jeudi 13 juillet 2023

Sonnets sertis. Le glorieux déshonneur

Aux rebelles faussement conformistes

J’étais d’un naturel calme et plutôt soumis
Et rien ne me poussait enfant à la révolte.

Comment ce naturel soudain se dissipa ?
Je ne saurais le dire avec quelque assurance.
Tout naquit du refus de demeurer sympa
Et d’obéir à l’ordre injuste en apparence.

C’est au collège un pion qui marqua le trépas
De l’enfant qui apprit la désobéissance
Refusant la sanction et le mea culpa
Pour la faute inventée qui lui donna naissance.

J’appris à l’occasion le souverain plaisir
De ne pas accepter un pouvoir arbitraire
Fut-il d’un homme aigri frustré dans ses désirs

De peser ici-bas face à un sort contraire.
J’avais touché du doigt le pouvoir de choisir
Hors du troupeau payant le droit de m’en soustraire.

Je ne moissonnais pas à coups de compromis
Des médailles d'ivraie d'une inique récolte.
Le glorieux déshonneur © Mapomme

mardi 11 juillet 2023

Sonnets sertis. C’est l’entre-deux obscur

Sur la terrasse au soir je regarde la plaine
Et je connais cette heure où souffle un vent de mer.

C’est l’heure des bilans quand dans un dernier râle
Le jour meurt sur les monts dans son funèbre habit ;
Cet habit est un puits sans lueurs sidérales
Sans éclats diamantins sans chatoiements subits.

C’est l’entre-deux obscur d’une heure sépulcrale
Où l’amertume naît où tout semble maudit ;
L’obscurité descend mais n’est pas intégrale
Et le village au soir en est abasourdi.

Comme le vent se lève en héraut funéraire
Le deuil d’un morne jour destiné à l’oubli
De sa cendre emplira une urne cinéraire.

Qui donc s’en souviendra pauvre cœur affaibli
Puisqu’il n’est pas serti d’un éclat téméraire
Instant marquant ce jour à ce titre anobli ?

Mais non ! Du seul néant voyez la coupe est pleine !
Parce qu'il est défunt ce jour devient amer.

C'est l'entre-deux obscur © Mapomme

Sonnets sertis. Fait d'ombre et de lumière

Chacun possède en lui dons et malédictions
La source lumineuse et le ténébreux gouffre.

Dès que l’enfant paraît on croit son esprit pur
Telle une page vierge à notre plume offerte ;
Il naît avec la joie et la bonté bien sûr
Et une encre menant sur la voie de la perte.

On croit le modeler en pygmalions obscurs
Comme si son cerveau était matière inerte ;
On pourra indiquer tandis qu’il n’est pas mûr
Quelques leçons de vie traçant la voie ouverte.

Accablés par le poids de présumés loupés
On dira in petto « Que n’avons-nous su faire ? »
À l’obstinée question on ne pourra couper.

S’il opte pour un cap peu sûr et mortifère
Nous ne parviendrons pas à sans cesse étouper
La brèche ouverte ainsi qui sera trop sévère.

Qu’il soit vraiment mauvais est la pire affliction :
Que peut-on s'il choisit la voie sentant le soufre ?

Fait d'ombre et de lumière © Mapomme

lundi 10 juillet 2023

Sonnets sertis. Remède à l’anxiété

À ceux qui ont cédé aux sirènes funestes

Toujours imprévisible étrange et insondable
L’anxiété le prenait seul tyran ici-bas.

Au bord de l’océan qui la bouche écumante
À l’aune de son cœur habité de fureurs
Venait battre les rocs de façon véhémente
Le ressac le berçait de son chant murmureur.

Est-il plus apaisant quand souffle la tourmente
Sur l’esprit obsédé par d’anciennes erreurs
Que ce puissant fracas que les flots alimentent ?
Ce vacarme calmait ses fréquentes terreurs.

Mer d’où vient toute vie balbutiante et lointaine
Berce amoureusement tes enfants attristés !
Fais jaillir de ton sein comme d’une fontaine

Ta laiteuse écume ! Si vient à persister
Son dégoût pour la vie mets donc en quarantaine
Un mal qui fait songer à ne plus exister !

Que ton chant chasse enfin l’idée indéfendable
D'abandonner la vie refusant le combat !

Remède à l'anxiété © Mapomme

samedi 8 juillet 2023

Sonnets sertis. Un atroce bonheur

Les mines béates déclinées à l’envi
Me gênent chaque jour car tant d’elles sont feintes !

Dès que le bienheureux se frotte au quotidien
Une onde maussade vers l’harmonie converge.
Il suffit d’un tourment quelque vers rimbaldien
Et croulent les remparts que ce torrent submerge.

Se forcer à porter tel l’ancien comédien
Un masque souriant quand son esprit gamberge
Quand on veut la douleur - sans les excès sadiens -
Car feint le bonheur lasse et de pluvieuses berges

Apporteraient la brume et le doute essentiels
Hors des feux aveuglants qui notre rive baignent.
Promis au délice constant et démentiel

Privé de ces instants où parfois un cœur saigne
Ne peut-on se lasser du bleu morne du ciel
Et vouloir que l’esprit d’un soudain spleen s’imprègne ?

À l’humain ce droit simple est aujourd’hui ravi
Puisqu'il est prohibé comme le fut l'absinthe.

Le bonheur est-il un Bien de consommation ? © Mapomme
Avec un clin d'œil souriant à Yue Minjun

mercredi 5 juillet 2023

Sonnets sortis. Fay ce qu'il faudra

Fais ce qu’il faudra et du reste fous-toi ;
Fous-toi des chroniqueurs et fous-toi des sondages !

Trace dans le limon le plus droit des sillons
Et sème au bon moment les récoltes futures ;
Tu n’y gagneras rien sinon des durillons
À force de herser d'essentielles cultures.

Qu’importent les discours l’excès les postillons
De ces catons voulant frapper de leur censure
Sans succès ton projet ; ces pauvres taurillons
Subissent de l'épée de profondes blessures !

Le monde est ainsi fait de nombre de devins
Qu’aveuglent à jamais d’ineptes théories
Les menant chaque fois tout droit vers le ravin.

La Commune est restée leur fantasmagorie
Ou ils s’enivreront d’un vieux discours chauvin
Un temps rêvé rongeant leur âme endolorie.

Fais ce qu’il faudra et laisse-les pantois :
Tiens-toi en esprit fort loin des vils marchandages !

Fay ce qu'il faudra © Mapomme

Sonnets sertis. L'indignation constante

De tous côtés l’on voit fleurir l’indignation
Et d’outranciers propos sous l’ire furieuse enflent.

C’est un théâtre étrange un texte mal écrit
Où de mauvais acteurs surjouent l’épuisant drame
Du Comte et de Don Diègue en poussant de grands cris
De rage et désespoir usés jusqu’à la trame.

Dans l’intense mêlée comment faire le tri
Et qui pense vraiment au chagrin et aux larmes
Lorsque Marianne voit ses principes flétris
Qu’on lui crache dessus en méprisant ses charmes ?

Chacun sur le feu souffle et l’attise au besoin
Et les plus enragés verseront de l’essence
Ne cherchant au final qu’à marquer quelques points.

Ce Grand Guignol sanglant ignore la décence :
Lorsque tout ira mal il fera plus de foin
Ayant du vieux pays de faibles connaissances.

L’histrion politique affecte la passion
Mais le public s'en va va ou pire : il dort et ronfle !

L'indignation constante © Mapomme
D'après un célèbre manga