lundi 30 septembre 2013

Sonnets. La fin d’un temps

Le roi au bas du trône a perdu sa couronne
Sans prêtre est la cité sans maître est la maison
Et le temple agité tremble sur ses colonnes

Le pays vit soumis aux hommes sans raison
Le fruit pourrit sur l’arbre et le tocsin résonne
Les eaux vont dans les champs bien avant la saison

Le ciel est envahi d’un voile épais et sombre
Les sujets dans les rues errent abandonnés
On entend la rumeur des insubordonnés
Pillant violant tuant ne laissant que décombres 

Le pays tout entier succombe sous le nombre
Et l’ami de jadis se trouve soupçonné
Par l’appétit du gain l’ordre est désarçonné     
Car depuis trop longtemps nous vivons dans son ombre
 APOCALYPSE © Mapomme

Sonnets. Cassandre

Je suis le spectre errant d’orient jusqu’au ponant
L’épouse vierge hélas sauvée du temple en flammes
Quand le roi Ménélas put retrouver sa femme
Et quand je découvris Mycènes frissonnant

J’avais déjà prédit tous les malheurs troyens
Mais un funeste sort fit que les citoyens
Rirent de mes propos cependant prophétiques

Depuis je vais en vain par le monde étonnant
En tous lieux je préviens les assemblées d’un drame
Or nul ne veut savoir l’avenir qui se trame
Se fiant trop à la science aux savants grisonnants 

La voix de la Raison est quasi hérétique
Chacun la réfutant de façon frénétique
Et croyant voir surgir un ultime moyen
 Cassandre © Mapomme

dimanche 29 septembre 2013

Sonnets. Le soleil de minuit

Un soir que je dormais sur le divan bordeaux
Sans avoir pu poser un recueil poétique
Elle m’est apparue en vierge japhétique
Pour libérer mon cœur de cet ancien fardeau

Le front ceint d’un diadème aux ornements floraux
Me fixant sans un mot en muse prophétique
Elle extirpa soudain le passé pathétique
Au vent se dissipant dès les feux auroraux

Je revois ses cheveux aussi noirs que l’ébène
Et ses yeux envoûtants tels des gouffres profonds
Mais j’ai perdu ses traits dans la rumeur urbaine

Les fous cherchaient jadis chimères et griffons 
Sur mon divan j’attends une semblable aubaine
Or l’Idéal renie les rêves des bouffons      
Apparition © Mapomme

vendredi 27 septembre 2013

Sonnets. Sans solides liquidités


J’ai omis la photo dans un tiroir je crois
Dans le tiroir d’un mot ou bien d’un secrétaire
Fait dans un bois coupé tout au bout de la terre
Et qu’un vieil ébéniste de son travail adroit

A fait voici un siècle ou deux ou même trois
Je l’avais acheté chez un vil antiquaire
Malgré des finances que je dirais précaires
Il dort dans un dépôt assez sombre et étroit

La roue de la Fortune hélas monte et descend
Comme roue d’un moulin et comme la roulette
Si bien qu’on voit surgir des huissiers trop pressants

Déboulant un matin avec une mallette
Aussitôt leurs actes sont assez saisissants
Plus qu’un vieux meuble en bois la photo je regrette

Secrétaire © Mapomme

jeudi 26 septembre 2013

Sonnets. Veilleur de nuit

Je suis le veilleur de nuit
Guettant dans l’ombre sans bruit

Certains insomniaques ont tant peur de la mort
Qu’ils ne croient pas revoir l’aurore
Aux premiers feux du jour trouvant le cataphore
Tel un marin touchant au port

Le soleil verse l’ennui
Et tous nos rêves détruit

Tolérable est ce monde sitôt qu’il s’endort
Et j’aime alors ce qu’on abhorre
Je fuis les infusions des fourbes passiflores
L’obscur délivre un réconfort


Je vis quand la lune luit
Impassible et spectral fruit    

Veilleur de nuit © Mapomme

mercredi 25 septembre 2013

Sonnets. Cloche-pied

À cloche-pied j’ai emprunté
Le vieux sentier loin des écoles
L’esprit entier sans m’absinther
Sans un cahier sans pont d’Arcole

Le vert papier vient esquinter
Toute amitié et je décolle
Des beaux quartiers d’or trop teintés
Des tours d’acier sans protocole

 Hors du guêpier où j’ai pointé
Peu volontiers tout picrochole
Où sans pitié vous m’éreintez
Sans me soucier je caracole


Et l’âme enfin décontractée
Je m’en vais par la Voie Lactée

 Cloche-pied © Mapomme

mardi 24 septembre 2013

Sonnets. Larguons les amarres

Marins hissez la voile et remontez donc l’ancre
Dans le brouillard épais de vos mauvais tabacs
Vite garçon viens-t’en sonner le branle-bas
Car ce havre sans paix nous ronge tel un chancre

C’est un périple fou qu’il nous faut entreprendre
Sur l’océan d’encre pour l’ultime combat
Lassés de retrouver un triste et froid grabat
Où nulle étreinte amie ne vient plus nous attendre

Grimpez tous à la vergue et déployons les voiles
Sur les flots déchaînés naviguons et cherchons
Tout au fond d’un godet quelque cendre d’étoile

Sur le mat de beaupré tous à califourchon 
Défions l’ennui des jours et l’aileron du squale
Bourlinguons plein large et fi des coups de torchon    

 Vogue la galère © Mapomme