lundi 10 février 2025

Élégies. Sur les ruines fumantes

Dressons de hauts buildings sur les ruines fumantes
Où gisent tant de corps sous le poids du béton
En raison d’un massacre et de haines démentes,
Pour tout le sang versé que, las, nous acceptons !

V
oyez ce champ d’horreur où des survivants fouillent,
Cherchant des ossements pour honorer les morts !
D’
autres, durant ce temps, se fichant des dépouilles,
Songent à des profits, sans l’ombre d’un remords.

Voyez ces bâtiments écrasés par des bombes,
Sans que n’aient pu s’enfuir les pauvres habitants !
Un beau jour auront-ils une plus digne tombe,
Avant Mar-a-Gaza nullement rémittent ?

Les morts, les pauvres morts, dans l’infinie nuit froide,
Se fichent du projet de belle Riviera,
Lorsque sous les gravats tremblent leurs restes roides,
Quand alors les profits s’avèrent scélérats.

Deux peuples face-à-face, avec autant de haine,
Ne peuvent effacer le sang et les horreurs.
Comment sortir de là, quand les combats s’enchaînent
Quand règnent les ultras, ivres de leurs erreurs ?


Sur les ruines fumantes © Mapomme

dimanche 9 février 2025

Élégies. Du sommet de l’Olympe

Tremblez, frères humains ! Des neiges olympiennes,
S’abat l’éclair furieux d’un vieillard intriguant.
Zeus voudrait asservir les terres canadiennes,
Se comportant partout comme un fieffé brigand.

Groënland, Colombie, Panama et Mexique :
Ne voulant pas laisser le monde en son entier,
Ce blond grigou ne sait qu’un mot en son lexique,
« 
Taxe ! » pour enrichir tous ses amis rentiers.

Ce Donald, c’est Picsou, mais en beaucoup moins drôle,
Car il ferait partie des affreux Rapetou !
Est-il vraiment méchant ou bien joue-t-il un rôle,
Où du monde il serait le puissant Manitou ?

De l’Olympe il chuta, - sans doute sur la tête -,
Voici quatre ans déjà, avec un grand fracas ;
Or, il est de retour, trop blond pour être honnête,
Rancunier et voulant nous causer des tracas.

Depuis l’Olympe, Zeus nous envoyait la foudre
Comme lui ses décrets, se prenant pour un dieu ;
Au départ dans quatre ans, pourra-t-il se résoudre ?
Prions pour que, sans lui, le futur soit radieux !


Du sommet de l'Olympe © Mapomme
D'après un tableau de Heinrich Friedrich Füger

Élégies. De l’ombre à la lumière

Les talents s’étaient tus, dans les rues miséreuses,
D’un pays replié sur de trompeurs récits,
Où un peuple rêvait de destinée heureuse,
Chantonnant de vieux airs, d’un âge sans souci.

La nuit était tombée sur la belle espérance
Qui nourrit une joie et fait chanter l’amour ;
Espoir ensoleillé d’idées en déshérence,
Renaîtras-tu pour eux au seuil d’un nouveau jour ?

Les vedettes d’antan se languissaient dans l’ombre,
Presqu’oubliées de tous, tels des astres éteints,
Pour avoir trop brillé, mais figurant au nombre
Des invisibles feux de l’espace lointain.

Il suffit quelques fois qu’un projecteur allume
Un regain d’intérêt pour déchirer la nuit,
Ravivant sous nos yeux, des chants sans amertume,
Et l’astre renaissant d’un ultime éclat luit.

Du néant à la vie, de l’ombre à la lumière
Il suffit bien souvent d’un seul et mince pas !
De vieux chanteurs s’offrent, leur dernière première,
Belle supernova, juste avant leur trépas.


De l'ombre à la lumière © Mapomme

Élégies. Défiler pour quoi faire ?

Depuis des décennies, on manifeste en masse,
Combattant l’infamie des simplistes slogans ;
Défiler dans les rues,
l’âme de guerre est lasse,
Malgré de grands tribuns aux discours convaincants.

L’ennemi est malin aux formules subtiles,
Quand nos beaux principes ne voient pas qu’a changé
Le racisme vêtu de termes moins hostiles
Accroissant peu à peu cet éternel danger.

