mardi 28 juin 2011

Le rêve américain





Six hommes au comptoir
Un long comptoir tout noir
Boivent whiskys et bières
Dans la rouge et maigre lumière

Accoudés tous ensemble
Leurs regards se ressemblent
Mais ils ne se voient pas
Dans ce bar sombre de l’Utah

Ils portent tous leur croix
Noir désespoir qu'ils noient
Dans leur morne habitude
Solitaires des solitudes

Le brun barman s'ennuie
Dans la factice nuit
Des filles se défleurent
Un vieux disque verse ses pleurs





Solitaires des solitudes © Mapomme




Sœur imprévue




Douce comme un
Chant de sirène
Au lieu commun
Elle me mène
Comme est souple son cou
Où je pose ma joue

Elle coupe court
De ses deux mains
Le fil des jours
Sans lendemain
Sa main est sur mon front
Tendre consolation

Sœur imprévue
Sur mes malheurs
Avez-vous vu
Comme elle pleure
Coulent ses douces larmes
Qui noient ma vie sans charme

Elle me berce
Et je m'endors
Son froid me perce
L'âme et le corps
Inquiète elle surveille
Mon éternel sommeil





Soeur imprévue © Mapomme






Obsession



Le temps c'est les secondes
Les secondes au balancier
Le balancier comme un marteau
Le marteau sur le clou
Le clou dans le bois
Le bois du sapin
Le sapin du cercueil
Le cercueil qui m'attend

Le temps c'est la faux
La faux tranchant le blé
Le blé des moissons
Les moissons de l'hiver
L'hiver et le froid
Le froid de la mort
La mort à chaque seconde
Les secondes au balancier
Le balancier comme une faux





Horloge biologique © Mapomme


L'étern-été

Il semblait éternel : dans une ultime flamme,
Le fol été s’endort et, rougeoyant, se pâme,
Puisque muettement nos au revoir résonnent.
Bientôt le crépuscule et déjà on frissonne.
C’est le glas septembral, tel un vibrant adieu :
Adieu, pauvre âme mie, partons vers d’autres lieux !

Lors d’un repas final, le bel été s’éteint
Et nous serons partis, chacun dès le matin ;
Flotte le doux parfum des raisins mûrs d’automne
Qui, une fois cueillis, empliront l’air atone
Et d’assoiffés godets d’un vin jeune et captieux,
Car nos cœurs sont soumis à l’oubli silencieux.

Il veut ressusciter, en un vain rayon d’or,
Le fol étern-été qui dans le soir s'endort.

L'étern-été © Mapomme

Les empires du vent




J'ai gravé l'avenir sur du sable
Mais les vagues toujours et l'écume
J’ai fondé nos espoirs sur les dunes
Mais le vent et le temps haïssables

Où vont donc nos rêves dès que l’on vire et volte ?
Qui vole nos envies et moque nos révoltes ?

Frères marins rêveurs sans patrie
Un bûcher ne laissera que cendres
Des vaisseaux dont nous firent descendre
D’âpres capitaines d’industrie

Amasseurs avides affreux engoulevents
Nous sommes tous vassaux des empires du vent






Rêves éphémères © Mapomme




lundi 27 juin 2011

Evadé d'une autre vie





En vain évadé d'une autre vie
Je vins parmi vous privé d'envie
L'aventure n'a plus d'avenir
La découverte est un souvenir
Ces temps livides dits nouvelle ère
Sont une vaste vente aux enchères
Asservis par de vaseux savants
Serviles vassaux du fric souvent

Le venin des valeurs sans saveur
Vide l'âme des pauvres rêveurs
Où trouver la véritable ivresse
Quand tout va de travers à l'inverse

Des vœux livre ouvert au vent pervers ?
Je survins trop tard de cent hivers
Que sont devenus les temps sévères
Où le rêve avalait la misère ?







Des rêves à la pelle © Mapomme


A mes amies, j’espère




Avant d'aller à l'Ouest dormir
Je veux peser mon cœur sans frémir
C'est ma vie c'est mon suc c'est mon âme
Qui brûle dans une ultime flamme
Le relief gravé de faux honneurs
Ne peut abuser le moissonneur
Et malgré les danses des almées
Je revois celles que j'ai aimées


Dans la cave tout accaparés
Au cours d’anatomie comparée
Nous découvrions nos différences
Pris d’une espiègle et tendre attirance
Un loyer cher m'a précipité
Déporté vers les camps des cités
Les prés tachés de coquelicots
Nos jeux nos voix mêlés en échos
S’évanouirent en moins de deux
Portés par un fleuve hasardeux
Un homme a souillé tes quatorze ans
Un monstre ordinaire un malfaisant
Un homme - enfin on l'affirme vite -
Voilà un titre qui se mérite


Dans le ramdam du marteau-piqueur
Dans le tam-tam dément de mon cœur
En haut de la rue de l'Opéra
Dans l'affreux concert des embarras
Les deux pieds plombés sur le trottoir
Tel un Cyrano à l'abattoir
J'ai dit les mots de tous les truqueurs
Prêt-à-porter du salon du coeur
Tu m'aimais un peu mais pas vraiment
Je me mentais sur nos sentiments
Me leurrant d’un amour absolu
Influençable et irrésolu
J’espère ne pas t’avoir trop blessée
Que des mains tendres t’ont caressée

Tu te balançais sur le divan
Sans t'arrêter d’arrière en avant
Je confessais une hypertrophie
Le divan permet qu’on se confie
Ce fut peut-être un simple transfert
Je m’empêtrais dans mes sentiments
La belle affaire et le bel enfer
Puis survint l’aube des reniements
Un sordide différent d'argent
Un truc minable un conflit rageant
A gâché le peu qui nous restait
A mon amie qui me détestait
L'ultime fois que j'ai pu la voir
Quand l'amitié oublie ses devoirs


C'est au tout premier bal du village
J’avais neuf ans toi pas davantage
Que quelque chose en moi t’avait plu
Et puis la danse ne suffit plus
Mais nous foulons un jardin secret
Indivis et sans nul vrai regret
Car après le temps de l’innocence
Survient la pénible adolescence
Je n’étais pas meilleur que les autres
En dépit du faux habit d’apôtre
Si l’amitié survécut aux mois
Ca n’est pas en tout cas grâce à moi
Tu es l'échec le mieux réussi
Ma belle campagne de Russie

Et toi je t'ai gardée pour conclure
Mon éternel regret ma fêlure
Je t'ai aimée d'emblée - tu le sais
D'entrée j'ai vu que je te plaisais
Mais c'était alors un peu trop tôt
Et puis à l'arrière d’une auto
J'ai posé la main sur ton genou
Le cœur battant, le corps qui se noue
Quand aussi jeune un éclair foudroie
On a peur et on est maladroit
J’aurais dû voler comme un brigand
Oui prendre ton cœur et non des gants
Après un froid est venue la trêve
Le fossoyeur de mes défunts rêves

Amours ratées amitiés flouées
Partitions creuses que j'ai jouées
Egrenant un refrain trop confus
Pardonnez à l'ami que je fus
Et gardez-moi un peu de tendresse
Je vous ai blessées par maladresse
Comme l’Egypte l’âme a ses plaies
Et mon ka je l’avoue me déplaît




Deux amis © Mapomme