mardi 18 octobre 2022

Incantations. À quoi bon embellir la ligne de ton cœur ?

Comme la peste fuis les amours de jadis !
Elles ont le parfum de ces fleurs desséchées
Qu’au printemps tu cueillis en un vert paradis ;
Il est d’anciennes soifs qui ne sont étanchées.

Ne te leurre jamais d’un vieil hymen maudit
Aux soupirs vénéneux où se sont retranchées
Les vaines nostalgies de ton cœur ébaudi ;
Sur ce cœur l’illusion s’est lentement penchée.

Tel un peintre retouche un tableau sans arrêt
Tu repeins le passé d’une couleur nouvelle
Embellissant sans fin ce qui à l’œil paraît.

Même un fruit non cueilli se gâte et se tavelle
Et le bassin d’eau claire est devenu marais
Où traînent des remords nés d’ambitions nouvelles.

Tu rectifies la main peintre chiromancien
Mais ne peut rendre neuf un fol amour ancien.

La ligne du coeur © Mapomme
D'après Le Caravage

mercredi 14 septembre 2022

Élégies. Les revers de destin sont de retour, rêveurs !

De nos jours on sourit devant d’anciens romans
Contant des orphelins malheurs et avanies ;
Les lecteurs d’aujourd’hui vivant d’heureux moments
Croit qu’on force le trait avec ces litanies.

Au siècle précédent on m’a décrit comment
Des Thénardier pur jus sous l’azur d’Algérie
Mangeaient sans partager viande et pain de froment
Quand les enfants confiés rageaient des pingreries.

Le soleil peut briller dans un azur parfait
Quand il est des serpents venimeux et cupides ;
Aujourd’hui on commet d’aussi violents forfaits.

Est-il si impossible en des milieux stupides
Qu’une fille ait subi les plus tristes effets
Dans un orphelinat aux principes turpides ?

L’est-il plus de passer de l’ombre à la lumière
Et d'avoir au final une vie singulière ?

Jane Eyre (2011) © Mapomme
D'après Cary Joji Fukunaga

mardi 13 septembre 2022

Incantations. Serais-je, en d’autres temps, triste et heureux ailleurs ?

Marchant parmi les pins j’aurais voulu des landes
Des volutes de brume écorchées par le vent
Et tel l’ancien berger sous une houppelande
Je serais demeuré les éléments bravant.

J’ai connu des brouillards déposés en offrande
Allant dans le maquis et le sentier suivant
Seul ainsi que mon cœur en ces ténèbres grandes
Cherchant à se laver d’un passé survivant.

Myrtes et châtaigniers cistes et puis fougères
Du Derbyshire avaient peu d’aspects en commun
Et moi rien d’un héros de contrées étrangères.

La solitude sied au marcheur en chemin
Vers un but ignoré et sa marche est légère
S’il peut de son destin accomplir l’examen.

Les falaises de Peak sont battues par l’autan
Quand sur mon île il fait trop souvent du beau temps. 

Serais-je, en d'autres temps... © Mapomme

lundi 12 septembre 2022

Mythologies revisitées. Tourbillon, carillons des cloches du Saint-Sang

De mes amours d’antan au tenace parfum
Ont livré le tourment d’une si longue absence.

Vertiges d’autrefois je vois l’amour défunt
Dans les rues du présent qui avec nonchalance
S’avance et me snobe me laissant sur ma faim :
Elle a quitté sa tombe et se taille en silence.

On tombe amoureux sans se rompre les os :
Vertiges des passions et spirale infernale
Où j’ai brisé mon cœur moins souple qu’un roseau

Et l’année s’écoule sans cesse hivernale
Car la revenante me fait tomber de haut
Le vide m’attirant dans ma chute abyssale.

Vertiges se peut-il que des amours anciennes
Soient du gouffre exhumées par des nécromanciennes ?

Vertigo © Mapomme
D'après Alfred Hitchcock

dimanche 11 septembre 2022

Vers en Technicolor. Combien faut-il errer en ce passage sombre ?

Sous mes yeux s’étendait l’aride Terre Gaste
Dévastée par les dieux, lors d’ineptes combats ;
Pas un oiseau planant sur ces étendues vastes ;
Depuis lors, nulle ondée sur ces friches tomba.

J’avais pu m’échapper par un hasard propice
De mon cachot menant à mon exécution ;
De tout meurtre innocent, tout près du précipice,
Un génie bienfaisant avait guidé mes pas.

Puis sur la Gaste Terre est arrivé un ange :
S’entendre dire enfin qu’on me croit innocent
De chaque vilenie soudainement me change ;
Cet ange serait-il ici-bas tout-puissant ?

J’ai ainsi pu changer mon notoire visage
Et renaître au grand jour sous un aspect banal ;
Un coupable aurait fui, changé de paysage,
Mais je voulais blanchir mon nom dans le journal.

Tout a changé de face en trouvant le coupable,
Qu’on croyait amical mais était venimeux,
Le seul que l’on croyait de ce crime incapable :
Adieu la Terre Gaste, aux horizons brumeux !

Dark passage © Mapomme
D'après Delmer Daves

samedi 10 septembre 2022

Vers en Technicolor. Avoir ou n’avoir pas un fil qui vous attache

Le pérégrin voulait rester hors de la guerre,
Son roi n’ayant donné, sur ce point, son avis ;
D’ailleurs, en tout conflit, il ne se mouillait guère
Et ses sujets étaient par cette paix ravis.

Quel humain se plaindrait d’un pacifisme veule,
Qui le rendrait ainsi en tout lieu transparent ?
  Les martiales ardeurs se trouvent plutôt seules
Chez quelque ancien n’ayant plus le moindre parent.

Voyageur et marin, dans son paradis calme,
Que pas un lien constant n’avait pu attacher,
Il avait son bateau, sur l’île aux vertes palmes,
Pour vivre heureux croyant qu’il faut vivre caché.

Mais un fil à la patte est venu en cachette
Car un bailli local voulait lui porter tort ;
L’étranger prend parti, jouant de la gâchette,
A buté le manant aux procédés retors.

Parfois, dans le danger, notre raison s’éclaire
Et l’important devient d’un seul coup plus certain ;
Une femme inconnue aura l’heur de lui plaire,
Jusqu’à hier ignorée, avec lui au matin.

Le port de l'angoisse © Mapomme
D'après Howard Hawks

vendredi 9 septembre 2022

Vers en Technicolor. En quel métal pesant forge-t-on les légendes ?

Toison d’or ou bien Graal qu’importe le métal
Pourvu qu’on foule un jour des terres légendaires !
Que de héros sont morts lors d’un combat fatal,
Puis dans l’oubli tomba leur quête suicidaire.

Leur regard possédé tel un ciel étoilé
Ne voyait même pas qu’un rêve est illusoire ;
Son éclat les habite d’un feu inégalé,
Sans l’espoir de rester gravé dans les mémoires.

Entre ses mains tenant le tribut d’un faucon,
Il s’en défit enfin avec de l’amertume
Bien qu’ayant ressenti le magnétisme abscons
De la statue ancienne à couleur de bitume.

Un officier saisit cet artéfact pesant :
« Cet alliage a pour sûr une valeur marchande ! »
Le privé répliqua par ces mots amusants :
« C’est le rare métal dont sont faits les légendes ! »

Le faucon maltais © Mapomme
D'après John Huston