lundi 4 novembre 2024

Élégies. Excès de liberté

 On confond trop souvent liberté et excès,
Puisqu’on use à l'envi de violentes diatribes ;
Dans d’acides venins, lors des constants procès,
Trempent leur calame les vitupérants scribes.

Ils invoquent la rage, onguent miraculeux
Qui sauve sans faillir la liberté précaire
Que met en grand danger un monstre crapuleux,
Qui est de la nation le plus grand adversaire.

Jadis on affrontait un simple concurrent
Et non un ennemi qui vers le précipice
Pourrait nous expédier par un sort fulgurant,
Le verdict des urnes lui devenant propice.

Alors, chaque scrutin
se montrant capital,
On harangue, on désigne une avérée menace,
Car il faudra livrer un corps à corps vital
Pour repousser encor cet abîme tenace.

Aussi on se permet tous les excès verbaux,
En vue de remporter ce grand enjeu ultime
Divisant la nation qui s’en va en lambeaux,
Quand amis et parents sont l’ennemi intime.

Excès de liberté © Mapomme

dimanche 3 novembre 2024

Élégies. Nous instiller la peur

Des prophètes nouveaux d’une extinction de masse,
Sans erreur, prédisent les tourments à venir,
Mais peignent un monde qui fait croître l’angoisse,
Un cauchemar naissant qui viendrait nous punir.

Les symptômes sont clairs, les causes évidentes,
Car on voit qu’amplement s’altère le climat ;
Si les maux sont patents, la querelle est ardente
Entre ceux qui prient un deus ex machina

Et les furieux prônant l’amputation sévère ;
Les premiers exhortent à faire des efforts,
Alors que, radicaux, quelques autres préfèrent
Trancher jambes et bras pour que vive le corps.

Ces orphelins de Marx
, prêchent la décroissance
Et, sous leur habit vert, ont un rouge drapeau ;
Les sanglants idéaux y voient leur renaissance
Et au Grand Capital voudraient faire la peau.

Je crois plus aux premiers chassant le
gaspillage,
Recyclant et chassant la surconsommation ;
Cherchant le bien commun, je vais dans leur sillage,
Car les seconds n’auront aucune compassion.


Nous instiller la peur © Mapomme

samedi 2 novembre 2024

Élégies. Une ombre immatérielle

Un être, presque un spectre, exhume un souvenir,
Enfoui au plus profond des limbes mémorielles ;
De ce passé défunt on voudrait s’abstenir,
Mais demeure un parfum, une ombre immatérielle.

Jadis n’était-il pas un impromptu fumeux,
La légende embellie d’un moment ordinaire ?
Un souvenir comporte quelques aspects brumeux
Qu’on tisse d’un récit né de l’imaginaire.

Il nous faut esquisser un inexact roman
Qui paraît expliquer tout ce qui nous échappe ;
Or rien n’est rationnel, car on ne sait comment
Un autre réagit quand un malheur le frappe.

Étant aussi taiseux que ceux nous croisons,
Sont tus bien des secrets qui consument les êtres,
Agissant sur leur cœur tel un sournois poison,
Quelque honte héritée des actes d’un ancêtre.

De fallacieux récits est tissé chaque esprit,
Puisque nous colmatons leurs secrets légitimes,
Pour chaque fait restant à ce jour incompris,
En prêtant aux autres nos réactions intimes.

Une ombre immatérielle © Mapomme

dimanche 27 octobre 2024

Élégies. Tyrans et justiciers

Dictateurs du passé aux mains rougies de sang,
Un jour vous finirez d’une façon horrible,
À la foule livrés, sans un procès décent,
Sans juger vos crimes, enfin passés au crible !

Exposés à la foule, aux crachats, aux jurons,
Aux pires insultes, aux infamants outrages,
Vos corps morts recevant des coups de ceinturons,
Vous verrez les faibles simuler le courage.

Si puissants qu’ils fussent, les tyrans absolus
Sont trahis un beau jour, quand leur féroce étreinte
Vient à se desserrer, qu’un proche est résolu,
Pour épargner sa peau, à les trahir sans crainte.

