vendredi 1 août 2025

Élégies. De quoi sont faits les jours ?

Au fond, que sommes nous ? Quelques brins d’herbe au vent
Emportés malgré eux ; une branche brisée
Que charrie le torrent furieux et éprouvant
Dans l’écume des jours et l’onde hystérisée.

Dans ce flot sont noyés les rêves d’autrefois,
Les espoirs d’avenir que l’on voulait grandiose,
Mais, par la porte étroite, ils ne passent l'octroi,
Ne pouvant espérer une vie en symbiose !

Les murs de la chambre dont le vert s’est éteint
Le vert des beaux espoirs, à présent mis en berne,
Est la cage aux forêts de simple papier peint,
Sans horizon au loin, dans une prison terne.

Les romans mensongers allument des brasiers
Qui bercent les soirées dont les voiles diaphanes
Font danser des lointains aux sièges en osier,
Et des cieux étoilés sans nues qui les profanent.

Jeune et désabusée, dans la sombre maison,
La prison conjugale où nul rayon ne rentre,
Pour caresser la peau d’un brin de déraison ;
Sans l’extase, un devoir pour que gonfle ce ventre.


De quoi sont faits les jours ? © Mapomme

jeudi 31 juillet 2025

Élégies. Faucher pour plus de blé

On tranche à tour de bras les emplois superflus
Et tant pis pour les gens qu’on mettra sur la paille,
Car pour avoir du blé, il faut que soient exclus
Les épis trop coûteux qui dans leur job traînaillent.

Foin des vains entretiens, des larmes, des pourquoi,
Et pourquoi justifier l’exécution sommaire ?
Q
uand on tranche un épi, au moins il se tient coi,
Puis noiera dans un bar ses émotions amères.

Lorsque dans des banques, avec un plein carton
Des employés pleuraient d’avoir perdu leur place,
Se gondolaient alors ces pauvres avortons,
Se croyant à l’abri d’identiques menaces.

Mais l’éden de la Tech, comme tous les secteurs,
Se développe un max, versant des dividendes
Puis l’horizon se bouche et il n’est qu’un facteur :
Dans l’arbre qui faiblit, il faudra qu’on gourmande.

Les plus gros salaires d’oiseux départements
Sont remerciés soudain bien avant la récolte ;
Ils reçoivent un mail les tançant vertement

Et on proteste un peu, sans une vraie révolte.

Faucher pour plus de blé © Mapomme

Élégies. Se délester d’un poids

Se délester d’un poids, balancé dans le vide,
Est un acte violent, qui survient tout d’un coup,
Pour réparer l’erreur d’un dirigeant cupide,
Qui ressort l’argument des charges et des coûts.

En fait, ne sommes-nous, pour ces très hauts salaires,
Que du menu fretin, un coût d’ajustement,
Grains de sables vidés dès la moindre galère,
Congédiés par un mail envoyé prestement.

Que représentons-nous ? Un rameau que l’on taille,
Pour laisser plus de sève au sommet souverain,
Seul apte à diriger la mère des batailles,
Mais piètre stratège, méjugeant le terrain.

Quelle est notre valeur quand le zénith ignore
Les tâches des grouillots assumant le boulot,
Souvent bien au-delà de ce qu’il subodore,
Pièces remplaçables bossant sans ciboulot.

Vieux mouchoir en papier, voilà qu’on nous balance,
Pèlerins du précaire en quête d’un contrat,
Du chômage à un job, et puis tout recommence :
Ça repart pour un tour, et puis boum patatras !


Se délester d'un poids© Mapomme

mercredi 30 juillet 2025

Élégies. Dansez après la guerre !

Dans les combats on meurt ou on est estropié,
Puis quand cesse la guerre, on signe l’armistice ;
Rentrent les survivants, dont beaucoup vont expier
Les corps à corps cruels et bien des injustices.

Bien des gueules cassées ne voient dans leur miroir,
Qu’un étranger meurtri, une caricature
De prothèse affublée, qu’on regrette de voir,
Car montrant que la guerre a changé de nature.

Nombre d’entre eux la nuit hurlent soudainement,
En retrouvant l’enfer des obus qui s’abattent,
Des tranchées s’écroulant dans ce déchaînement,
Cherchant leurs traits d’avant, vainement ils se tâtent.

