lundi 4 juillet 2022

Amères Chroniques. Des monuments aux morts dont on fait des canons

Nos places sont fleuries de monuments aux morts
Faits d’un bronze de gloire et sans le sang qu’on verse 
De mère offrant leur fils sans l’ombre d’un remords
Pour étoffer les rangs que l’ennemi transperce.

Nulle chair laminée pas un morceau de corps
Pas de gueules tordues que la douleur traverse
Qui souilleraient l’éclat de l’idéal décor
Vantant l’immolation dont l’État fait commerce.

Que de corps ont nourri tous les champs défoncés
Par le soc des obus déchaînant un orage
Qu’aucun des monuments n’a osé dénoncer !

Où sont représentés sous le feu et la rage
Les cadavres figés dans la neige engoncés
Des guerres révélant les éternels outrages ?

Les cadavres figés © Mapomme
D'après une photo nb anonyme

samedi 2 juillet 2022

Élégies. De la morne unité à l’ennui monochrome

Chérissons nos langues presque sauvées pour l’heure :
Un oukase soudain pourrait les menacer
Que ce soit par des arts dont l’influence affleure
Chez des jeunes doutant qu’on risque d’effacer

Un patrimoine ancien que des révoltés pleurent.
Les régions ont aussi dans le proche passé
Des souvenirs de classe où l’enseignant apeure
Les enfants aux parlers qu’on voulait pourchasser.

La mémoire des temps dont on bannit les traces
Par un long linguicide ourdi par un pouvoir
Supprime du présent un passé qu’on terrasse.

Sur la tour de Babel on se fait un devoir
De parler d’une voix dont on nous fait la grâce
Car l'Etat jacobin ne veut qu'un seul savoir.

Babone Roccu è Dumenicu (1943) © Mapomme
D'après une photo nb d'un petit parent et un grand ami

vendredi 1 juillet 2022

Élégies. Un jour fait d’imprévus

Chaque soleil éclaire un jour fait d’imprévus
Aléas échappant au plan qui le modèle
Adjoignant poivre et sel aux moments dépourvus
De saveurs inconnues et de battements d’ailes.

Or l’esprit déteste ce saut dans l’inconnu
Quand le cœur vénère dîner à la chandelle
Sans électricité et trouver au menu
À défaut de poulet un plat de fricandelle.

J’ai jeté les plannings et les destins étroits 
Les bonheurs tout tracés et les plans de carrière
Où maussades les jours sont des chemins de croix.

Quelle joie de sauter par-dessus la barrière
De faire du hors-piste et goûter son effroi
Ou bien de savourer l'éclat d'une clairière.

Un jour fait d'imprévus © Mapomme

jeudi 30 juin 2022

Élégies. L’ancestral châtaignier

Au flanc de la colline demeurée verdoyante ;
Loin de ses racines - trésor providentiel -
Dormait la profonde eau d’une crypte ondoyante.

Les ramées d’émeraude habit cérémoniel
Appelaient une ondée hélas toujours fuyante ;
La foule viride des fidèles véniels
Buissonnait du respect des ferveurs non bruyantes.

Le châtaignier vivait dans le calme torrent
De siècles qu’il jaugeait chacun pour vingt années
De ma vie dérisoire - ô fugace ignorant !

J’allais le visiter pauvre âme condamnée
Ainsi qu’on va l’été voir un proche parent
Comme il est de coutume en Méditerranée.

N’étant que de passage en ce monde effarant
Je ne venais glaner qu'une paix surannée.

L'ancestral châtaignier © Mapomme

Élégies. L’abandon du limon livré à la paresse

À Marian Diamond

Nombreux sont les jardins négligés par langueur
Dont on plaint l’abandon avec grande amertume ;
La mauvaise herbe croît et pompe la vigueur
Des arbres nourriciers et carrés de légumes.

En n’entend plus jamais le geai au chant moqueur
Qui picorait les baies mais fuyait les agrumes ;
Ce chaos végétal connaît plusieurs vainqueurs
Des ronces au chiendent sur un ordre posthume.

Il est d’autres jardins laissés à l’abandon
Qu’on ne veut cultiver et maintenir en forme
Irrigués par la joie qui chasse le bourdon.

Les outrages du temps sont un vrai chloroforme
Mais un esprit curieux est frais comme un gardon
Et accroîtra l’essor d'une mémoire énorme.

Il faut cultiver son jardin © Mapomme
Avec l'aide de Sebastiaen Vrancx

mardi 28 juin 2022

Élégies. Les grandes espérances

Enfant je me voyais poète ou écrivain
Et ce penchant s’accrût durant l’adolescence
Bien qu’on voulût montrer qu’un parcours aussi vain
S’éloignait des espoirs fondés à ma naissance.

Puis je formais le vœu nourri d’une autre faim
D’être préhistorien et d’autres réticences
Dressant l’autodafé de mes espoirs défunts
Freinaient ma vocation réduite à l’impuissance.

Depuis j’ai constaté que parfois des veinards
Se trouvaient soutenus par le cercle des proches
Pouvant tenter leur chance en pères peinards.

De quel droit les autres à leurs rêves s’accrochent
Pour venir imposer un très mauvais scénar
Et sur l'artiste en herbe épandre leurs reproches ?

Les grandes espérances © Mapomme
D'après Masaccio

lundi 27 juin 2022

Amères Chroniques. Les apprentis sorciers de la philanthropie

On peut s’interroger si la philanthropie
Des vastes capitaux mis dans des fondations
Vue comme gracieuse du fait d’une myopie
N’exerce en ses dollars la pire sédation.

Gates avec Buffet aux intentions tapies
Sous des airs patelins semblent pris de passion
Pour l’Afrique à sauver qui suit leurs thérapies ;
Le berceau est leur champ d’expérimentation.

Du manioc O.G.M. à des nouveaux moustiques
Les apprentis sorciers libèrent des ballets
D’insectes transformés en vrai bug génétique.

Mais comment rattraper sans le moindre délai
Des erreurs qui ne sont pas d’ordre informatique ?
Il n'est nul magicien pour stopper les balais.

Les apprentis sorciers © Mapomme
Avec un costume de Disney