Si l’habit diffère, le corps reste immuable,
Brodé d’un or social, qui scintille au soleil ;
Toujours la même haine, enfouie, inavouable,
Qui suppure d’un post du monstre en faux sommeil.

Des tribuns opposés alimentent la bête,
Ne voulant pas saisir qu’existent bien des maux,
Mais que les remèdes ne valent pas tripettes
Et masquent les discours des partis extrémaux.

Si tout va vraiment bien, madame la Marquise,
Pourquoi défile-t-on, visiblement en vain,
Puisque la bête croît et sa forme est exquise,
Malgré nos principes qui mènent au ravin ?


Défiler pour quoi faire ? © Mapomme

Élégies. Une meute de chiens

Une meute de chiens en furie se disputent
Un os, oui mais quel os : le monde tout entier
Et ses trésors enfouis, seul objet de leur lutte !
D
e leur corps transpire l’or puant des rentiers.

Ils mettent en charpie l’étranger à la horde
Qui voudrait profiter de ces profonds trésors,
Étant leur pré carré, dont jamais ils n’accordent
Un arpent de terrain, seul point sans désaccord.

Car on trouve en creusant la fleur des terres rares,
Un jackpot assuré, objet des appétits
Des pitbulls de Wall Street, ne laissant le moindre are :
Du fou qui s’y hasarde, ils font des confettis.

Leurs yeux exorbités dévorent notre monde
Et, songeant à la suite, ils regardent plus loin :
L
es proches planètes où les trésors abondent,
Puis des mondes lointains dans les moindres recoins !

Riches par leurs efforts, ils excluent de leur cercle
Les friqués en herbe, dont ils brisent les reins ;
Prisonniers d’un bocal scellé par un couvercle,
Ceux-ci les voient piller les plus juteux terrains.


Une meute de chiens © Mapomme
D'après des tableaux de Frans Snyders

samedi 8 février 2025

Élégies. La magie de Chopin

Enfant, j’étais sensible aux morceaux de Chopin,
Que je trouvais empr
eints d’un profond romantisme ;
«
Je préfère Satie ! », disaient certains copains,
«
Moi, Rimski-Korsakov ! », d’autres par éclectisme.

J’aimais les deux nommés, mais à mon spleen vibrant,
L’émotion de Chopin dans ses furias poignantes
Répondait à un cœur, souvent s’enténébrant
De regrets sans raison et d’amours mortifiantes.

Fausse légèreté et virtuosité !
Les trois doigts de gauche jouant la mélodie,
Et pour reste il faut nettement du doigté ;
Scruter les mains rendra toute audience esbaudie.

Mais, plus que la technique
, il y a la passion
Et le Nocturne atteint des sommets indicibles ;
Je me sentais toujours en pleine adéquation
Avec ces grands élans auxquels j’étais sensible.

Étais-je, moi aussi, « né trop tôt ou trop tard »,
Comme l’écrit Verlaine, aux temps de sa Sagesse ?
La musique, à toute âme, est un divin nectar
Instillant en notre être une douce tristesse.

La magie de Chopin © Mapomme

vendredi 7 février 2025

Élégies. Chiens dans un jeu de quilles

Le monde est un bowling où courent des chiens fous,
Disant n’importe quoi et renversant les quilles ;
Ils veulent imposer au monde l’affreux joug
Des cousus d’or ruinant les peuples en guenilles.

N’ayant cure que d’eux, ils font n’importe quoi
Et n’ont honte de rien tant ils règnent avides ;
Pourquoi s’embarrasser des essentielles lois,
Seulement respectées par le commun stupide ?

Q
ue s’écroulent les temples, que ces fourbes dévots
Méprisent à coup sûr, pour bâtir un empire !
Q
u’importe qu’on envoie l’espoir au caniveau
Et que sur le trottoir tant de camés expirent !

I
l suffit aux chiens fous d’avoir plus de pognon,
Quand valsent les futurs comme de simples quilles ;
Les malheurs des pauvres ne sont pas leurs oignons
Car, lorsqu’on fait du bois, giclent bien des esquilles.

On engloutit le monde à coups d’amples butins,
Et toute honte bue, grimpe, grimpe la Bourse :
D
élivrez-nous des chiens qu’enfantent des scrutins,
Qui mettent le boxon en pillant nos ressources !


Chiens dans un jeu de quilles © Mapomme