mardi 30 août 2022

Mythologies revisitées. De l’Éden à l’Enfer

On a vu des amours par avance impossibles
Et tant d’amants jadis en ont souffert ;
Dès qu’Éros de ses traits prend un cœur sain pour cible,
La victime passe de l’Éden à l’Enfer.

La peine en résultant est un mal indicible
Et les amants maudits portent le sceau d’un fer
Qu’on a rougi au feu et l’amour invincible,
Aux bourreaux infernaux, se voit soudain offert.

Juliette et Roméo ont bravé le supplice ;
Héloïse Abélard furent bien moins heureux
Et ont si peu connu  le jardin des délices.

Aussitôt qu’on pressent un avenir foireux,
C'est que jusqu’à la lie on boira le calice :
Il faut larguer l'être dont est amoureux.
De l'Eden à l'Enfer © Mapomme

lundi 29 août 2022

Mythologies revisitées. Le grand péril envoie un secours par les toits

Un dragon dévastait villes comme campagnes
Et la femme était prête à quitter la cité ;
Un dragon franchissant les mers et les montagnes
Crachait l’épidémie qu’on ne peut éviter.

Le noble chevalier si prompt à la castagne
Dans la ville affolée fuyait l’atrocité
D’un mal qui rendait fou du Piémont à l’Espagne
Poussant l’homme chez elle à soudain s’inviter.

L’épidémie affolait le cœur de la Provence
Mais pas pas celui des deux qui tenaient à quitter
Manosque et sa région en toute connivence.

Il n’était plus d’endroit où pouvoir s’abriter
Et l’air des monts semblait fontaine de jouvence
Car l'homme n'en fait lieu d'insalubrité.

C’est dans le tourmente que dame et chevalier
S'aiment loin du péril qui en fit des alliés.
Le hussard sur le toit © Mapomme
D'après Jean-Paul Rappeneau

Mythologies revisitées. Et si un faux Ulysse avait fait son retour ?

Après avoir subi dix années les attaques
Du dieu des profondeurs au rancunier trident
Ulysse s’en revint en son palais d’Ithaque
Tant vieilli qu’au début il n’était évident

De reconnaître un roi en cet homme patraque.
Pénélope voyant le vieux chien le guidant
Vit l’occasion rêvée de mettre en sa baraque
L’ordre qu’interdisait ces foutus prétendants.

Le nouvel arrivant se montrait très aimable
Évoquant le passé en se trompant si peu
Qu’il en devint au fond grandement estimable.

Pour les intrus ce fut un vrai sauve-qui-peut
Et ils payèrent tous leur faute impardonnable.
Si elle devait prendre une existence à deux

Mieux valait pour époux qu’un roi parti en guerre
Celui dont les façons ne l'inquiétaient plus guère.

Le retour de Martin Guerre © Mapomme
D'après Daniel Vigne

dimanche 28 août 2022

Mythologies revisitées. Le cigare fumant se gobergeait Silène

Quand les guerriers changent de rôle
En troussant des nymphes lors de joyeux ébats.

Le savoureux Silène a ouvert une école
Où on rit de l’amour dont sans cesse on rebat
Nos oreilles lassées ; il voudrait qu’on rigole
Que rien ne soit sacré et sérieux ici-bas.

Pourtant s’il périssait s’écroulerait le monde
Qu’il a longtemps tissé pour le rendre amusant ;
Lors des cérémonies entamant une ronde

Il dansait tout joyeux et parfois abusant
Il menait en tous lieux une éthylique fronde
Au sérieux de l’instant toujours se refusant.

Aède sans pleurer dis-nous toute sa vie :
Sans Silène la joie nous eut été ravie !

Quatre mariage et un enterrement © Mapomme
D'après Mike Newell

samedi 27 août 2022

Vers en Technicolor. Et si ce n’était vrai qu’Eurydice est bien morte ?

On a longtemps écrit qu’Orphée revint penaud
Des antres de l’enfer y laissant Eurydice ;
Les crédules mortels, tombant dans le panneau,
Ont cru à ce récit totalement factice.

Orphée et un ami, - l’un des meilleurs qui fût -,
Dans un moderne enfer la virent endormie ;
Du décès de la belle habité d’un refus,
Ils se résolurent à lui redonner vie.

Les gardes des enfers, n'appréciant pas ce tour,
Coururent derrière eux dans les sombres dédales,
Car nul n'avait le droit de quitter ce séjour,
Sitôt qu'on était pris d'une torpeur léthale.

Nul ne reparaissait, que ce fût juste ou pas !
« Mensonge ! » dit un sage, ayant lu des cas rares,
Où l'on avait permis de sortir du trépas,
Permission dont les dieux s'avéraient très avares.

Orphée et son ami, réussissant leur coup,
Durent faire passer Eurydice pour morte ;
Le mythe du décès d'Orphée courut partout, 
Alors qu'ils connaissaient des joies de toutes sortes.

Et si c'était vrai © Mapomme
D'après Mark Waters

Vers en Technicolor. Dans l’ombre de l’éclipse, on peut vivre un enfer

En des temps très obscurs, mais assez peu lointains,
On n’écoutait jamais la parole des femmes ;
Qu’un époux soit violent, ivrogne et galantin,
Devait rester secret, bien qu’il se montre infâme.

Il tapait sans compter dans l’argent épargné,
Pour que sa fille, un jour, un beau métier exerce ;
Plein de whisky, sur elle, il avait dû lorgner
Sans qu’on ait deviné un amoureux commerce.

Il est des éclipses assombrissant longtemps
La mémoire récrite, où fautive est la mère,
Et les ans effaçant l’outrage dégoûtant,
C’est celle qui n’a su l’empêcher de se faire.

La honte est effacée en prenant des cachets
Et dans un déni pieux, l’amnésie mémorielle.
Si le père était mort, une enquête entachait
L’épouse qu’on ciblait sans preuves matérielles.

Un opportun décès offrait un boulevard
Pour effacer l’échec gênant le détective :
L’éclipse enfin finie, avec bien du retard,
Le soleil éclairait de neuves perspectives.

Dolores Claiborne © Mapomme

vendredi 26 août 2022

Élégies. Été, remettrons-nous en perce ton tonneau ?

Les chemins de l’automne exhalent le parfum
Des feuilles putréfiées dans les fourrés humides ;
Bientôt dans la moiteur - visions de séraphins -
Planera une brume diaphane et timide.

L’aube se vêtira d’un mauve organdi fin
Couleur du deuil d’été teinte d’humeur torpide ;
Accablant mais festif l’été marche en défunt
Lui qui nous versait l’or et son azur limpide.

Viendront les jours pluvieux où nous irons frileux
Chacun rentrant chez lui dans ses terres lointaines
Et nous serons seulets sous des cieux nubileux.

Vite les jours s’enfuient comme eau à la fontaine
Jours festifs car sertis de moments fabuleux ;
À la fin débute la vaste quarantaine.

Dureront bien dix mois les brouillards automnaux
Avant de mettre Été en perce ton tonneau !

Beignets de tomates vertes © Mapomme
D'après Jon Avnet