jeudi 12 décembre 2024

Élégies. Dans une ultime étreinte

Dans un sableux calcaire, à l’aide d’une bêche,
Creusez une fosse avec application !
Ensuite, contrôlez que la terre est bien sèche,
De la sorte assurant notre dessiccation.

Cette fosse est un lit dont les draps sont de terre
,
Recouverts de pierres, arrêtant les vautours ;
Au fond de ces draps froids, posés tel un mystère,
Face à face, nos corps montreraient leur amour.

Un brin d’éternité dans une ultime étreinte,
En vue de signifier l’ampleur de la passion
Dans la fosse laissant à jamais son empreinte :
Tant pis s’il en naissait quelque réprobation !

S
i macabre est l’étreinte, elle est cependant vraie,
Ayant le mérite de déjouer les ans,
Sans doute par milliers et, si la Mort effraie,
La partager à deux sera bien plus plaisant.

Demeurons enlacés, comme sur notre couche
,
Deux amants inconnus, squelettes singuliers,
Dont l’ultime étreinte, par sa tendresse touche
Et proclame à jamais l’amour qui nous a liés.


Dans une ultime étreinte © Mapomme
D'après une photo de Dagmar Hollmann (amoureux de Mantoue)

mercredi 11 décembre 2024

Élégies. Dans un jardin d’orties

Sortant de l’enfance, j’étais mal dans ma peau,
Tel un manchot perdu hors des froides banquises ;
On ne se sent pas beau tant qu’on reste puceau,
L’époque n’étant pas libérée et exquise.

Un flirt se révélait un vrai Annapurna,
Un lieu inexpugnable, un b
ut inaccessible ;
Comment y parvenir sans l’aide d’un sherpa,
Lorsque l’impéritie rend la chose impossible ?

Avec moi qui voudrait rallier cette hauteur
En ces temps empesés de pensées religieuses ?
Depuis peu, les filles, aux charmes envoûteurs,
Propageaient dans nos cœurs des pulsions contagieuses.

À
confesse, jamais on n’avoue ses tourments,
Que des écarts véniels, si on va à la messe ;
Que de désirs, pourtant, en nos âmes germant,
Qui n’aboutissent pas à de douces promesses !

Sur la vie, toutefois, un regard féminin
Enrichit la pensée et nous est nécessaire :
Mais nous taraude un mal qui n’a rien de bénin,
Dont le venin puissant en notre âme s’insère.


Dans un jardin d'orties © Mapomme

mardi 10 décembre 2024

Élégies. Assemblée sans horloge

Fêtes de fin d’année, vous passez bien trop vite !
Votre
arôme s’enfuit sitôt qu’on l’a humé
Et que dans les esprits l’obscur oubli s’invite,
Effaçant à jamais son bouquet parfumé.

On voudrait des fêtes belles et éternelles
,
Où règne la gaieté, la concorde et l’union ;
Une assemblée des dieux riante et fraternelle,
Que ne divisent pas les maintes opinions.

Notre vieil ennemi attend que l’heure sonne
Au carillon fatal, charognard voletant ;
Il nous veut en ses rets et s’il ne prend personne,
Qui donc a tout son temps, sinon le maître Temps ?

H
eures, carillonnez, votre approche fatale,
Tandis que l’assemblée savoure son repas !
Les mets ne la fuient pas, comme ils fuyaient Tantale,
Et elle s’en délecte, au mépris du trépas.

Fêtes, revenez-nous
, en toutes circonstances,
Pour mieux narguer l’horloge et son lourd carillon !
Aux onze heures sonnées, je chanterai ces stances,
Pour ne pas avaler leur funeste bouillon.


Assemblée sans horloge © Mapomme

Élégies. Une vie de javas

Sur un air de java, les revoilà qui dansent
Et à table on sourit de l’air de déjà-vu ;
Dans la fusion des corps chaloupant en cadence,
En pas et contre-pas, ils domptent l’imprévu.

Que de javas vécues sans se bourrer la gueule
,
Danser sérieusement et rire à tout instant !
Si dans les alcools forts, l’âme triste s’esseule
Dans la java, l’esprit s’enivre à contre-temps.

Horloge ! dieu funeste,
j’ai ôté tes aiguilles
Pour que ces deux danseurs puissent à tous les bals
Remettre un pas de deux, remuer les gambilles
Et se gausser du Temps qui leur est bien égal !

