lundi 10 mars 2025

Élégies. Par appétit du gain

On s’effare en sachant qu’en un pays d’Asie,
Ont péri à Dacca au sein d’un atelier
Cent neuf ouvrières, du fait d’un incendie
Se trouvant empêchées d’user des escaliers.

Les victimes piégées ont sauté dans le vide,
Comptant sur un miracle, afin de s’en sortir ;
C’
est là toute l’horreur d’une logique avide
Des coûts réduits dont nul ne veut se départir.

On se dit que les lois de ces contrées lointaines
Restent inadaptées et que l’on n’y peut rien ;
L
a chose, en vérité, n’est pas du tout certaine
Car nos prix écrasés ont un éminent lien.

New York 1911, aux trois derniers étages
D’un building, on faisait nombre de vêtements ;
Des tas d’ouvrières se trouvèrent otages
Des lieux fermés à clés avec entêtement.

Cent quarante-six mortes, toutes venant d’Europe,
Sans que les associés aient subi le courroux
Des tribunaux d’alors : les profiteurs écopent
D’une amende et ne sont pas mis sous les verrous.


Par appétit du gain © Mapomme
D'après une photo N&B de l'époque

dimanche 9 mars 2025

Élégies. De ton sommeil profond

Dormez bien, braves gens, il est bientôt minuit,
Mais reportons l’effort après la blême aurore !
Des tas de ganelons se trouvent dans l’ennui,
Et, face aux caméras, confusément pérorent.

Qu'elle est longue la liste énonçant les dangers,
Pour les acquis sociaux et le poids de la dette !
Les obstacles en nombre empêchent de changer
Et nous ne savons plus où donner de la tête.

Prisonniers du passé, en vain nous implorons
Un grand frère puissant qui prendrait la défense
D’égoïstes enfants ; d’espoirs nous nous leurrons,
Car vivre sous tutelle entraîne des dépenses.

Couper donc le cordon s’avère bien plus sain,
Quand la voie du frangin de notre vie diverge ;
A
llons libres enfin, vers nos propres desseins,
De l’emprise d’autrui restant désormais vierges !

De ton sommeil profond, princesse éveille-toi,
Et n’attends plus, sans fin, le doux baiser d’un prince !
Notre monde ignore le langage courtois,
Mais connaît les pressions usées dans ses provinces.


De ton profond sommeil © Mapomme
Avec l'aide de Ridley Scott

Élégies. Et les femmes violées ?...

La Russie veut la paix et cependant bombarde :
Les charniers et le reste seraient-ils méconnus ?
L
es crimes effarants d’une armée furibarde
Ont été constatés et décrits par l’ONU.

En ce jour des femmes, celles qu’une armée viole
En toute impunité, laissent froid le pouvoir
D’un tyran sans pitié qui n’y voit que babiole,
Du moment que l’armée remplit tous ses devoirs.

Des enfants enlevés, disparus en Russie,
L’hôpital bombardé peuvent-ils s’effacer,
Comme le théâtre fut, avec minutie,
Détruit et les enfants, hélas, sont trépassés.

Est-ce cela la paix ? Faut-il s’en satisfaire ?
V
oir une fois de plus le pouvoir du plus fort
Triompher comme aux temps des plus obscures guerres,
Permettant aux marchands d’amasser un vil or ?

Quoi ? Viols, crimes et rapts, exécutions sommaires,
Tuer des opposants seraient pipi de chat ?!
L
e rameau d’olivier de la force primaire
Ferait fi, oubliant les horreurs de Boutcha ?


Et les femmes violées ?... © Mapomme
Avec l'aide de Solomon Joseph Solomon

Élégies. Poignarder dans le dos

Devant les caméras, pieusement on prie
Et, à peine sorties, de tous les livres saints
On ne tiendra plus compte ; on lorgne, on s’approprie
Les richesses des sols, s’alliant aux assassins.

On foule aux pieds les droits, y compris de la presse,
Triée sur le volet parmi les affidés ;
D’un pays étranglé, qu’importe la détresse !
O
n veut que ses coffres soient à jamais vidés.

