vendredi 16 décembre 2022

Élégies. Une aube iridescente

Du spectacle inouï d’une aube iridescente
Quand la frêle brume tremblant d’indécision
Désigne son champion de la guerre incessante :

Qui du jour ou la nuit verra son éclosion ?
Il faut être éveillé par quelque idée récente
Pour voir ces tons plus beaux que nous le supposions
Camaïeux rose et bleu image évanescente.

Les aubes naissantes sont l’incendie soudain
Ensanglantant la nuit tel un rêve éphémère
D’un horizon lointain sur un plateau andin

Un fleuve dans la jungle aux reflets de chimère
Le premier jour paru sur l’interdit Jardin
Cadeau de l’insomnie sur l’océan primaire.

Il faut être éveillé pour rêver aussi fort
Tandis qu'en est privé le sommeilleux qui dort.

Une aube iridescente © Mapomme

jeudi 15 décembre 2022

Élégies. L’ivresse d’une joie brève mais éternelle

Une folie soudaine envahit chaque esprit
Effaçant sur l’instant les misères d’un monde
Qui sous les guerres ploie et n’a donc rien compris
De ses erreurs passées dont les charniers immondes.

Cette joie inouïe est un répit sans prix
Quand riches et pauvres durant une seconde
S’étreignent et gomment le rejet le mépris
Tétant au sein offert d’une Terre féconde.

C’est une folie douce à l’instar d’une fleur
Exhalant peu de temps le doux parfum du rêve
Que brise le destin en vil écornifleur.

L’espérance se heurte après l'exquise trêve
Aux murs du quotidien croque-mort persifleur
Se délectant de rendre la moindre euphorie brève.

Il subsiste dès lors l’indicible amertume
Et la vivace joie que la mémoire exhume.

C'est une folie douce © Mapomme

mercredi 14 décembre 2022

Élégies. Dans l’hiver vespéral

Se meurent nos géants et dieux de notre enfance
Vivants piliers fondant les temples immortels ;
Les barbares années coulent telle une offense
Le monde s'écroulant sous leurs coups de martel.

Toute lutte engagée est perdue par avance
Car périssent hélas les précieux liens charnels ;
Partout quêtons en vain l’élixir de jouvence
Qui rendrait l’éphémère à jamais éternel :

Les démiurges défunts reposent sous les strates
Ces couches qu’a posées le limon temporal ;
Nous sortirons vaincus de cette lutte ingrate !

Nos géants et nos dieux dans l’hiver vespéral
Se voient soudain fauchés par la Mort scélérate
Pour dormir à jamais dans l’antre sépulcral.

Peu nous chaut les versets d’un morne chapelain
Lorsque nous devenons d'éplorés orphelins.

Dans l'hiver vespéral © Mapomme

lundi 12 décembre 2022

Amères Chroniques. Dans leur habit d’oubli

Les rizières nourries dans les feux luxuriants
De reflets rubescents prix d’inutiles guerres
Quand le banquier sourit des profits de l’Orient
Valent-elles ce sang ce jour comme naguère ?

Hévéa et charbon dont le monde est friand
Ont sauvé un pays aux finances précaires ;
Dans les décors baignés d’azur inébriant
Les morts sont sans patrie et sans nul reliquaire.

Peu importent ce sang si naissent des profits
Bien que ce vain conflit de nos destins dispose
Et que de nos larmes les friqués fassent fi !

Dans leur habit d’oubli sous la terre repose
Des morts menés au cœur d’un violent rififi ;
Pleurons les vies perdues mais critiquons la cause.

La jeunesse immolée à l’incessant désastre
Valait d'autres causes que le trafic de piastres.

Dans leur habit d'oubli © Mapomme

samedi 10 décembre 2022

Incantations. Croyez-moi quand je mens

Un poème révèle une simple facette
D’une âme enchevêtrée dans ses contradictions
Qui pour crever l’abcès prend les mots pour lancette.
Imparfait car humain il vit sans restriction :

Le poète est tantôt ripailleur ou ascète
À l’occasion cynique ou bien dans l’affliction ;
Du bonheur absolu n’ayant pas la recette
Il croit être la proie d’une malédiction.

De la bêtise il rit sans être un vrai modèle
Mais il épargnera ses amis ses parents :
Car toujours à ceux-là il restera fidèle.

Dans le torrent des ans qui rugit effarant
Ils sont sa seule église et une citadelle
De l’ultime Ennemi les prodigieux garants.

Croyez-moi quand je mens et défiez-vous surtout
Des vers de vérité nés d'un madré matou.

Le testament d'or fait © Mapomme
D'après Paul Duqueylar

vendredi 9 décembre 2022

Incantations. Sans tonneau va Diogène et sans plus de Raison

Si je sens pertinent un soudain commentaire
Je ne puis m’empêcher d’aussitôt l’énoncer ;
Celui que mon propos a presque mis sous terre
Foudroie l’impertinent de ses sourcils froncés.

Souvent je suis privé du tact élémentaire
Et de sombres regards viennent me semoncer ;
Confus sont mes amis que mes mots déroutèrent :
« Jean-Pierre pourrais-tu cesser d’ainsi foncer ? »

Je ne puis résister à un trait ironique
M’autorisant à dire un mot parfois blessant ;
Or toute vérité offre un aspect cynique.

Ce n’est pas un travers qui est vraiment récent :
Une stupidité ou quelque action inique
Se trouve sanctionnée de brocards rabaissants.

J’aurais dû avec l’âge acquérir la raison
Mais cette inclinaison n'est jamais de saison.

Diogène et Alexandre © Mapomme
D'après Paride Pascucci

jeudi 8 décembre 2022

Amères Chroniques. Un monde cannibale

Fusion-acquisition martelé sans arrêt :
À l’instar de Cronos ce monde anthropophage
Croque la richesse sitôt qu’elle paraît
Dévore et engloutit la vie sur son passage.

Tous les loups viennent mordre une proie au jarret
Les yeux exorbités dans ce violent lynchage
Et répandant le sang dans les eaux des marais
En aspergeant les joncs et les proches branchages.

Manger pour ne pas l’être est la folle devise
De monstres dévoreurs obligés de grossir
Dans la fauve savane où vont les entreprises.

Le groupe doit chasser et toujours réussir
Pour donner l’illusion de garder la maîtrise
Car sinon il verra l’horizon s’obscurcir.

Les groupes ne créent rien au sein de leur empire
Se maintenant en vie à l'instar des vampires.

Saturne dévorant un de ses fils © Mapomme
D'après Francisco de Goya