dimanche 8 septembre 2019
Acquarelles. Genèse d’un monde
Le poète admirait le peintre dessinant
Sur le vierge néant de sa toile encor pure
L’esquisse d’un monde projet hallucinant
Tracée fiévreusement d’une main pourtant sûre
À l’instar d’un démiurge on peint l’inexistant
Sans qu’on sache d’où vient la force créatrice
Tout comme le poète ignore sur l’instant
D’où sourd le flot de mots sinon des cicatrices
Imperceptibles maux jamais ne guérissant
L’aède et le peintre voient un monde encor vierge
Vide intolérable que leurs esprits puissants
Comblent avec l’aide d’un démon qu’ils hébergent
L’artiste a ce pouvoir d’un souffle jaillissant
Et même immobile sans arrêt il gamberge
samedi 7 septembre 2019
Acquarelles. Moloch
Prenez donc une femme ou bien un homme bon
Et inoculez-lui le plus terrible germe
Altérant un cerveau le livrant au démon
Qui à la retenue s’en ira mettre un terme
De mâtine à complies courant à grand trotton
Livrer son évangile allant de ferme en ferme
Le possédé ne craint ni l’ail ni le bâton
Qui lui rosse le dos et bleuit l’épiderme
Ces jérémies nous crient que grand est le danger
Qu’aveugles nous allons droit vers le précipice
Qu’en soldats nous devons derrière eux nous ranger
Certains se fient alors à ces tristes auspices
Enivrés de pouvoir et voulant tout changer
Menons ces candidats sans délai à l’hospice
Acquarelles. Le pastel restitue des fragments édéniques
Sonnet composé pour introduire l’exposition de pastels
Les domaines secrets des tritons et sirènes
Bercent le sable qu’ici on nomme a rena
Et la Mer Tyrrhénienne est seule souveraine
Des rives marines de la Costa Serena.
Telle une cathédrale à différents instants,
Chaque plage est pareille et pourtant dissemblable ;
Les courants et l’écume, artistes persistants,
Y plantent des roseaux et modèlent le sable.
On dit qu’un dieu jaloux brisa en mille miettes
Le paradis perdu des temps de l’Âge d’Or ;
En fosse marine, la déesse Athéna
Pensa avoir trouvé la meilleure oubliette.
Navrée, l’onde les prit les ramenant au bord :
Ces plages sont nommées la Costa Serena.
Réminiscences. Hors des états si vils
Se non è Véro, è ben trovato
Il est des parentés qui priment sur le sang
Tellement visibles que les autres y croient
On a beau expliquer à ce flot incessant
Qui nous tient pour cousins que chacun se fourvoie
L’erreur persiste et signe enjouant nos étés
Alors nous inventions un “presque-cousinage“
Nouveau lien choisi inconnue parenté
Forme d’abdication riant du voisinage
Voilà comme on devient des cousins par le cœur
Parce qu’en effet l’idée nous était trop plaisante
D’abord nous nous lancions quelques clins d’œil moqueurs
Puis la vague émoussant la boutade amusante
Hors de l’État-Civil le temps cet escroqueur
A su forger un lien de façon permanente
Aquarelles. Gratitude et rancune
« Aidez votre prochain ! » disent les
Écrits Saints.
De reconnaissance n’en attendez aucune,
Car nos frères humains ont d’étranges desseins.
S’efface avec le temps et perd de sa fragrance ;
Souvent son souvenir jaillit telle une offense :
Être votre obligé, c’est se sentir contraint :
L’espoir d’un service la gratitude inspire
Et, une fois reçu, s’éteindra cet entrain.
Aidez votre prochain, tout en craignant le pire,
Car pour un grand bienfait, l’élu sera chagrin
Et on voit cet ingrat qui de rancœur transpire !
Recevant en retour, parfois, quelque rancune,
Un service rendu, à l’instar d’un parfum,
Nous voici battus froid par l’ami ou l’affin.
Aquarelles. Les propos venimeux
La crasse hypocrisie abhorre le succès
D’un voisin trop brillant pour des personnes ternes ;
Des propos venimeux clament avec excès
La haine déployant ses racines internes ;
On voit partout œuvrer les furies de l’amer,
Des réseaux asociaux ou réunies dans l’ombre :
Ne pouvant rien bâtir, elles vouent aux enfers
Ceux qui des œuvres créent, sans être de leur nombre.
D’un palais on oublie le peuple bâtisseur :
Pourtant chacun connaît les méfaits des Vandales,
Qui resteront toujours de vils démolisseurs.
On méprise les arts qui versent lait et miel ;
La veule coterie, aux vies antipodales,
Ne sait rien qu’éructer son plus acide fiel.
Acquarelles. Amère est l’eau de l’été
Dans la coupe versons cette année écoulée
Pour la lever au ciel des joies sans lendemain
Dans la ruine oubliée d’utopies éboulées
Par d’obscurs méandres d’un sentier qu’on dit vain
Buvons à ce qu’on perd en croyant qu’on y gagne
Et croquons goulûment dans l’aumône des jours
D’une joie synthétique qu’on nous vend pour cocagne
Au matin nous irons sans envies sans amour
Car il faut bien manger même de la bouillasse
Et occuper nos vies à gaver des Crésus
En rêvant nous aussi d’avoir de la caillasse
D’exploiter des espoirs sur des airs d’orémus
Surtout si les haillons sont loin de nos paroisses
Inscription à :
Articles (Atom)






