On tranche à tour de bras les emplois superflus
Et tant pis pour les gens qu’on
mettra sur la paille,
Car
pour avoir du blé, il faut que soient exclus
Les
épis trop coûteux qui dans leur job
traînaillent.
Foin
des vains entretiens, des larmes, des pourquoi,
Et
pourquoi justifier l’exécution sommaire ?
Quand
on tranche un épi, au moins il se tient coi,
Puis
noiera dans un bar ses émotions
amères.
Lorsque
dans des banques, avec un plein carton
Des
employés pleuraient d’avoir perdu leur place,
Se
gondolaient alors ces pauvres avortons,
Se
croyant à l’abri d’identiques menaces.
Mais
l’éden de la Tech, comme tous les secteurs,
Se
développe un max, versant des dividendes
Puis
l’horizon se bouche et il n’est qu’un facteur :
Dans
l’arbre qui faiblit, il faudra qu’on gourmande.
Les
plus gros salaires d’oiseux départements
Sont
remerciés soudain bien
avant la récolte ;
Ils
reçoivent un mail les tançant vertement
jeudi 31 juillet 2025
Élégies. Faucher pour plus de blé
Élégies. Se délester d’un poids
Se délester d’un poids, balancé dans le vide,
Est un acte violent, qui survient
tout d’un coup,
Pour
réparer l’erreur d’un dirigeant cupide,
Qui
ressort l’argument des charges et des
coûts.
En
fait, ne sommes-nous, pour ces très hauts salaires,
Que
du menu fretin, un coût d’ajustement,
Grains
de sables vidés dès la
moindre galère,
Congédiés
par un mail envoyé prestement.
Que
représentons-nous ? Un rameau que l’on taille,
Pour
laisser plus de sève au sommet souverain,
Seul
apte à diriger la mère des batailles,
Mais piètre stratège, méjugeant le terrain.
Quelle
est notre valeur quand le zénith
ignore
Les
tâches des grouillots assumant le
boulot,
Souvent
bien au-delà de ce qu’il subodore,
Pièces
remplaçables bossant sans ciboulot.
Vieux
mouchoir en papier,
voilà qu’on nous balance,
Pèlerins
du précaire en quête d’un contrat,
Du
chômage à un job, et puis tout recommence :
Ça
repart pour un tour, et puis boum patatras !
mercredi 30 juillet 2025
Élégies. Dansez après la guerre !
Dans les combats on meurt ou on est estropié,
Puis quand cesse la guerre, on signe
l’armistice ;
Rentrent
les survivants, dont beaucoup vont expier
Les
corps à corps cruels et bien des injustices.
Bien
des gueules cassées ne voient dans leur
miroir,
Qu’un
étranger meurtri, une caricature
De
prothèse affublée, qu’on regrette de voir,
Car
montrant que la guerre a changé de
nature.
Nombre
d’entre eux la nuit hurlent soudainement,
En
retrouvant l’enfer des obus qui s’abattent,
Des
tranchées s’écroulant dans ce déchaînement,
Cherchant
leurs traits d’avant, vainement ils se tâtent.
Mais
s’ils cauchemardent, on s’amuse à Paris,
On
danse à en crever, lors de réjouissances
Dont
tous furent privés ; le bonheur s’est tari,
Car privé d'un Léthé, nul oubli, nulle
absence !
Dansez
après l’enfer, effacez
les horreurs,
Puisque Vulcain stocke des armes dans ses forges,
Pour
répandre en tous lieux un brasier dévoreur,
La
rancœur du vaincu dont dont le monde
regorge.
mardi 29 juillet 2025
Élégies. Ne pas croquer le fruit
Ève
et Adam, suivez la voix de la
raison
En ne
croquant jamais sans précautions la pomme !
Cueillez
déjà le fruit à la bonne saison
Et
il faut l’éplucher avec un
économe.
Vous
n’êtes pas savants pour percer le
danger,
Sans
déguster le fruit offrant la Connaissance :
De
là naîtra la science qui viendra tout changer,
Servant
aveuglément l’immodérée
croissance.
En
croquant dans les fruits, on commet une erreur,
Non
point pour l’interdit, mais pour sauver nos vies :
La
science est pervertie et produit des
horreurs,
Quand
l’industrie commande et se trouve servie.