Quant aux grands généraux qui vivent dans la peur
Du retour d’un régime, ils sentent un obstacle
Dans un atermoiement vécu avec stupeur,
Rompus à statuer sans heurt dans un cénacle.

L’inverse du pire n’est hélas pas le mieux,
Mais aussi un excès qui mène à la révolte ;
Le mieux se situera dans le juste milieu :
En semant la terreur, la fureur on récolte !

Tyrans et justiciers © Mapomme
D'après une photo de la libération de l'Italie

Élégies. Cultiver son jardin

« Dieu seul est victorieux », lit-on à l’Alhambra,
Où les mots sont bien plus qu’une simple écriture :
Cette devise y est un récurrent mantra
Qui moque les hommes, sans nulle fioriture.

Dans les sanglants combats, seul est vaincu l’humain,
Dont l’appétit furieux est source de défaite
Pour avoir désiré quitter le droit chemin
De la paix d’un jardin qu’une âme pure fête.

On aurait pu bâtir des grands murs à l’envi
Et vider les caisses pour prévenir les guerres ;
On a fait des jardins dont se trouvent ravis
Le regard et le cœur, mais pas l’instinct vulgaire.

Tant d’ambitieux tyrans vinrent semer la mort,
Telle une peste noire en tous les points du monde,
Et leur horde a tué tant de vies sans remords :
Leur but mène au gouffre que nul esprit ne sonde.

Les grands leaders cinglés, haranguant en tous lieux
Une foule exaltée, ne sèment que la haine :
N’accordons de crédit qu’aux génies merveilleux,
Les tyrans n'ayant droit qu'au feu de la géhenne.


Cultiver son jardin © Mapomme

samedi 26 octobre 2024

Élégies. Secrets confiés aux vents

En ces lieux dominant les rumeurs de la ville,
Elle avait dû confier tous ses secrets aux vents ;
Ils les avaient portés loin des humains serviles,
Vers l’abysse mutique, en la mer du levant.

J’aurais aimé savoir quel éprouvant mystère
Torturait son âme et voilait son regard ;
Il est tant d’embarras qui poussent à se taire
Et à qui les confier, car les gens sont languards ?

De l’insondable puits, dont l’onde semble obscure,
Jamais la Vérité n’avait pu émerger ;
Des silences abscons quelque gêne procurent,
Nous chassant à jamais du primordial verger.

On aimerait trouver la clé de ce mal-être
,
Pour chasser tous les maux opprimant cet esprit ;
Est-ce qu’un spleen cruel s’en est rendu le maître
Qu’il faudrait renverser et chasser à tout prix ?

M
ais de nos vains égards se rit l’affreux silence
Car les printemps naissants montreront trop d’ardeur  ;
L’inopportun élan pesait dans la balance,
Et notre perception manquait de profondeur.


Secrets confiés aux vents © Mapomme

Élégies. Éloge de la folie

On traitera de fous ceux qui, sans imposture,
Livrent leur opinion, quitte à être irritants :
Dans ce cas, je suis fou, car ma désinvolture
Vient d’un besoin profond, drôle et irrémittent

D’
énoncer ma pensée, sous forme de boutades,
Tissée de vérité brodée de calembours ;
La victime est choquée par ma folle incartade,
Sans pouvoir m’adresser de saillie en retour.

La folie possède ce divin privilège
D’épargner au cinglé la peine du talion ;
Toute lucidité s’avère sacrilège,
Qu’on traite d’ineptie plus que de rébellion.

Le fou est donc perçu comme un simple malade
,
Qu’il convient de soigner de son mauvais humour :
Jadis on prêtait bien à toutes ses bravades
Un démoniaque aspect qu’on n’a plus de nos jours.

L’humour irréfléchi sert la caricature
Et permet d’être vu en dingue impénitent ;
La critique est ainsi ornée de fioritures,
Afin qu’un pauvre nain taquine les titans.

Eloge de la folie © Mapomme