mercredi 11 novembre 2020

Elégie. Comment irons-nous donc des rêves dépouillés ?

 Un jour on revêt un habit par négligence

Avec un rêve au cœur qui seul nous définit 

Mais on se leurre encor en niant l’allégeance

Qui a sonné le glas des espoirs infinis

 

Ce matin-là on met en craignant l’indigence

De nos porte-monnaie plus que de nos esprits

Nos songes au placard avec nos exigences

Quitte à se regarder parfois avec mépris

 

Nous passons sans faillir croyant rester fidèles

D’hier à aujourd’hui Puis le soir harassés

Nous tombons de sommeil le talent privé d’ailes

 

Nos écrits poussiéreux par l’oubli terrassés

Gisent dans le grenier de notre citadelle

Car on raccroche un jour les rêves du passé 


dimanche 8 novembre 2020

A l'encre du néant. Un herpès d’un blond paille effaçait nos sourires

J’ai traîné un herpès venu par négligence

Un bouton de fièvre peu gênant au début  

On croit que ce n’est rien et donc pas une urgence

Car le temps s’égrenant le mettra au rebut

 

S’enchaînent les journées et passent les semaines 

On ne voit plus que lui et il ne fait plus rire

Parmi la société la gêne étant certaine

Quelle potion choisir ? Quel remède prescrire ?


Les années se traînent désenchantées et tristes  

Les rues sont embrumées d’un hiver permanent

Sans soleil ranimant notre espoir empiriste

 

Quand on se croit soumis à l’herpès nous damnant

S’enfuient les ténèbres et les froids rigoristes

Le jour bannit enfin l’ombre se pavanant

 Loser  © Mapomme

«Vous êtes dans le désert. Vous voyez une tortue couchée sur son dos sous un soleil brûlant. Vous savez qu'elle est en péril mais vous ne pouvez rien faire. Pourquoi ?»

 Dialogues de Blade Runner


samedi 24 octobre 2020

Elégie. Faire la nique à l’horloge et crier Gold is dead

 Sept chevaux galopent sur la vaste prairie

Sans craindre pour leur job sans heure à respecter  

Aucun embouteillage et aucune hystérie

Rien que le vent soufflant et rien à objecter


 Je rêve d’être ainsi sans souci de l’horloge 

Becter quand on a faim sans midi ni couchant

Ni parking à payer et studio où on loge

Mais suivre mes envies et dormir dans un champ

 

M’en aller au soleil sans me soucier des gens

Galoper ou flâner profiter de la vie

Sans m’enchaîner aux prêts et rester divergent

 

Hennir et se cabrer si soudain j’ai envie

Faire la nique à l’horloge et se passer d’argent

En clamant Fuck the clock l’âme non asservie

Fuck the clock © Mapomme

vendredi 23 octobre 2020

Elégie. La pythie nous confie l’obscur oracle en vers

La branche qui se brise ou un geai qui s’envole

Quand marche un Grec ancien dans quelque bois sacré

Aller voir la Pythie semble un acte frivole

D’autant que son oracle a de quoi effarer

 

Elle s’exprime en vers dans un complet mystère  

Qu’un prêtre interprète dans un plus clair récit

Il comprend le muet de ces propos austères

Mais il revêt les siens d’un contour imprécis

 

Semblable est la muse qui pressent les menaces

Pesant sur le présent pressentant en sonnets  

Un possible avenir qui s’affirme tenace

 

Il n’est pas assuré sauf si on méconnaît

Le danger révélé qui nous prend dans sa nasse

Si dure la haine si un démon en naît

Pythie © Mapomme

 d'après John Collier

mardi 20 octobre 2020

Elégie. Shamane

 Muse des nuits d’éveil scande le sibyllin

L’inaudible discours du rêve oraculaire

Décris la traversée de l’océan stellaire

Les récits inédits dont je suis orphelin

 

Dans l’infinie prairie près d’un brasier dansant

Les bras levés au ciel dans la nuit psalmodie

Que les astres charmés par cette prosodie

Clignent toute la nuit d’un mystère incessant

 

Sur le sycomore pour te voir j’ai grimpé

Quand du divin Orphée tu contas les épreuves  

Cernée de toutes parts par un peuple attroupé

 

Sur sa cithare en vain j’ai cherché l’idée neuve

Mes dissonants accords ne pouvaient te duper

Car de ta bouche un chant coulait comme eau du fleuve

Shamane © Mapomme

dimanche 18 octobre 2020

A l'encre du néant. Les échecs répétés des concessions de paix

 “Aucun homme sensé ne peut vouloir la guerre !

Dit le négociateur cherchant l’apaisement

À tous ceux s’inquiétant de quelque embrasement

Tout conflit est amer demain comme naguère !

 

Ulysse avec Hector en vain se fatiguèrent

À négocier l’accord qui semblait convainquant

À quoi bon tant d’efforts quand s’arment les deux camps

Et quand l’affrontement est un instinct grégaire ?

 

Couronné de rameaux mais hélas sans colombe

Lâchant les Sudètes Chamberlain s’en revint   

Acclamé quand Hitler préparait l’Hécatombe

 

Demander son avis à tout Cassandre est vain

Négocier avec ceux qui veulent que succombe

Chaque démocratie toujours mène au ravin

 Pacte avec l'enfer © Mapomme


samedi 17 octobre 2020

A l'encre du néant. De l’éternel combat du jour et de la nuit

 Depuis la création s’affrontent la lumière

Et le néant de l’ombre abrogeant la beauté

La nuit non constellée née de l’obscurité

Insulte la pensée de nos aubes premières

 

L’obscur veut abolir au nom d’une bannière

L’éclat de nos soleils qu’il ne peut supporter

Car ils nous éclairent d’un vent de liberté

Et pour en triompher il n’a pas cent manières

 

Par la peur et le sang il voudrait nous contraindre

Nous réduire au silence en acceptant la nuit

Tandis que nous verrions les étoiles s’éteindre

 

Terrés dans une cave et soumis à l’ennui

Plongés dans le néant qui viendra nous étreindre

Pleurant le souvenir des flamboiements enfuis