dimanche 14 mars 2021

Elégies. Les dieux pour s’amuser se rient à nos dépens

Pour s’amuser les dieux jouent avec nos faiblesses
Frêles humains sans âme et sans plus de raison
Par ce jeu nous montrant qu’ils ont peu de noblesse
Nous ferions mieux au fond d’honorer nos maisons

Dans l’antre de Vulcain ils testent la souplesse
D’armes qu’ils fourbissent en faisant livraison
Pour exciter la rage au service d'altesses
Et pour fêter la trêve avec des pendaisons

Aussi quand vient la paix l’espace entre deux guerres
Ils versent en nos cœurs l’étrange admiration
Qui nous emplit de vide et qu’on ne comble guère

D’un être on s’éprendra submergé de passion
Les dieux se rient encor de nos amours vulgaires
Et déçus il faudra du sang notre ration

Il faut chasser ces dieux quand ils parlent de guerre


Les dieux se rient à nos dépens © Mapomme
avec l'aide de Waterhouse et de Boorman

samedi 13 mars 2021

Elégies. Mes lèvres ont gardé le péché pris des vôtres

Allons tel un navire ivres de liberté
Sur l’océan paisible ou submergés d’écume
Peu importe les vents pouvant déconcerter
Ne lâchons pas la barre en un flot d’amertume

Allons voiles claquant éblouis de fierté
Tel un aigle royal dont frémissent les plumes
Survolant les cimes dans l’azur déserté
Plus haut que les autres ne volent de coutume

Même si on s’échoue sur d’anodins récifs
Mornes et grisâtres sombrant dans la routine
Quand s’éteint la passion de nos cœurs excessifs
Loin des soleils radieux des amours florentines

Reste le voyage vivace et progressif
Vers l’aube inexplorée des rives ponantines

De ton corps je saurais tous les versets lascifs
De de tes lèvres douces les péchés qu’on butine


Vers l'aube inexplorée des rives ponantines © Mapomme

dimanche 7 mars 2021

Elégies. Il faut béatifier les moines d’Épicure

Il est étrange de songer qu’en bon épicurien
Je dois toutes mes joies à la vie monastique
Or les Bénédictins ne jouissaient de rien
Car Prie et travaille n’a rien d’orgiastique

Nombre d’abbayes aux temps des Capétiens
Changèrent le pays de façon méthodique
Défrichant leurs terrains couverts de bois anciens
Chassant la famine qui semblait fatidique

Ils ont créé des vins des fromages des liqueurs
Qu’on retrouve aux repas le dimanche en famille
Comme ils ont propagé pour l’esprit et le cœur
Le savoir des Anciens de Bavière en Castille

Hédoniste je bois à ces moines semeurs
En lisant un poème au frais sous la charmille


Il faut béatifier les moines d'Epicure © Mapomme

Elégies. Plus long est le chemin sans un Virgile ami

On éprouve parfois un sentiment confus
Qui ressemble à l’amour mais qui n’est que toquade
Belle rose tentant l’adolescent qu’on fut
Lorsqu’un regard furtif vient porter l’estocade

On a martel en tête en raison d’un refus
Quand on ouvrit son cœur à l’ombre des arcades
Un mauvais ange en nous d’un rien fit un raffut
Entretenant un spleen durant une décade

C’est un poison amer chaque jour instillé
Transformant un élan en ardeur transcendante
Mandant en son enfer le galant exilé
Qui y séjournera plus que ne le fit Dante

Tout ça n’est que chimère en quelques vers stylés
Meublant tout vide avril d’une épreuve obsédante


Dans l'enfer d'un avril le songe d'une idylle © Mapomme
avec l'aide de Gustave Doré

samedi 6 mars 2021

Elégies. La traversée est longue et semée de tempêtes

Affronter la tempête et retrouver doux vent
C’est là qu’est le plaisir de toute traversée
L’ego n’est pas flatté si un flot peu mouvant
Vient la coque frôler trop mollement bercée

Il faut sortir vainqueur d’un duel éprouvant
Après avoir subi la violence exercée
Pour apprécier la paix alors que trop souvent
Nous voguons égarés et l’âme transpercée

Entre une rive et l’autre on guette dans les cieux
Le signe présageant la tempête future
Puisqu’il n’est d’avenir sans un temps capricieux
Que nous sommes promis aux tourments par nature

Le calme il faut chérir comme rare et précieux
Et voir dans les tracas sourdre des aventures

Nous voguons égarés et l'âme transpercée © Mapomme

jeudi 4 mars 2021

Elégies. Le charme souverain d’un bois simple et serein

L’ombre des châtaigniers repose mon esprit
Tandis que la lumière à travers les ramures
Verse un jour étouffé sur un fourré surpris
Que parvienne un rayon tel un mourant murmure

Ce lieu fort silencieux est mon plus sûr abri
Entrecoupé d’un chant venu comme césure
Pour porter à la paix un salutaire bris
Nuage accentuant un ciel pur qu’il azure

Le calme revenu on l’apprécie vraiment
Comme s’il ponctuait un éternel vacarme
Importunes rumeurs qui vont en s’essaimant
Qui de guerre lasse nous font rendre les armes

Ce sous-bois m’attire à l’instar d’un aimant
La Nature exerçant le plus puissant des charmes

L'ombre des châtaigniers repose mon esprit © Mapomme


mardi 2 mars 2021

Elégies. Le naufrage annoncé vers l’abysse turbide

Quel ange malfaisant plane dans l’ombre amère
Pour qu’amis et parents succombent à son sort ?
De quel gouffre oublié où niche un mal primaire
A-t-il pu s’envoler et prendre son essor ?

Ses propos susurrés leurs esprits enflammèrent
Et d’eux il s’empara sans un extrême effort
Combien de fiers galions sans raison s’abîmèrent
Sur des récifs masqués sous un vent de bâbord ?

Quel mal peut les ronger au tréfonds de leur être
Qu’on ne puisse exprimer aux siens limpidement ?

En outre leurs propos ne laissent rien paraître
Bien qu'un regard trahisse un abyssal tourment
Nous spectateurs d’un mal qui s’en vient les soumettre
Voyons leur frêle esquif en la mer s’abîmant


Le redouté naufrage © Mapomme
avec l'aide d'Edvard Munch