Mais s’ils cauchemardent, on s’amuse à Paris,
On danse à en crever, lors de réjouissances
Dont tous furent privés ; le bonheur s’est tari,
Car privé d'un Léthé, nul oubli, nulle absence !

Dansez après l’enfer, effacez les horreurs,
Puisque Vulcain stocke des armes dans ses forges,
Pour répandre en tous lieux un brasier dévoreur,
La rancœur du vaincu dont dont le monde regorge.

Dansez après la guerre ! © Mapomme

mardi 29 juillet 2025

Élégies. Ne pas croquer le fruit

Ève et Adam, suivez la voix de la raison
E
n ne croquant jamais sans précautions la pomme !
Cueillez déjà le fruit à la bonne saison
Et il faut l’éplucher avec un économe.

Vous n’êtes pas savants pour percer le danger,
Sans déguster le fruit offrant la Connaissance :
D
e là naîtra la science qui viendra tout changer,
Servant aveuglément l’immodérée croissance.

En croquant dans les fruits, on commet une erreur,
Non point pour l’interdit, mais pour sauver nos vies :
L
a science est pervertie et produit des horreurs,
Quand l’industrie commande et se trouve servie.

Pour produire bien plus, on traite à fond les fruits
Et leur peau est bourrée de produits qui nous tuent ;
Qu’avez-vous fait, ce jour, car vous avez détruit
Toute l’humanité qui se verra foutue ?

Insectes comme oiseaux, morflent pareillement
Et tous leurs prédateurs passeront à la trappe ;
Tout ça pour espérer un émerveillement,
Qui conduit au chaos, dès que tout nous échappe !


Ne pas croquer le fruit © Mapomme
D'après Suzanne Valadon

lundi 28 juillet 2025

Élégies. Les plus odieux commerces

Sur la planète ont lieu les plus odieux commerces
Qui jadis existaient à un moindre échelon,
Mais les prix s’envolant, un fol attrait s’exerce
Et on trouve l’ivoire en des cossus salons.

Les forêts pour le bois, les sous-sols, le pétrole,
La pêche industrielle, à la rapacité
Il n’est pas un secteur atteint par la vérole
De l’aveugle profit qui a droit de cité.

On détruit à gogo : plus rare est la matière
Et plus son prix s’envole au cours du marché noir ;
U
ne folle industrie, sur la planète entière,
Semble vouloir mettre la vie sous l’éteignoir.

Le prix de l’interdit s’élève à toute allure
Et gonfle les coffres des riches trafiquants ;
Des cercles du pouvoir nul ne peut les exclure : (1)
On est sans défense comme les éléphants.

Le monde est un bazar, où de rien on décide,
Et où on s’enrichit, sans se salir les mains ;
Nous allons au suicide en n’étant pas lucides
Sans voir sur quoi seront bâtis nos lendemains.


Les plus odieux commerces © Mapomme

(1) Tout transite par des sociétés-écrans et l’argent sort blanc comme neige.

Élégies. Or la fête est finie

Le bal terminé et s’envole une affiche,
Sous le souffle d’un vent
de l’entre chien et loup ;
Sur un banc, désœuvré, caressant ma barbiche,
Je trie les souvenirs d’un passé semblant flou.

Notre énergie décroît, bouffé par une goule :
Le temps, ce fichu temps est un esprit malin,
Aspirant le sang noir des jours morts qui s’écoulent
Et venant, silencieux, à l’instar d’un félin.

Les fêtes ne sont plus aussi réjouissantes,
Dans l’éternel combat de deux générations :
L
a sono assourdit, car beaucoup trop puissante,
Faisant franchir le seuil de l’exténuation.

Pourtant le souvenir légué à la jeunesse
Dans des années fera s’asseoir un traîne-tard,
Regrettant un passé, qu’à nouveau méconnaissent,
Les danseurs dans les rangs des plus vaillants fêtards.

Sous les astres constants, les drames et les joies,
Les guerres et les paix, les caprices du sort,
Se succèdent sans fin, tant les humains merdoient,
Et je songe au passé, vieux pantin sans ressort.


Or la fête est finie © Mapomme