mercredi 12 octobre 2016

Sonnets. Trahison du futur

On voudrait survivre dans toutes les mémoires
Poète ou simple ami par les siens remarqué
Même sans récolter quelque titre de gloire
Echappant au néant par son nom évoqué

Insuffisant sera le portrait des histoires
Qu’invoquent les amis aux réunions d’été
C’est un trop lisse à-plat qu’étale l’auditoire
Sans ce relief qui seul mène à la vérité

Il manque la part d’ombre et celle de lumière
Car on aime cacher le ridicule éclat
Des élans ingénus et des bonnes manières

Comme l’obscur honteux jamais ne révéla
L’animal souverain de nos pulsions premières
On va trahi dans les limbes sachant cela 
Trahison du futur © Mapomme 
 Avec l'aide de Rahotep



mardi 11 octobre 2016

Sonnets. Francesca Maria

Elle racontait souvent des fragments du passé
Une histoire en péril au bord du précipice
Combien d’Homère ont vu leurs récits effacés
Et l’on perdit les mots des odes fondatrices

Toujours les temps jadis d’oubli sont menacés   
S’ils n’ont été gravés au mur d’un édifice
Le récit nous captive et sitôt retracé
Par la voix et le geste on le croit des abysses

Sauvé Seuls demeurent quelques menus fragments
Du flot furieux des ans subissant les dommages
Se dissipe et l’on perd l’ultime testament

Maudit scribe oublieux ne rendant nul hommage
De ton calame oisif aux dits de grand-maman
Comment donc rassembler les confuses images
Francesca Maria © Mapomme 


lundi 10 octobre 2016

Sonnets. Kyrnos

C’est la montagne-mer entre vent et écume
L’écho d’azur où vont tritons comme dauphins
Le granit soupirant d’espérances posthumes
Et les myrtes mêlant aux genêts leur parfum

C’est le poids du passé des rancœurs des coutumes  
Une trame tissée de regrets des défunts
Du sang et des drames l’épée contre la plume
Et un chant pour prier que la nuit prenne fin

Ce sont des souvenirs gravés dans chaque pierre
Ceux que l’on a vécus et ceux qui sont contés 
La maison ancestrale où s’accroche le lierre 

C’est un imaginaire et la réalité
Un rêve sur la grève un dessin de poussière
Que la vague ou le vent s’en viennent déliter
Kyrnos © Mapomme 


dimanche 9 octobre 2016

Sonnets. L’ivresse de Léthé

J’ai bu des soirs entiers mon courage à deux mains
Avalant l’élixir de l’oubli sans limites
Car l’avenir radieux n’est rien d’autre qu’un mythe

Sans cesse le bonheur est remis à demain

Si encor on trouvait une peau de satin
Pour croire à la douceur d’un trop bref armistice
Pour puiser dans des yeux les serments d’un solstice
Pour achever l’hyver et renaître au matin

L’eau rouge du limon et la crue en été
Ramenant l’Âge d’Or d’une saison unique
Avant qu’un dieu jaloux semeur d’iniquité
Créât le froid la faim sans jardin édénique
La mort et la guerre richesse et pauvreté

Je bois non la ciguë mais l’oubli hédonique
L'ivresse de Léthé © Mapomme
 avec un coup de paluche de Cranach L'ancien
  


Sonnets. Labyrinthes sans issue

Les hommes se plaisent à dresser des barrières
Entre eux. La religion, la langue, la couleur
Ou toute altérité, motif d’humeurs guerrières :
L’humanité se plaît à causer ses douleurs.

Près du chaudron haineux, en leurs années premières,
Les enfants apprennent de mauvaises valeurs,
Loin de l’enseignement du Siècle des Lumières,
Allant sur un chemin d’interdits de malheur.

On prescrit aux enfants où choisir leurs amis,
Où trouver leur amour, selon les origines,
Faute de quoi ils sont à tout jamais bannis :
On ne mélange pas cassoulet et tajine.

Sur le chemin du cœur, un dédale de murs
Dressent des interdits aux élans les plus purs.

 Labyrinthes sans issue © Mapomme

samedi 8 octobre 2016

Sonnets. Lande

La mer est tourmentée Le vent bat la falaise
Seraient-ce les embruns ou un regret salé
Qui brille sur sa joue tel un secret malaise
Seul le vent d’automne sait où s’en sont allés

Les balades d’antan entre pins et mélèzes
Ou sur la lande à deux vers l’horizon voilé  
De dansantes brumes dans la campagne anglaise
Le vent d’automne a vu l’instant inégalé

D’un espoir né soudain d’un regard trop fugace
L’été l’a emporté et la lande est en deuil
Des souvenirs gisant dans la mer des sargasses

Si fragile est l’espoir qu’il sombre au moindre écueil
L’autre demeure ici dans le brouillard qui glace
Est-ce un embrun salé ou une larme à l’œil
 Lande © Mapomme


samedi 1 octobre 2016

Sonnets. Fleur du désert

À W.D.


Funeste est le désert et rares sont ses fleurs
Celles qui croissent là sont dotées d’une envie
De vivre et de se voir à ce milieu ravies
Car on veut les tailler pour leur plus grand malheur

En dépit des périls elles trouveront ailleurs
Un terreau plus fertile et une épaule amie
Loin de la barbarie que jamais on n’oublie
Bien qu’ayant pu se faire un avenir meilleur

Sublimes sont ces fleurs et de grâce comblées
Leur beauté intérieure irradie leur regard
Si bien que leur splendeur s’en trouvera doublée

Dans le ciel du désert puisant leur joie sans fard
Leurs iris scintillent d’étoiles assemblées
Que des dieux trop blasés boivent comme un nectar
 Fleur du désert © Mapomme