« Aidez votre prochain ! » disent les
Écrits Saints.
De reconnaissance n’en attendez aucune,
Car nos frères humains ont d’étranges desseins.
S’efface avec le temps et perd de sa fragrance ;
Souvent son souvenir jaillit telle une offense :
Être votre obligé, c’est se sentir contraint :
L’espoir d’un service la gratitude inspire
Et, une fois reçu, s’éteindra cet entrain.
Aidez votre prochain, tout en craignant le pire,
Car pour un grand bienfait, l’élu sera chagrin
Et on voit cet ingrat qui de rancœur transpire !
Recevant en retour, parfois, quelque rancune,
Un service rendu, à l’instar d’un parfum,
Nous voici battus froid par l’ami ou l’affin.
samedi 7 septembre 2019
Aquarelles. Gratitude et rancune
Aquarelles. Les propos venimeux
La crasse hypocrisie abhorre le succès
D’un voisin trop brillant pour des personnes ternes ;
Des propos venimeux clament avec excès
La haine déployant ses racines internes ;
On voit partout œuvrer les furies de l’amer,
Des réseaux asociaux ou réunies dans l’ombre :
Ne pouvant rien bâtir, elles vouent aux enfers
Ceux qui des œuvres créent, sans être de leur nombre.
D’un palais on oublie le peuple bâtisseur :
Pourtant chacun connaît les méfaits des Vandales,
Qui resteront toujours de vils démolisseurs.
On méprise les arts qui versent lait et miel ;
La veule coterie, aux vies antipodales,
Ne sait rien qu’éructer son plus acide fiel.
Acquarelles. Amère est l’eau de l’été
Dans la coupe versons cette année écoulée
Pour la lever au ciel des joies sans lendemain
Dans la ruine oubliée d’utopies éboulées
Par d’obscurs méandres d’un sentier qu’on dit vain
Buvons à ce qu’on perd en croyant qu’on y gagne
Et croquons goulûment dans l’aumône des jours
D’une joie synthétique qu’on nous vend pour cocagne
Au matin nous irons sans envies sans amour
Car il faut bien manger même de la bouillasse
Et occuper nos vies à gaver des Crésus
En rêvant nous aussi d’avoir de la caillasse
D’exploiter des espoirs sur des airs d’orémus
Surtout si les haillons sont loin de nos paroisses
vendredi 17 mai 2019
Acquarelles. Élégie de mars
C’était au mois de mars au début du printemps
Je ne sais ni le jour ni la ville à vrai dire
Sinon que ce moment fut des plus exaltants
En dépit du beau temps on ressentait l’empire
Des hordes attardées de l’Hyver persistant
Le promeneur perçoit le calme d’un étang
Sait-il ce que cachent les profondeurs placides ?
Car de secrets tourments dans tourbe des temps
Sont enfouis à jamais loin des eaux translucides
Que de douleurs taisant un mystère entêtant
Que s’était-il produit sous le soleil transi ?
Tu m’avais enlacé brusquement incertaine
D’un sibyllin chagrin ton cœur était saisi
Et j’étais le seul ange auprès de la fontaine
Qui entendît ta peine et j’en avais rosi
Sous ton pull angora j’ai senti sous mes doigts
Trembler ton corps fragile envahi par la peine
Je serais bien resté te serrant contre moi
Jusqu’à la fin des temps ô merveilleuse aubaine
Mais le fugace hélas ici-bas fait sa loi
C’était au mois de mars au début du printemps
Je ne sais en quel jour mais la chose est certaine
S’envolent en fumée les plus beaux des instants
Je sens encor ton corps en ces années lointaines
Le temps est maraudeur de tout nous délestant
Élégie
de mars © Mapomme
avec l'aide de John Carney
mardi 14 mai 2019
Nouveau siècle. Sermon des assiégés
Verrouillez les portes colmatez les fenêtres
Abaissez la herse et hissez le pont-levis
Il n’est pire péril que nous puissions connaître
Notre mode de vie peut nous être ravi
Des hordes ennemies grandement nous menacent
De leurs lointains pays survenant affamés
Que nos archers soient prêts et nos gardes tenaces
Ils veulent tout nous prendre et tout nous réclamer
N’oyez nul orateur aveugle et pacifique
Cadenassez les cœurs et fermez vos esprits
Avec l’envahisseur pas de liens adelphiques
Ainsi vont sermonnant les prêcheurs du mépris
Qui exhortent les foules à lorgner l’horrifique
Mort de gens dont la vie n’a pas le moindre prix
Qu’ils crèvent sous nos yeux sans émouvoir nos cœurs
Pourvu que nous gardions l’illusion du bonheur
Sermon des assiégés © Mapomme
samedi 11 mai 2019
Réminiscences. 1966 - Le vent des ans emporte
Avec la Simca 1000 on allait à la plage
Passer notre dimanche entier au bord de l’eau
Ayant moins de douze ans j’étais un enfant sage
Que la mer fascinait en fils de matelot
On s’asseyait après avoir planté nos cannes
Dans le sable si fin et puis on attendait
Dans le chant des vagues berçant Corse et Toscane
Voilà comment le jour doucement se perdait
Ancré dans le présent je songeais en journées
La Corse étant déjà sa troisième maison
Mon père regrettait ses plus jeunes années
Il avait dû deux fois se faire une raison
Par moments je sentais un brin de nostalgie
Quand il fixait le sud et les jours envolés
Douce-amère la vie est troublante élégie
De ses rêves perdus qui peut se consoler ?
Les regrets se berçaient du doux chant du silence
Que brisait le grelot d’une prise mordant
Quand la canne tremblait parfois avec violence
Un combat dont toujours le poisson est perdant
On prenait des sars des marbrés et des daurades
Des soles fréquemment des vives moins souvent
Enfant on est content on biche et on parade
Mais ce qui se débat est un être vivant
Le vent des ans emporte et la plage et le sable
Je ne sais où la canne et le fil sont rangés
Mais je suis saisi d’un spleen indéfinissable
Quand sole ou daurade je commence à manger
Le vent des ans emporte © Mapomme
vendredi 10 mai 2019
Acquarelles. Le front ceint de lucioles
Appuyé contre le mur d’un mal-être éternel
Dans la sombre impasse des amours moribondes
J’ai vomi mes années d’un mal obsessionnel
Auquel se soumettait mon âme vagabonde
Et j’allais orphelin d’un hymen supernel
La chimère absolue des natures fécondes
Sans cesse délaissant les remèdes charnels
Pour l’utopie sur laquelle les fous se fondent
Dis-moi morose esprit n’as-tu jamais commis
De regrettable erreur de mots peu diplomates
As-tu toujours été un exemplaire ami
Tu infligeas parfois de douloureux stigmates
Des épines couronnant ton cœur insoumis
Celui qui se croit saint masque en fait un primate
J’ai marché dans la nuit sous un ciel désolé
Laissant ainsi couler ma morne adolescence
Sans trouver la flamme propre à me consoler
J’ai avancé le cœur empli de réticences
Je ne pouvais aimer sans devoir reculer
Blessant peut-être un cœur mais sans malévolence
Repliant mes ailes de peur de les brûler
Toute flamme attise une extrême vigilance
Allons faux esprit saint qui se voudrait martyr
Jette aux grandes orties auréole et soutane
De cet état de peine il te faut bien sortir
Cesse donc d’adorer une fausse sultane
D’un chagrin cultivé il faut te départir
Lorgne le temps qui coule à l’ombre des platanes
Le front ceint de lucioles © Mapomme
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