Henri Verneuil