Si rendre l’Amérique à nouveau très puissante
Consiste à enrichir les friqués seulement,
En laissant aux autres une vie indécente,
Mieux vaut un pays faible et sans isolement !

B
el allié à vrai dire, un Brutus qui poignarde
Dans le dos en fonction de ses seuls appétits !
Il parade et lance des menaces braillardes,
Visant uniquement les états plus petits
.

Méfie-toi des amis et surveille le reste !
C’est une trahison qui longtemps marquera,
Un fléau comparable à celui de la peste,
Pandémie des esprits que propagent des rats.


Poignarder dans le dos © Mapomme
Avec l'aide de Vincenzo Camuccini

samedi 8 mars 2025

Élégies. Quand règne la folie

Qui veut vraiment la paix, ne l’impose jamais
En tordant les deux bras de l’affligée victime ;
Le monde est stupéfait des actes qu’on commet,
Le goujat insultant qui est digne d’estime !

Car voici qu’en direct triomphent les tyrans,
Quand le rustre voudrait humilier le malingre ;
On étrangle un peu plus le martyr expirant,
Et sur l’aide apportée, on se montre plus pingre.

On va dans le brouillard vers le siècle abhorré,
De l’Ancien Régime, sans un brin de noblesse.
À défaut de sang bleu, le fric est arboré :
Qu’importe le bon droit et si le mépris blesse 
!

Les rois des temps présents évaluent en milliards,
Les gains faits par le sang que les économies
Offrent à l’arrogant ; passent les corbillards
Des héros emportés d’un peuple à l’agonie.

Le puissant a raison, les plus faibles ont tort,
Tel est le nouvel ordre asservissant le monde ;
Crachez sur les héros, ces losers qui sont morts,
Et honorez sans fin une richesse immonde !


Quand règne la folie ! © Mapomme

Élégies. Il en perdrait le nord !

Sur sa boussole il cherche et retrouve le nord,
Pareillement le sud et son ouest sans problème ;
Mais le levant est-il passé par-dessus bord
Ou s’enfouit-il craignant ses nombreux anathèmes ?

Il supprime des aides, des emplois, des impôts
Et, avec
ses alliés, les solides alliances,
S’attelant à saper tous les droits, sans repos,
Montrant au monde entier mépris et malveillance.

Ce monde est une œuvre bâtie au fil du temps,
Temple dont les piliers soutiennent l’édifice :
Q
u’on détruise l’un d’eux puis, sitôt tressautant,
Il vacille un moment et s’écroule d’office.

Tel un vrai éléphant, l’élu républicain
Détruit tous les accords, brise la porcelaine
Des pères fondateurs, le rêve américain,
Ivre de son pouvoir, semble une ivre phalène.

Il va dans tous les sens, devant les caméras,
Dénigrant les pays réfutant sa parole ;
Perdant le nord, il dit que chacun d’eux paiera
Un écot au saigneur qui marche sans boussole.


Il en perdrait le nord ! © Mapomme

vendredi 7 mars 2025

Élégies. Retour du roi dé-Lear

C’est le grand retour du dément roi dé-Lear,
Répudiant ses alliés, à coups de phrases creuses,
Couronnant l’ennemi au lieu de l’avilir,
Et empruntant souvent des voies aventureuses.

Il laisse dans la nuit un peuple combattant
Et, du vil agresseur, admire les armées,
Lesquelles massacrent de pauvres habitants
Et violent des femmes, en brutes affirmées.

Des manants tels que nous, sous leurs laids oripeaux,
Cherchent à expliquer d’où vient cette folie,
Qui transpirent l’excès dans ses moindres propos ;
À quoi bon la raison, puisqu’elle est abolie ?

C’est un vieillard puissant, et c’est un grand malheur,
Quand le pouvoir se voit aux mains de la démence !
Mû par l’appât du gain, il se fout des valeurs,
Exigeant des contrats, montre sa véhémence.

Dans la nuit, les princes, bannis hors du jardin,
Ce bel éden douillet, vont privés de boussole,
Pris dans l’obscurité, chassés avec dédain :
Ils cherchent un astre, sans qu'un seul les console.


Retour du roi dé-Lear© Mapomme