B
ien sûr, viendra l’hiver et ses sombres nuées,
Mais le printemps survit dans les cœurs des danseurs ;
Ces deux-là se chopent quelques bonnes suées
Chassant les tristes mois des frimas offenseurs.

Que d’heures sont passées sur la piste de danse
,
À ravir leur esprit, même quand rien ne va :
Le bal est un cadeau que fait la Providence
Qui permet de mener une vie de javas.


Une vie de javas © Mapomme

lundi 9 décembre 2024

Élégies. Demain sera-t-il mieux ?

On s’embarque, un beau jour, sur les flots incertains,
Pour une traversée, en dépit de l’écume
Et des creux très profonds menaçant nos destins ;
Sl’abysse est sombre, nos mirettes s’allument


D’une folle espérance, où plongeant dans les creux
,
Nous vaincrons les périls, vers des terres sublimes ;
N’envisageons jamais les dangers désastreux
D’un naufrage soudain nous offrant à l’abîme.

Certes, ça secouera
, au sein de l’ouragan,
Quand notre volonté percevra ses limites :
L’esprit, en cet instant quelque peu divaguant,
Sent qu’un effroi profond le submerge et l’habite.

Affrontant l’océan, intraitable et brutal
,
Qui espéra de lui une infime clémence ?
Livré à son courroux, on le prévoit fatal,
Car de Neptune on sait l’extrême véhémence.

Puis soudain tout se calme : le danger est passé,
Sans qu’on sache pourquoi l’ouragan nous épargne ;
Paisibles sont les flots, le tumulte effacé :
Demain sera-t-il mieux, sans affronter leur hargne ?


Demain sera-t-il mieux © Mapomme

dimanche 8 décembre 2024

Élégies. Les traqueurs de damnés

Nulle crainte de Dieu ne nous rendra meilleurs,
Car ce sont nos actes qui influent sur les vies
Des gens que nous croisons ; nulle sainte frayeur
Ne verse lait et miel sur nos âmes ravies.

Si Dieu inspirait tout ce qui se fait de bien
,
Quel mérite aurait-on, privé de libre arbitre ?
Il n’est pas de vertu dans les choix quotidiens,
Si en nulle occasion on n’a voix au chapitre.

Dans les tableaux anciens, on voit plein de démons
Qui châtient sans pitié les défunts pour leurs crimes :
Les statues et reliefs, mieux que de grands sermons,
Montraient le châtiment pour nos fautes intimes.

Il nous faudra lutter contre l’affreux penchant
Qui pousse à tout résoudre par le biais d’une guerre ;
Mais, par la discussion, tous les conflits tranchant,
On cherchera la paix et non l’action vulgaire.

En
chacun, le volcan se trouve ranimé,
Si l’on n’y prend garde et qu’on s’y abandonne ;
Surveillant, des hauteurs, qui vient s’y abîmer,
Les traqueurs de damnés jamais rien ne pardonnent.

Les traqueurs de damnés © Mapomme

samedi 7 décembre 2024

Élégies. Un chef-d’œuvre caché

Il est des chefs-d’œuvre qui restent méconnus,
Recouverts par du plomb, à jamais non visibles ;
Des trésors égyptiens sont ainsi maintenus
À l’abri des regards dans leur repos paisible.

Or c
e plomb protège la complexe forêt
De chênes équarris en usant de doloires ;
On croit que ce savoir lentement disparaît,
Mais tous les Compagnons taillent à lune noire.

Bien des corps de métiers, dans tous les arts anciens
,
Conservent la mémoire du bon, du bel ouvrage ;
Nombre d’entre eux sont nés aux temps des Cisterciens
Et malgré l’industrie n’ont jamais fait naufrage.

L
es bois s’entremêlent et forment un réseau
De chênes équarris en l’immense charpente ;
Des siècles demeurant sans voir un seul oiseau,
La forêt a perçu des échos des tourmentes.

Un soir, elle périt sans qu’on sache pourquoi
Et il fallut un an pour sauver l’édifice ;
Sans arrêt travaillant, malgré des gens narquois,
Ils ont enfin brisé cet ardent maléfice.


Un chef-d'œuvre caché © Mapomme