mercredi 12 avril 2017

Stances. Un univers entier s’éteint avec un être

La vague sur la grève efface tous mes pas 
Et si parfois demeure un vestige de trace
On ne sait qui la fit et ce qui l’y poussa  
Les rêves l’animant mais aussi ses angoisses 

Les cités ont croulé et ses maisons brûlé
Des lettres en cendres des espoirs en poussière 
Que reste-t-il des mots par d’autres formulés
Périrent les pensées riches et singulières

L’essence de la vie ainsi a disparu
Les muets monuments vestiges du paraître
Taisent feu les souhaits à tout présent intrus
Un univers entier s’éteint avec un être  

Une Bibliothèque est calcinée soudain
En cendres réduisant la vivante mémoire
On les balaie sitôt envahi de dédain
En poussière traitant de sublimes grimoires 

Semblables sont mes pas par la vague effacés
Chimère cheminant tout au bord de la grève
À l’instar du passant mirage est le passé
Et la sage pensée s’évapore en un rêve 
Un univers entier s'éteint avec un être © Mapomme 

mardi 11 avril 2017

Stances. L’engoule-temps

Le Temps est un vole-heure escamotant mon temps 
Dilapidant les jours qu’il me restait en poche
Voici quelques années j’en avais tant et tant  
Il m’a bien épongé avec ses longs doigts croches 

Ingrate Humanité qui se plaît à gémir
Sans le Temps pas d’aurore et pas de crépuscule 
Tu ne naîtrais pas n’ayant plus à blêmir
 Devant la Faucheuse ô geignard ridicule

C’est la Mort qui effraie laissant planer sur nous
Son importune issue par sa date inconnue
Prier les mains jointes et se mettre à genoux
N’empêchera jamais sa brutale venue  

Vivant inassouvi à la maussade humeur
Quel prix aurait ta vie en l’absence de terme
Tu peux voir sa valeur car justement tu meurs
Il faut bien que tout livre un beau jour se referme

Si au moins je savais qu’un autre monde attend
Celui qui ici-bas dans l’inquiétude expire

Si existe un ailleurs n’y a pas cours le Temps
La Mort serait exclue d’un éternel empire

Ni Temps ni Mort n’auront de mots réconfortants
Pour soulager tout homme imaginant le pire 
L'engoule-temps © Mapomme

dimanche 9 avril 2017

Stances. Substantifique absence

Qu’importent l’azur vierge et les soleils marins
Parfois quand on a tout il semblerait que manque
L’essence de la vie qui nous rendrait serein
Et que ne peut payer tout l’or d’un compte en banque

Changer d’hémisphère n’apporte rien de plus
Si passent les saisons demeure la carence
Les flots des tropiques s’attristant de stratus
En Corse ou au Brésil l’azur n’est qu’apparence

Les repas entre amis pour draper de gaietés
Les silencieux exils laissent planer une ombre
On peut rire et chanter se forçant à fêter
Sans pour autant chasser les nuages en nombre

Paraître tout avoir sans montrer de plaisir
Serait un vrai péché sans ce spleen indicible
L’or divin ne pourra apaiser le désir
La paix reste un Éden hélas inaccessible
Substantifique absence © Mapomme + Richard Quine 


Stances. Coquelicots

Vous souvenez-vous des rouges coquelicots
Dans les champs de jeunesse aux franges de la ville
Murmures et rires éclatant en écho    
Sans rumeurs d’hélicos sans victimes civiles

Écarlates pavots des labours délaissés
Vos éclats colorent l’herbe folle dansante 
Les bottes se sont tues la fureur a cessé
Le monde a retrouvé la joie éblouissante

En terre il a enfoui les ténèbres d’acier
Les enfants ont couru dans les prés sans cultures
À la paix retrouvée ayant pu s’initier
Goûtant de l’harmonie l’exquise confiture

Pourtant tout âge d’or est marqué par le sceau
La marque d’infamie du bonheur éphémère
Les cerisiers fleuris ont subi les assauts
Du temps qui n’a laissé que des larmes amères

Coquelicots vermeils comme tâches de sang
Égaient le morne vert d’une touche féroce
Les enfants récoltent les pavots du présent
Se fanant sous leurs doigts tel un bonheur atroce

Vous remémorez-vous de ces coquelicots
Dans nos frivoles jeux à côté des bâtisses
N’en restent que l’écume et un ultime écho
Souvent les souvenirs s'avèrent bien factices
Coquelicots © Mapomme





mercredi 29 mars 2017

Stances. Saoirse

Liée fut Saoirse à un despote âgé
Recluse en son château privée de promenades
Dans les bois alentours sans pouvoir partager   
Des rêves d’avenir dessous les colonnades
Des secrets chênes verts aux arcs ombragés
Saoirse rêvait de douces sérénades

Par malheur je l’ai vue à sa tour soupirant 
On ne sait comment nait cette fièvre en son être
C’est un mal fulgurant atroce et attirant
Car on voudrait la voir le soir à sa fenêtre
Demeurant silencieux dans l’ombre délirant 
Obscur devient le jour On n’y veut plus paraître  

Mais le despote a su quel mal me torturait
Pourquoi j’étais fantôme allant parmi la foule
Livide et maladif et certains m’assuraient
Que je montrais l’aspect effrayant d’une goule
On me saisit guettant à l’abri d’un muret
Lié pour m’emmener couvert d’une cagoule

Je fus attaché nu sur un cheval ardent
Non dressé m’emportant vers les forêts sauvages
Domaine des loups gris féroces et mordants
Du royaume d’Hadès j’abordais le rivage
Pour gagner Saoirse d’un espoir sourdant
Nombre ont voulu briser les chaînes du servage

Saoirse est cloîtrée par tous les vieux tyrans
Pour enfin s’envoler avec un soupirant
 Jeune femme en toilette de bal © Berthe Morisot


vendredi 24 mars 2017

Stances. L’invisible à l’homme révélé

En été scintille l’infini constellé
Milliards de cœurs battants d’un abîme insondable
Et voilà l’invisible à l’homme révélé
Dont l’esprit cartésien entrevoit l’improbable

En dépit du givre de l’hiver expirant
Une fleur dans le champ signe la résurgence
De l’indomptable vie tel un charme opérant
Par-delà les états de notre intelligence

Quand s’enfle l’océan lors des froides saisons
Et qu’éclate l’écume au plus fort du solstice
Fascinés par l’ire sans rime ni raison 
Les rois voient que sont vains les palais qu’ils bâtissent

Aucun dessein humain n’embrasse l’infini
De vouloir le singer l’homme est toujours puni 
L'invisible à l'homme révélé © Mapomme 


jeudi 23 mars 2017

Stances. Andromède au jardin d’Abaddon

Jadis beaux les jardins sont tous à l’abandon
N’y poussent que l’ortie la morelle et le lierre
Plantes inféodées au démon Abaddon
Le passant effaré fuit cette grenouillère 

Le jardinier sommeille et tout va à vau-l’eau
Bêche et pioche ont rouillé dans le cabanon clos

Les feuilles sont rongées et les fruits tavelés 
À quoi bon s’épuiser en vains efforts zélés

La mûre par le geai est mangée encor verte
La campagne sommeille et le pays se meurt
Les récoltes d’ailleurs en ville sont offertes 
La barque est emportée à défaut de rameurs  

Si Andromède offerte à un monstre marin
In fine fut sauvée nul n’aide ce jardin

Aucun Persée ne vient le sauver du chaos
Bêche et pioche ont rouillé dans le cabanon clos 
Andromède au jardin d'Abaddon © Mapomme et Gustave Doré