vendredi 7 février 2025

Élégies. Chiens dans un jeu de quilles

Le monde est un bowling où courent des chiens fous,
Disant n’importe quoi et renversant les quilles ;
Ils veulent imposer au monde l’affreux joug
Des cousus d’or ruinant les peuples en guenilles.

N’ayant cure que d’eux, ils font n’importe quoi
Et n’ont honte de rien tant ils règnent avides ;
Pourquoi s’embarrasser des essentielles lois,
Seulement respectées par le commun stupide ?

Q
ue s’écroulent les temples, que ces fourbes dévots
Méprisent à coup sûr, pour bâtir un empire !
Q
u’importe qu’on envoie l’espoir au caniveau
Et que sur le trottoir tant de camés expirent !

I
l suffit aux chiens fous d’avoir plus de pognon,
Quand valsent les futurs comme de simples quilles ;
Les malheurs des pauvres ne sont pas leurs oignons
Car, lorsqu’on fait du bois, giclent bien des esquilles.

On engloutit le monde à coups d’amples butins,
Et toute honte bue, grimpe, grimpe la Bourse :
D
élivrez-nous des chiens qu’enfantent des scrutins,
Qui mettent le boxon en pillant nos ressources !


Chiens dans un jeu de quilles © Mapomme

Élégies. Un cercle féminin

Dès ma prime jeunesse, autant qu’il m’en souvienne,
D’un cercle féminin j’ai tiré grand profit ;
N
e pas être élevé selon des mœurs anciennes
Enrichit tout esprit ainsi mis au défi.

On entre dans un monde où d’autres points de vue
Sont le compas guidant, sur le vaste océan,
Au milieu des écueils, des idées préconçues,
Qui mènent si souvent vers l’abysse béant.

Si l’homme semble roi, que de tout il décide,
Il écoute pourtant les conseils d’un Colbert
Ou d’un Sully en robe, éclairé et placide,
Qui offre son regard judicieux et expert.

J’eus la grande chance de vivre en ce royaume,
Où femmes et hommes partageaient le pouvoir ;
Ce souvenir emplit la pensée de tout môme,
Qui du binôme extrait un utile savoir.

Aussi, lorsque j’entends la nostalgie captieuse
Qui veut rogner les droits issus de longs combats,
Par le biais d’arguties que je trouve spécieuses,
Je vois des temps obscurs voulant tout mettre à bas.


Un cercle féminin © Mapomme
D'après des tableaux de Joaquin Sorolla

mercredi 5 février 2025

Élégies. V’là le grand méchant ogre !

C’est le grand méchant ogre avide de croquer
Le monde comme on croque une juteuse pomme ;
Il hurle par les bois, prêt à traquer, troquer
À son avantage, car ses deals nous dégomment.

Il tient son coutelas pour mieux nous équarrir
Et il remue les bras en ouvrant grand la gueule ;
Il poursuit la planète et veut tout conquérir,
Pour que cède aux diktats la foule ilote veule.

Que la nuit paraît longue au sein des bois obscurs,
Car la clarté du jour est brève et boréale,
Lorsqu’un puissant est fou et tient des discours durs,
Sans fin mettant à mal une entente idéale !

La gangrène amorale anéantit le fruit
D’années de compromis, de pactes et de chartes ;
Tous les précieux acquis s’évaporent sans bruit,
Car l’ogre retrace les frontières des cartes.

À vau-l’eau va le monde, aux appétits offerts,
Car des serfs vénèrent le pouvoir par la force,
Espérant des miettes des razzias par le fer,
En suivant le grand ogre sans fin bombant le torse.

V'là le grand méchant Ogre ! © Mapomme

lundi 3 février 2025

Élégies. Sur le large chemin

C’est une ample histoire de bruit et de fureur,
Un ère continue qu’on pensait révolue.
Des cauchemars renaissent les terreurs
Qui habitent l’humain à l’âme irrésolue.

Chamboulant l’histoire des civilisations,
La convoitise ardente est facteur de désordres ;
Elle se veut sainte, vêtue d’accusations,
Montrant un beau sourire aux dents prêtes à mordre.

