jeudi 12 novembre 2015

Rimes de saison. Le démon de bibi

C’est un mauvais génie me dit mon cul béni
Celui qui voit tout rose ignorant les chloroses
Des forêts à l’automne et des ondées moroses    
Point tu ne dois ouïr ses propos Que nenni

Pourtant je suis ainsi quand je vois une rose
J’en perçois la beauté et le parfum subtil
Mais dans le même temps mon démon dit Plaît-il
La rose en son vase défraîchie se sclérose  

Profite de l’instant plaide mon saint esprit
Inspire le parfum et demeure en osmose
Avec le plaisir simple et aux métamorphoses
Que te dépeindra l’autre affiche ton mépris

Mes amis ont souri à ce tourment sans cause
En notre compagnie lorsque ta bouche a ri
On sent bien que ton cœur dans le fond est marri
Et jamais l’enjouement à ton esprit s’impose

Car ta mélancolie ne connaît nul répit
Ainsi tu fus conçu gai mais aussi morose
Et quand il fait soleil tu marches sous Pluviôse
Le bruit de l’horloge nullement s’assoupit

Entre aube et crépuscule ainsi je vais Tant pis 
L'homme qui ne rit plus © Mapomme 

mardi 10 novembre 2015

Rimes de saison. Les dieux temporels

Les palmiers s’élèvent à l’instar des suppliques
Mais les dieux ont péri aux cieux évaporés
Peinés sont les prieurs et les chœurs sans réplique
Ont bien des icônes du mythe à implorer

Les étoiles brillent bien qu’à présent éteintes
Dans la chambre noire leur souvenir survit
Même si les fervents n’y ont pas les mains jointes
En silence pourtant l’office y est servi

Sur la célèbre allée les fidèles défilent
Et la voie constellée sert à leurs processions
Où les prêtres impurs côtoient les cinéphiles
En passants silencieux de toutes confessions

Les dieux se consument à la poussière d’ange
Or les anges zélés brûlent par les deux bouts
La chandelle abusant de ce mélange étrange
Et quand l’astre s’éteint le sujet est tabou

À l’instar d’Icare les stars brûlent leurs ailes
En côtoyant ainsi les feux des projecteurs
 Sachant éphémère la dévotion nouvelle
Les dieux sont éternels Hélas pas les acteurs
Shining dead star © Mapomme 

lundi 9 novembre 2015

Rimes de saison. Le vallon des larmes de nuit

La nuit avait versé dans le vallon ses larmes
D’épaisses ténèbres Les cœurs s’y abreuvaient
Faisant trembler l’âme sous l’effet de ce charme
Jadis les amoureux enlacés s’y lovaient

Plus tard paraissait l’aube en ce lit de ténèbres
Que tous les chants de coq laissaient indifférent
Et l’ombre s’attardait plus alliée que funèbre
Offrant une heure en plus aux amants s’y terrant

D’automne suintent les branches dévêtues
Dont le froid imprègne les champignons jaillis
Telles des mouettes en session impromptue
À l’ombre du chêne dans le pré sans taillis

L’été a décampé par-delà les montagnes
Le lit de fougères son beau jade a perdu
Égaré sa fraîcheur son vert de cocagne
Il laisse les amants au froid des jours ardus

Où trouver le vallon ignoré de la lune
Quand sur les fougères règne l’éphernité
 D’un paradis d’ombre que nul feu n’importune
Où les serments brûlent leurs ailes tout l’été
Le vallon des larmes de nuit © Mapomme 

dimanche 8 novembre 2015

Rimes de saison. L’herbier mémoriel

J’ai un tiroir empli de printemps imprimés
Un herbier printanier de belles fleurs sauvages
Exhalant des parfums des verts prés sublimés
Poussant hors des serres rétives au servage

J’ai un esprit bourré de jeunes souvenirs
Qui telle une photo un instant restitue
Pourtant la vérité ne saurait y tenir
De notre lumière l’image est revêtue

Dans ce tiroir secret fleurit un chapelet
De printemps momifiés entre des pages blanches
Dont la forme séchée leur parfum rappelait

Mais l’authenticité d’un envolé dimanche
Qu’on aurait conservé dans le plus beau palais
Ne saurait persister entre ces quelques planches
Herbier mémoriel © Mapomme
avec l'aide ma famille Rovaji, coupeuse de jambes 

Rimes de saison. Campu santu

C’est un jardin muré tout resplendissant d’or
Et de mauves bouquets dans les vertes allées
Où le passé les yeux tout pesants d’oubli dort
Dans le calme infini d’une humide vallée

Les seules fleurs poussant en ce lieu retiré
Sont des croix oxydées et des tombeaux de marbre
Une fois l’an c’est peu pour venir soupirer
Sous l’ombrage calme que dispensent les arbres

C’est un funèbre album qui s’ouvre à nos regards
Un village englouti dans le pré d’Asphodèle
Des noms et des dates qu’on lit avec égard
Des parents des amis des anciens nos modèles

Dans l’eau virginale du Léthé tous ont bu
Et consommé les fleurs parmi les Lotophages
L’oubli est leur dîme l’imparable tribut
Un sommeil sans nul songe a payé leur passage

Bientôt nous en serons tremblants nus et glacés
Dans les brouillards épais de l’éternel novembre
 Nous aurons trépassés et serons effacés
Quand les pluies transiront nos âmes et nos membres 
Campu Santu © Mapomme

samedi 7 novembre 2015

Rimes de saison. Que sont nos amours devenues

Nos cœurs longtemps éteints d’ultime flambée rêvent
Et que l’été indien nous réchauffe les sangs
Oh nos amours d’antan se sont montrées si brèves
Que le feu les ramène en phénix renaissant

Plaçons nos corps transis devant la cheminée
Nul émoi ne saisit les mois frileux de l’an
Pas même un souvenir des jeux d’après-dinée
Ne pourrait éblouir nos esprits somnolents

Que le printemps revienne en instillant sa fièvre
En notre âme païenne et dans nos os dolents
Redevenus nigauds goûtons les phrases mièvres
Sans inquiéter l’ego par des mots désolants

La vie sent bien ce vide et s’est interrogée
Se montre-t-elle avide d’éprouver des tourments
Pour quitter le plateau par l'ardent apogée
D’un été en sachant que mentent les serments 
Nostalgie amoureuse © Mapomme
avec le concours de Christophe Honoré 


Rimes de saison. Doutes et regrets de saison

Le printemps hésitant tremble d’incertitude
Quêtant dans les écrits un sens à son chemin
Et un mythique Graal serti de fortitude    
Permettant d’affronter les brumes de demain

Pourquoi naissent les gens et pourquoi donc ils meurent
La vie s’arrête-t-elle après leur grand départ
Et faut-il notamment qu’en vain nos cœurs les pleurent
Invoquent tout printemps aux concepts épars

Depuis la falaise contre laquelle l’onde
S’écrase et éclate de colère écumant
Il mire l’infini des ténèbres profondes
Miroir révélateur d’un total dénuement

L’amour existe-t-il ou n’est-il que chimère
Un reflet stellaire sur l’océan dansant
La vague l’efface de son écume amère
À l’instar de la main pour la fumée d’encens

Les épis de printemps frémissent sous les doutes
Tandis que les hivers s’embrument de regrets
 Chaque saison voudrait voir ses fautes absoutes
Mais délaisse en chemin tout espoir de progrès
Doutes © Mapomme
avec le concours de Naomi Kawase