dimanche 11 juillet 2021

Elégies. Les branches émondées au gré d’un fol hasard

Sait-on d’où vient la vie et comment le hasard
Des branches élagua sans le moindre état d’âme ?
Le Monde était alors un infini bazar
Rythmé de tremblements d’éruptions et de drames

Des millions d’ébauches disparues sans égard
Ont égrené l’infime et l’incommensurable
Des monstres fabuleux l'esprit encor hagard
Tout empli de terreur gisent dessous les sables

Un simple astéroïde a changé les destins
Possibles me dit-on Des savants l’envisagent
Et nous le réfutons stupides philistins

Car un autre incident sans le moindre présage
Rayerait nos palais nos joies et nos festins
C’est Babel aboli des futurs paysages !

Les branches émondées... © Mapomme

Elégies. Une part de néant pour qui veut l’absolu

Pour Lacan l’Amour c’est offrir ce qu’on n’a pas
À qui n’en voudra pas La pensée m’est pénible !
Mais il faut avouer qu’on convie au repas
Quelqu’un sans s’assurer qu’il sera disponible

Tout humain porte en lui ceci jusqu’au trépas
Un grotesque Idéal tel un faix invisible
Qu’ado il concevait en avenir sympa
Et que tout autre voit comme un cadeau risible

On ne comprendra pas pourquoi un tel refus
De là naît la blessure à tout jamais ouverte
Qui rend notre avenir nébuleux et confus

Il faudra oublier au bar de la Fée Verte
Ce rêve tant nourri et qui jamais ne fut
L’amour préfabriqué n’est que chimère offerte

Offrir ce qu'on n'a pas... © Mapomme

samedi 10 juillet 2021

Nouveau Siècle. Au bûcher de Salem offrons tout penseur libre

Tous les Torquemada lâches inquisiteurs
Pointent d’un doigt sectaire et foudroient de leur haine
La différence honnie livrée à la Géhenne
Du Moloch des réseaux aveugles serviteurs
Comme une meute aboie cerbères tourmenteurs

L’ivresse du nombre rend la parole obscène
D’excréments corrompus par la pensée malsaine
Leurs gueules exhalant d’horribles puanteurs

Quand éructe la meute dans sa bêtise crasse
Sans joug l’Obstiné fend l’écumant Achéron
Méprisant les Harpies qui pourtant le pourchassent

Répondant au Haro ! les sombres lycaons
Sur le libre penseur se jetteront en masse

Il reste droit et fier sans même voir Charon


Au bûcher de Salem © Mapomme
À toutes celles et ceux que la Meute harcèle

vendredi 2 juillet 2021

Elégies. Part d’ombre et de lumière, où naîtra la frontière ?

Arrête de tourner ta bougie à la main !
Sans fin l’ombre se meut sous l’effet de la flamme
Mon visage est un mont soumis à l’examen
Dérobant ses démons au jour des matins calmes

Vois mon regard si pur et mes pensers sereins
Vierges de tout regret quand l’ombre y cèle un drame
De nos rêves aimant cruel briser les reins
Dans l’acide trempant la pointe du calame

Serais-je le Dandy fixant halluciné
Le troupeau des humains qui marchent au supplice
Quand le fouet claquant s’en vient les lanciner ?
Vers l’Abysse ils s’en vont comme on goûte au Délice

Arrête de tourner et de m’examiner
J’abhorre l’ambroisie autant que le calice

Portrait de Charles Baudelaire © Mapomme
d'après Emile Deroy (1844)

mardi 29 juin 2021

Elégies. Le temps est mon allié ! dit-il voici longtemps

Le temps est mon allié ! disait tout fier l’ado
À son père atterré par ses folles idées
Les parents ânonnent leurs intimes crédos
Par l’espoir toute âme est pareillement guidée

Le temps est mon allié ! méditait in petto
Ceux dont les chimères s’étaient vues oxydées
Par l’acide des jours à se lever trop tôt
Pour de piètres tâches par d’autres décidées

Le temps est l’Ennemi ! se morfond en solo
Parcourant les photos des heures figées
Cet ancien qui radote avec des trémolos
Et regrette de voir ses idées négligées

Le temps est un concept tel le souffle du vent
Comme l’eau dans la main il va en se sauvant
Comme l'eau dans la main © Mapomme

dimanche 27 juin 2021

Elegies. Dans ma boule j’ai vu des mondes tristes et laids

J’ai tété au sein lourd du présent l’amer lait
Corrosif arsenic d’avenir noir d’angoisses
Dans ma boule j’ai vu des jours tristes et laids
Si mon songe était vrai palsembleu quelle poisse !

J’ai peur de m’endormir pour l’éternel couplet
Des prés agonisant sous un soleil peu joisse
Explorant l’écho vain d’un déserté palais
J’haranguerai en pleurs prêtre aigri sans paroisse

J’ai peur de m’éveiller d’un songe qui déplaît
Que le rêve mauvais plus jamais ne s’efface
Que la réalité soit un chaos complet
Que le monde ait changé à tout jamais de face

Mais stérile est le sein Plus aucun lait n’en coule
Dormeurs éveillez-vous avant que tout s’écroule ! 

Angélus dans ma boule de cristal © Mapomme
d'après J-F Millet

samedi 26 juin 2021

Elegies. Le cimetière obscur où vont les éléphants

Sitôt qu’on vient au monde on va mû par l’instinct
Pour nourrir sa mémoire infinie et vorace
D’amitiés et d’amour d’espoirs et de disgrâce
Lorsque nous terrasse la force du Destin

Combien de sabliers pour le désert du Temps ?
Éléphants nous laissons une éphémère trace
Qu’un vent de la savane en permanence efface
Au cimetière allons vers un sort rebutant

Les poches alourdies de souvenirs de photos
Aux blafardes couleurs des amis qu’on embrasse
D’un quart d’heure anonyme une gloire fugace
Qui surviendrait trop tard ou s’enfuirait trop tôt

Sitôt qu’on a compris la vacuité de naître
Pèse plus qu’un Globe l’inanité d’un être

Le cimetière des éléphants © Mapomme