Plus rien n’est établi, pas même les serments
Qu’hier, en grande pompe, on grava dans le marbre ;
D
e ces espoirs nourris, soudain se refermant,
Ne restent même pas les deux cœurs sur notre arbre.

Tout peut se convoiter sur le large chemin
Qui à la perdition directement nous mène ;
Jadis paraissait laid : comment sera demain,
Si chargée de chaînes allait la race humaine ?

Rêvant d’un âge d’or, voici l’âge de fer,
Les fers à nos poignets, les fers à la pensée,
Puis le feu de la guerre, et celui des enfers,
Dans l’avide noirceur des fureurs insensées !


Sur le large chemin © Mapomme

dimanche 2 février 2025

Élégies. La Mort en son jardin

L’orage roule au loin de constantes menaces
Et le ciel s’obscurcit, puis plonge dans l’oubli
L’espoir idiot de paix car la guerre est tenace,
Revenant bousiller le bel ordre établi.

Dans le sombre jardin, où les ténèbres règnent,
Je ne me souviens plus des sublimes couleurs
Du printemps, puis j’entends tous les merles qui geignent,
Dépossédés de joie, écrasés de douleur.

Quel était le parfum de la
douce insouciance
Qu’exhalait l’harmonie ? Je ne m’en souviens plus !
À présent, les rumeurs ont remplacé la science
Et partout le savoir passe pour superflu.

Voici venu le temps des amples convoitises,
Des requins de palais que suivent les gredins ;
Puis, j’aperçois une ombre et je vois ma hantise,
Car marche posément la Mort en
son jardin.

J’aimerais que tout soit un simple mauvais rêve,
Mais gronde l’orage qui s’approche à grands pas ;
Si survient le chaos que notre fin soit brève,
Qu’on ne pressente pas l’arrivée du trépas !

La Mort en son jardin © Mapomme

samedi 1 février 2025

Élégies. Les nurseries modèles

C’était un projet fou né d’un cerveau dément
Qu’on croirait inventé s’il n’y avait des preuves ;
Si on exterminait impitoyablement
Bien des peuples impurs, sourdait une idée neuve.

D’apparence banale, on ouvrait de partout
Des nurseries vouées aux seules têtes blondes ;
Q
uoi de plus ordinaire, en des temps pourtant fous,
Que des lieux de douceur durant la guerre immonde ?

L
a pouponnière était un modèle absolu,
Où tout était dédié, semble-t-il, à l’enfance !

L’ordre appliqué ailleurs paraissait révolu,
D’un modèle vieillot qui la raison offense.

Les enfants étaient tous des enfants d’officiers,
Aux ordres du tyran qui cultivait la haine ;
Presque tous étaient blonds, au regard bleu d’acier,
Sportifs et vigoureux, bien nourris, les dents saines.

Ils devaient repeupler les pays envahis
Pour conforter le Reich pensé pour mille années :
D
es enfants élevés dans l’idéal nazi,
Loin des philosophies de Méditerranée.


Les nurseries modèles © Mapomme
D'après une photo d'époque en nb

Élégies. Un petit truc en moins

Les violents incendies de la Californie
Sont-ils simplement dus à la diversité
Et au sexe des anges, car voilà qu’on renie
Aux femmes, aux non-blancs toute capacité ?

S’il n’a pas plu un brin et si une tempête
Balaie Los Angeles, le blond Quasimodo
Nie le réchauffement que subit la planète,
Aux gays et aux non-WASP colle tout sur le dos.

Si un hélico vient vers un avion de ligne
Et qu’il ne dévie pas un peu de son chemin,
Quasimotrump pointe d’une façon indigne
Les mêmes fautifs, hier comme demain.

Aucune humanité pour les pauvres victimes,
Car le grand sachant-tout n’a pas trouvé le temps ;
U
n petit avion tombe et voilà qu’il estime
Utile de montrer le chagrin d’un instant.

À chaque intervention, on ressent comme un manque,
Dans ses indignations et ses déclamations :
A-t-il laissé un truc, dans son coffre à la banque ?
C
e petit truc en moins est-ce la compassion ?


Un petit truc en moins © Mapomme