vendredi 16 août 2024

Élégies. Le canari d’Harold

Harold se morfondait devant la grille close
De l’usine, attendant qu’elle daigne s’ouvrir ;
Ses collègues parlaient de mille et mille choses,
D’un conflit où un peuple allait encor souffrir.

Lui pensait simplement à son rayon solaire,
Un canari offert par un parent défunt ;
Il consacrait beaucoup de son maigre salaire,
 Et l’informait de tout ; l’oiseau chantait sans fin.

Là, devant la chaîne, d’un acier propre et lisse,
Défilaient les pièces fabriquées mornement ;
Des écrous, des boulons, des petites hélices,
D’un nouveau ventilo, du moins pour le moment.

À la pause repas, il songea que ces pièces
Pourraient très bien servir sur un drone assassin ;
On parlait de la guerre et d’un tyran en liesse,
Après avoir frappé civils et médecins.

Les sanglantes infos de guerre et d’incendies,
Résonnaient dans le bus, bondé comme toujours ;
On s’habitue à tout, aux maintes tragédies,
Égrainées chaque jour, au point d'y être sourd.

Harold grimpa enfin, les marches quatre à quatre,
Vers son morose appart au papier peint pourri ;
D’atroces nouvelles persistaient à s’abattre :
À genoux, il pleurait son défunt canari.
Le canari d'Harold © Mapomme
Avec l'aide de Peder Severin Kroyer

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