samedi 28 mai 2016

Sonnets. Dans les plaines vides de sens

On s’échine à chasser nos obscures pensées
Taillant l’herbe folle de désirs insoumis
Traçant des chemins droits sans courbes insensées
Les galbes ébauchant des élans ennemis

Au bull nous entamons la jungle inexplorée
Car les fruits sauvages des esprits sont bannis
Une plate étendue vierge donc déflorée
Voilà le morne aspect d’un destin aplani

Nous discernons les monts lointains et enneigés
Cet empire interdit des dieux des temps antiques
Dont le pouvoir païen par nous fut abrégé

L’herbe repousse hélas nos souhaits extatiques
D’un vœu de sainteté toujours désagrégé
Nous chassons sans cesse des ardeurs sabbatiques
 
Dans les plaines vides de sens © Mapomme 


Sonnets. Jours de relâche

Une canne oubliée un fauteuil inoccupé
Les doubles volets clos et la télé muette
L’image pieuse au pied d’Éros en statuette
Un vieux meuble qui craque dont l’écho vient duper

La mémoire qui sait que le temps vient happer
Les récits d’un Antan où les joies la tempête
Pétrissaient les destins sans tambour ni trompettes
Dans l’argile des espoirs comblés ou bien râpés

Les chansons se sont tues près du vieux canapé
Vestiges mémoriels des soirs dansants des fêtes
Ces phares qui brillaient dans la nuit des défaites

À la porte d’entrée en vain on peut frapper
Les trois coups du début de la farce imparfaite
Vides sont les fauteuils de poussière drapés
 
 Jours de relâche © Mapomme

mardi 24 mai 2016

Sonnets. Camera obscura

Photo du temps perdu d’un beau jour de printemps
Quand rire était aisé sous un ciel sans nuages
Dans le T-shirt lapis qu’alors tu aimais tant
Délavé car tout s’use et on en perd l’usage

Je ne retrouve plus ce fragment d’un instant
Et je le cherche en vain dans mes sacs de voyage
Vers l’amer va le temps avec lui emportant
Tout ce qu’on a aimé nos beaux livres d’images

Qu’on a gravés à l’encre en couleur dans nos cœurs
Couleurs gaies de l’espoir que l’averse délave
D’une ondée adverse dispersant le marqueur

Dans le miroir de nuit on demeure l’esclave
De la photo perdue d’un bel avril menteur
Oubliée dans l’octobre humide d’une cave
 
Camera obscura © Mapomme 

samedi 21 mai 2016

Sonnets. Au rythme doux des vagues

Son corps pâle se cabre au rythme doux des vagues
Vagues de désir vague et des langueurs d’ailleurs
Des îles et des cieux sans horloge de Prague  
Sous les vents caressant des lendemains meilleurs

Ses yeux clos sous les flots vers les tropiques vaquent
Au gré de son esprit affranchi des frayeurs
Elle a quitté le nid et ses sombres cloaques
Pour suivre enfin le fil d’un instinct vadrouilleur

Par-delà la frontière emprisonnant les rêves
Des humains enchaînés sous l’obscur plomb du ciel
Pleurant l’or des soleils et la blancheur des grèves

Elle a laissé enfin les feux artificiels
Dans les flots libérée dansant avec les algues
Son corps pâle se cabre au rythme doux des vagues
 
Dansant avec les algues © Mapomme 


dimanche 1 mai 2016

Les 30 calamiteuses. Mortelles Tropiques

Le monde indifférent gronde de ses fureurs
Tandis qu’en nos prés verts la quiétude on savoure
Ici nos seuls combats se livrent sans horreur
Défendant un acquis avec peu de bravoure

Ailleurs rien n’est acquis sans ordre et liberté
Car les armes dictent leurs décrets sanguinaires
Depuis l’arc ancestral jusqu’au flingue importé
Ivres semeurs de mort depuis des millénaires  

On s’émeut au J.T. d’un quartier en pétard
Pour des autos brûlées pour des vitres brisées
Puis on passe au dessert car on est en retard
Insensible aux listes de mort banalisée

Les échos du canon ne nous parviennent pas
La guerre est si lointaine et donc peu inquiétante
Pas de quoi s’émouvoir ni gâcher nos repas
La vie ne vaut rien dans ces zones fourmillantes

Un gamin est tombé la face contre terre
Un PK à la main c’est la faute aux affaires
Un gamin est tombé loin des réseaux sociaux
Il n’a pas lu Voltaire il n’a pas lu Rousseau
 
Mortelles Tropiques © Mapomme 

samedi 30 avril 2016

Rimes de saison. Méditations de la tortue

Le fil de la pensée en ce monde agité
Dans les transports publics rend les rêves communs 
Les décors défilent pied au plancher comme un
Tableau abstrait tournant avec vélocité

Je marche chaque jour promeneur nonchalant
Spectateur assidu des changements infimes
De la nature mouvante et je trouve sublime
La feuille de chêne sur sa branche tremblant 

Au pas de la tortue je forge des images
Bouquets de mots sertis en des tons assortis
Taiseux dans le calme flâneur introverti
Perscrutant une idée sans cesse en braconnage

En lézard au soleil la lenteur m’avantage
Et l’empressé stressé passe à tombeaux ouverts
En loupant l’épervier partant du chêne vert
Les feuilles frissonnant tout près de l’ermitage

Le pas offre le temps de la méditation
À la tortue qui sort un jour de sa coquille
Et qui se carapate au milieu des jonquilles
Le pas exorcise l’emprise des passions
 
 Méditations de la tortue © Mapomme

samedi 23 avril 2016

Rimes de saison. Élévation

L’épervier s’élance dans l’air l’aile pesante
Avant de rejoindre l’azur immaculé
Comme lui le rêve s'escrime à décoller
Puis gonfle ses voiles vers les cimes grisantes

Où soufflent les brises fraîches et parfumées
Exhalées des rives de benjoin de santal
Tandis que s’étale  de verre et de métal
La ville aux tristes rues lits des vies embrumées  

Loin sous nos corps légers en pieuvre minuscule
Dont les tentacules ne peuvent menacer
Celui qui vers l’Éther aura pu s’élancer
Pour voir l’ersatz de vie aux désirs ridicules

Et ainsi a saisi l’irraison qui régit
Le navrant quotidien sans espoir de navire
Pour apaiser le spleen qui dans nos têtes vire
Sans horizon nouveau que le soleil rougit

Mais comme l’épervier laisse l’apesanteur
Le rêve s’interrompt et sur le sol se pose
Abandonnant l’ivresse et nos cœurs se nécrosent
Oubliant de l’ambre l’inégalée senteur
 
Élévation © Mapomme