vendredi 8 juillet 2022

Amères Chroniques. Extinction

Injectée dans les sols des champs mis en valeur ;
Ce poison est censé mander au cimetière
Les nuisibles qui font des moissons le malheur.

Trépasse en grand nombre notre gent abeillère ;
Plus de fleurs ni de fruits et bien moins de couleurs ;
Dans l’arbre plus d’oiseaux plus de buissons-volières ;
Crèvent tous les poissons pour nourrir des voleurs.

Cette invention est née d’un surplus des armées ;
Un champ produit autant sans cette intervention :
Pourquoi la terre aurait besoin d’être camée ?

De cette agrochimie naîtra une extinction
Qui pour le seul profit demeure programmée ;
Saurons-nous en prescrire enfin  l'interdiction ?

La came est injectée... © Mapomme

jeudi 7 juillet 2022

Amères Chroniques. C’était bien mieux avant !

Les enfants d’ouvriers marnaient à la fabrique
Et ceux des paysans besognaient dans les champs
Laissant aux fils rupins un futur féérique ;
« C’était bien mieux avant ! » dit l’Idiot rabâchant.

Très loin de ce propos ferme et catégorique
Les uns crevaient usés à l’automne approchant
Les autres de repas largement caloriques ;
« Ah ! les beaux temps d’antan ! » dit l’Idiot pleurnichant.

Ni congés ni retraite et quid des droits des femmes ?
On pouvait talocher la tronche des gamins
Et tenir des propos racistes et infâmes ;

Pilule et I.V.G. jamais à l’examen
Et des guerres naissaient des saignées et des drames ;
« Mais c'était mieux avant ! » selon l'Idiot commun.

C'était bien mieux avant ! © Mapomme
D'après une photo de Pierre-Joseph-Paul Castelnau/ RMN

mercredi 6 juillet 2022

Élégies. Dans ses yeux outremer

Dans ses yeux outremer que les regrets inondent
Des souvenirs de ceux qui n’ont pas survécu
Car la Parque a tranché les futurs qu’elle émonde ;
S’imaginant avoir le triste sort vaincu

Elle a vécu les jours qu’a dérobés l’Immonde
Sans cesse imaginant ces instants impromptus ;
Les enfants orphelins à l’âme vagabonde
Mêlent à l’écheveau les fils interrompus.

Elle écrit un journal pour que d’autres le lisent :
Tous ceux qui ne sont plus et pour tous ses enfants
Quand sonnera son heure au glas lourd de l’église.

Alors ils pourront voir un amour triomphant
Les mots pensés très fort sans qu’on les verbalise ;
Et s'attristent ses yeux des aveux s'étouffant.

Dans ses yeux outremer © Mapomme

mardi 5 juillet 2022

Élégies. La casa envuelta por la jungla caliente

Murs et sol envahis par la végétation :
En tous lieux la forêt étend ses griffes vertes
Absorbant sans répit la moindre habitation

Désertée. Aussitôt à la forêt offerte
La place des humains sans nulle hésitation
D’arbres et de buissons voit compensée sa perte ;
La maison de Cortès où plane la passion

Née de l’or que cherchaient des conquérants avides
Se trouve dévorée parmi les frondaisons
Et racines goulues dans les lieux laissés vides.

Le rêve de trésors maître des déraisons
Perdit les équipées de guerriers impavides
Dans un dédale obscur gorgés d’exhalaisons.

Conquistadors d’un jour des tropiques torrides
Jamais n'a pu partir votre ample cargaison.

La casa envuelta por la jungla caliente © Mapomme

lundi 4 juillet 2022

Amères Chroniques. Des monuments aux morts dont on fait des canons

Nos places sont fleuries de monuments aux morts
Faits d’un bronze de gloire et sans le sang qu’on verse 
De mère offrant leur fils sans l’ombre d’un remords
Pour étoffer les rangs que l’ennemi transperce.

Nulle chair laminée pas un morceau de corps
Pas de gueules tordues que la douleur traverse
Qui souilleraient l’éclat de l’idéal décor
Vantant l’immolation dont l’État fait commerce.

Que de corps ont nourri tous les champs défoncés
Par le soc des obus déchaînant un orage
Qu’aucun des monuments n’a osé dénoncer !

Où sont représentés sous le feu et la rage
Les cadavres figés dans la neige engoncés
Des guerres révélant les éternels outrages ?

Les cadavres figés © Mapomme
D'après une photo nb anonyme

samedi 2 juillet 2022

Élégies. De la morne unité à l’ennui monochrome

Chérissons nos langues presque sauvées pour l’heure :
Un oukase soudain pourrait les menacer
Que ce soit par des arts dont l’influence affleure
Chez des jeunes doutant qu’on risque d’effacer

Un patrimoine ancien que des révoltés pleurent.
Les régions ont aussi dans le proche passé
Des souvenirs de classe où l’enseignant apeure
Les enfants aux parlers qu’on voulait pourchasser.

La mémoire des temps dont on bannit les traces
Par un long linguicide ourdi par un pouvoir
Supprime du présent un passé qu’on terrasse.

Sur la tour de Babel on se fait un devoir
De parler d’une voix dont on nous fait la grâce
Car l'Etat jacobin ne veut qu'un seul savoir.

Babone Roccu è Dumenicu (1943) © Mapomme
D'après une photo nb d'un petit parent et un grand ami

vendredi 1 juillet 2022

Élégies. Un jour fait d’imprévus

Chaque soleil éclaire un jour fait d’imprévus
Aléas échappant au plan qui le modèle
Adjoignant poivre et sel aux moments dépourvus
De saveurs inconnues et de battements d’ailes.

Or l’esprit déteste ce saut dans l’inconnu
Quand le cœur vénère dîner à la chandelle
Sans électricité et trouver au menu
À défaut de poulet un plat de fricandelle.

J’ai jeté les plannings et les destins étroits 
Les bonheurs tout tracés et les plans de carrière
Où maussades les jours sont des chemins de croix.

Quelle joie de sauter par-dessus la barrière
De faire du hors-piste et goûter son effroi
Ou bien de savourer l'éclat d'une clairière.

Un jour fait d'imprévus © Mapomme