dimanche 8 mai 2022

Élégies. Caustique paradoxe

Parvenu à cet âge où l’on deviendrait sage
Ce que laissent penser mes cheveux blanchissants
J’avoue avoir loupé ce rite du passage
Qui me rendrait serein et plus obéissant.

Or quand j’entends vomir de fascisants messages
Je redeviens soudain le fauve rugissant
Face aux excès croissants je reste réticent.

Me voilà possédé par l’esprit démoniaque
Qui habitant mon sang livre mes convictions
Tel un soûlard sortant d’un festin dionysiaque.

L’injustice ici-bas m’est profonde affliction
Tarabustant mes nuits d’éternel insomniaque :
Je hais ceux qui excluent toute contradiction.
Caustique paradoxe © Mapomme

Amères Chroniques. Où donc s’en est allée la colombe de paix ?

8 mai 2022

Le sabre était rangé dans son douillet fourreau
Tel un rameau fané de la paix sans colombe ;
La mémoire oubliait le nom d’anciens bourreaux
Les épiques horreurs et le fracas des bombes.

Tranchées soldats gisant et ruines sans héros
Charniers sans nul sépulcre ou hérissés de tombes
Semblaient fiction issue de temps illibéraux
Ossuaires masqués en quelque catacombe.

On a beau vénérer une éternelle paix
Il est toujours un fou pour dégainer le sabre
Et répandre le sang dont ivre il se repaît.

D’un coup on redécouvre un spectacle macabre
D’où surgit le futur né d’un brouillard épais ;
L'altier discours de paix n'est alors que palabre.
Il est toujours un fou provoquant un duel © Mapomme
d'après Les duellistes de Ridley Scott (1977)

samedi 7 mai 2022

Élégies. Ce mal qui rend obscur le si vaste horizon

Nourrissez vos regrets de ce qui ne fut pas :
Ils auront toujours faim d’une aurore illusoire
De n’avoir de la vie consommé le repas ;
Nourrir un tel dessein est quête dérisoire.

Le monde imaginaire est toujours plus sympa
Aux confins du réel dans des nuits libatoires ;
Le réveil est pour lui un hideux purgatoire.

Depuis longtemps déjà j’ai banni ce démon
Qui me rongeait l’esprit et tout instant de grâce
En voulant me restreindre aux champs de goémon.

De ce fugace instant s’effacera la trace ;
Aussi il faut franchir les vallons et les monts
Vers le vaste horizon que le regard embrasse.

Vers le vaste horizon que le regard embrasse © Mapomme

vendredi 6 mai 2022

Amères Chroniques. Rêvez d'épis bien gras en temps de vaches maigres

Sale printemps venteux sans un azur serein
Mais d’anthracite froid dépourvu d’une ondée :
Secs seront nos cœurs autant que les terrains
Si la crainte à venir se révélait fondée.

Riez les soupçonneux et priez pèlerins :
Si le blé nous manquait que d’âmes émondées
Parce que sur notre monde on fait tinter l’airain
Quand on aurait pu voir la Terre fécondée.

Dans les champs de jadis a poussé le maquis
Où des chèvres flânant par cistes et fougères
Ont fait de l'abandon leur personnel pâquis.

Vastes sont les plaines qu’indignement on gère
Pour qu’un manque provoque un bien si mal acquis
Et que croissent les prix — sombre rente viagère.

Vastes sont les plaines qu'indignement on gère © Mapomme

mercredi 4 mai 2022

Élégies. Sur un banc du vieux parc

Sur un banc du vieux parc discutaient des rivaux
Dont les combats verbaux demeuraient légendaires.
N’étant d’accord sur rien à différents niveaux
Sur leur antagonisme ils étaient solidaires.

« Vois-tu » soutenait l’un fixant le caniveau
« L’émotion peut hélas ! en supposant bien faire
Pour un juste motif combien d'entre eux gaffèrent ? »

« Si la seule Raison conduisait un Vizir »
Dit l’autre les yeux clos « sans porter assistance
Faisant fi du bon droit mû par son seul plaisir

Qui sauverait son trône et sa brève existence
Si soudain l’ennemi de guerre avait désir ?
On n'obtiendra la paix que par la résistance ! 
»

Sur un vieux banc du parc © Mapomme

mardi 3 mai 2022

Élégies. De mes étés passés je conserve le goût

Si un brusque incendie venait à tout cramer
Arbustes et maisons ne laissant que la roche
Me resterait le goût des printemps enflammés
Qui semblent si lointains et demeurent si proches.

Le temps notre ennemi dans l’ombre peut tramer
Ses éternels complots pétris de ses mains croches
Mon esprit gardera – qui pourrait l’en blâmer ?
À jamais la saveur d’un mouton à la broche.

J’emporte en souvenir où que soient mes combats
Le maquis parfumé et ma maison de pierre
L’azur par-dessus tout la plaine en contrebas
La voûte constellée infinie et princière
La colline dressée en royal mastaba ;

Puis comme les chemins je deviendrai poussière.

De mes été passés je conserve le goût © Mapomme

lundi 2 mai 2022

Élégies. Au jardin des idées

Au jardin des idées, les roses sont flétries :
Restent les épines pour écorcher l’espoir.
Sont perdues les notions de Progrès, de Patrie,
Les nains de la pensée n’aspirant qu’au pouvoir !

Il manque un visionnaire ayant de l’empathie
Pour peindre des idées dont vont se prévaloir
Les nouveaux jardiniers des plantes décaties :
Il suffit tout d’abord de vraiment le vouloir.

Au jardin des idées on cherche le Grand Homme,
Dont chacun se prétend l’héritier d’exception,
Qui jusqu’ici faisait probablement un somme.

Le jardin est-il bien leur métier d’élection,
Étant de leurs efforts jusqu’ici économes,
Brillant par-dessus tout pour leur longue inaction.

Au jardin des idées © Mapomme