Pour
produire bien plus, on traite à fond les fruits
Et
leur peau est bourrée de produits qui nous tuent ;
Qu’avez-vous
fait, ce jour, car vous avez détruit
Toute
l’humanité qui se verra foutue ?
Insectes
comme oiseaux,
morflent pareillement
Et
tous leurs prédateurs passeront à la trappe ;
Tout
ça pour espérer un émerveillement,
Qui
conduit au chaos, dès que tout nous
échappe !
lundi 28 juillet 2025
Élégies. Les plus odieux commerces
Sur la planète ont lieu les plus odieux
commerces
Qui
jadis existaient à un moindre échelon,
Mais
les prix s’envolant, un fol attrait s’exerce
Et
on trouve l’ivoire en des cossus salons.
Les
forêts pour le bois, les sous-sols, le pétrole,
La
pêche industrielle, à la rapacité
Il
n’est pas un secteur atteint par la
vérole
De
l’aveugle profit qui a droit de cité.
On
détruit à gogo : plus rare est la matière
Et
plus son prix s’envole au cours du marché noir ;
Une
folle industrie, sur la planète entière,
Semble
vouloir mettre la vie sous l’éteignoir.
Le
prix de l’interdit s’élève
à toute allure
Et
gonfle les coffres des riches trafiquants ;
Des
cercles du pouvoir nul ne peut les exclure : (1)
On
est sans défense comme les éléphants.
Le
monde est un bazar, où
de rien on décide,
Et
où on s’enrichit, sans se salir les mains ;
Nous
allons au suicide en
n’étant pas lucides
Sans
voir sur quoi seront bâtis nos lendemains.
(1) Tout transite par des sociétés-écrans et l’argent sort blanc comme neige.
Élégies. Or la fête est finie
Le bal terminé et s’envole une affiche,
Sous
le souffle d’un vent de l’entre chien
et loup ;
Sur
un banc, désœuvré, caressant ma
barbiche,
Je trie les souvenirs d’un
passé semblant flou.
Notre
énergie décroît, bouffé
par une
goule :
Le
temps, ce fichu temps est un esprit malin,
Aspirant le sang noir
des jours morts qui s’écoulent
Et venant, silencieux, à l’instar d’un félin.
Les
fêtes ne sont plus aussi réjouissantes,
Dans
l’éternel combat de deux générations :
La
sono assourdit, car beaucoup trop puissante,
Faisant
franchir le seuil de
l’exténuation.
Pourtant
le souvenir légué à la jeunesse
Dans
des années fera s’asseoir un traîne-tard,
Regrettant
un passé, qu’à
nouveau méconnaissent,
Les
danseurs dans les rangs des plus vaillants fêtards.
Sous
les astres constants, les drames et les joies,
Les
guerres et les paix, les caprices du
sort,
Se
succèdent sans fin, tant les humains merdoient,
Et
je songe au passé, vieux pantin sans ressort.
dimanche 27 juillet 2025
Élégies. À quoi bon les regrets ?
Quel cœur n’a nul regret, perdu dans ses
pensées,
S’il
regarde en arrière et fait son examen ?
Dans
le torrent des jours et des heures passées,
L’esprit
s’est fourvoyé bien souvent en chemin.
On
a cru agir bien, mais nous ronge le doute,
Quand, bien qu’étant pensé, un mot nous fit défaut :
On
en a étouffé plus d’un sur notre route,
Et
dit le lendemain, il aurait sonné faux.
On
ne savait alors que le destin tragique
Nous
apprendrait bientôt quelque geste fatal :
Bien
sûr, un simple mot n’a nul pouvoir magique
Contre
un fusil de chasse ou tout moyen létal.
En
dépit des années, notre
âme se questionne
Car
une tragédie conduit à réfléchir,
Comme
si on voulait
qu’une
voix nous pardonne,
Pour
n’avoir pas trouvé ce qui peut infléchir
Un
acte décidé bien des jours à l’avance.
On retient ces décès assez peu naturels
Car contre la vieillesse, il
n’est pas de jouvence,
Contre les regrets nul saut spatio-temporel.






