mercredi 4 septembre 2013

La tarentule

Une araignée m’a mordu par deux fois
Et son venin s’est instillé en moi.
Je vais fiévreux, sans envie et sans flamme,
Car un mortel poison me ronge l’âme.

Sans fin, san fin, je rêve en mon séjour
De l’araignée, qui depuis bien des jours
A pris mon cœur, tout au fond de sa toile,
La dentelle de sa mortelle étoile.

Depuis mon âme ne sait plus que penser :
Dansez, dansez, mes chers amis dansez
La tarentelle, au soir par les ruelles.
Chassez, chassez, la morsure cruelle

Et que des chants accompagnent vos danses ;
Que le tambour mette mon mal en transe,
Et chasse enfin le venin qui me tient.
Car chacun sait d’où la langueur me vient.

Dansez pour moi la folle tarentelle
Qui chassera la trop belle à l’ombrelle.
Je ne l’ai vue que deux fois en passant
Et depuis lors, mon mal est incessant.





La tarentelle © Mapomme

Sonnets. Pèlerinage

Qui donc n’a cheminé en quête du passé
Pèlerin d’un été marchant sans coquillage
Sans songer que des Huns y avaient fait pillage
Tout y est transformé chamboulé fracassé

Car les hordes du temps les jours y ont lancé
Et les mois et les ans pires que les Vandales
Qu’y peut un malheureux pèlerin en sandales
Le pieux lieu d’un baiser s’y retrouve offensé

Tous les prés sont bâtis et les vieux mas rasés
La colline est semée de maisons trop semblables
Et les bords du ruisseau se trouvent déboisés

Un gros cube en ciment chasse la ruine aimable
Nous voici étrangers voyageurs déphasés
Ce bâti a détruit nos beaux châteaux de sable

Reliques du passé © Mapomme

Sonnets. Le fruit sauvage

On voudrait savourer toujours des fruits sucrés
Gorgés de l’or des jours d’un azur sans orage
Des fruits nourris d’été maintenant le mirage
Qu’aucun équinoxe n’y souille le sacré

Tout promeneur connait par les chemins ocrés
Ces arbres surprenants portant des fruits sauvages
Cadeaux de la Nature à l’acide breuvage
Qu’hier encor sans doute on aurait exécré

Ces drupes et ces baies mêlent le suc acide
Au nectar bien sucré l’enfer et le divin
Les journées maussades et les soleils placides

La vie offre ce goût piquant d’un nouveau vin
Ivresse de taverne oh si loin de l’abside
Qui nous promet le ciel et nous mène au ravin




Les fruits sauvages © Mapomme

mardi 3 septembre 2013

Sonnets. La vélocité de l’arbre

L’ermite en son désert vers l’azur immuable
S’interrogeait sur lui et sur le changement
De marbre restons-nous sans nul dérangement
Ou nos jeunes désirs seraient-ils peu durables

Ascète si disert souviens-toi du bocage
On y voit quelquefois un arbrisseau naissant
Semblable chaque jour soumis à un blocage
Dit à l’anachorète un poète en passant

Pars tout au bout du monde et restes-y vingt ans
Puis reviens au bocage et cherches-y ton arbre
Tu le trouveras grand vieilli de vingt printemps

Ainsi nous faisons tous nous estimant constants
Nourris du même sol non gravés dans le marbre
Nous croissons sous les cieux sans destin persistant

La vélocité de l'arbre © Mapomme

Sonnets. Le bonheur disparait à sa naissance

Hier je t’ai donné un baiser passionné
Et de lèvre à lèvre tu as bu ma pauvre âme
Puis dans la froide nuit aux douze coups sonnés
Tu partis en sifflant par les rues de Paname

La lune pleine a ri comme un ivrogne rond
Sur les pavés d’argent tel un dandy qui fume
Vampire inassouvi né des caveaux profonds
Tu exhalas mon âme en des anneaux de brume

Le bonheur qu’est-ce donc Qui en détient la clé
Tous les jours se suivent perles que l’on enfile
D’un inégal collier à l’aspect trop bâclé

Le bonheur est fumée qu’on exhale et exile
Jamais il n’exista jusqu’au baiser volé
Depuis lors j’ai perdu ce bonheur indocile



Bonheur mort-né © Mapomme

Sonnets. La rose trémière

Les étoiles tremblent l’or des années-lumière
Versant nuit après nuit sur le rempart des monts
La vie après la mort les posthumes sermons
Bouteilles à la mer de nos aubes premières

Où te rends-tu bergère à la rose trémière
Ombre marchant dans l’ombre à l’instar d’un démon
Nymphe nimbée d’argent que d’emblée nous aimons
En soupirant depuis notre pauvre chaumière

Tu vas d’un pas léger de ton corps provoquant
Par les sommets carmins le corail magmatique
Savamment dessiné par l’essaim galactique

Bastilles qui jadis jaillirent d’un volcan
A quoi rêves-tu donc ombre fantomatique
Allant par le maquis aux fleurs aromatiques


Bergère à la rose trémière © Mapomme

Sonnets. Les Sobres Anonymes

La vie réelle est imparfaite
Buvons l’eau du Léthé pour entrer dans l’oubli
Et pour voir ce monde aboli
Dans la quête absolue de l’éternelle fête


Divin loufiat emplis mon verre
D’un vin couleur rubis pour priser la rondeur 
Et l’ivresse des profondeurs
Chassant le froid d’hiver effaçant le calvaire

La nuit est mon domaine et toute aube ma peine
Dont l’or dispense un triste feu  
Dans l’humaine rumeur vois donc la coupe est pleine

Comme la vermine sort d’un antre baveux
Le flot des Sobres Anonymes 
Répand sur nos rêves l’ombre du désaveu




Fiesta © Mapomme