vendredi 30 août 2024

Promenades. Sur le sentier marchant

Sur le sentier marchant, on se vide la tête
De toutes les pensées parasitant l'esprit :
La caboche s'égare en d'inutiles quêtes
Et des secrets sans fond, demeurant incompris.

Là, parmi les buissons, tout redevient limpide,
Dans les feux de l'été, loin du vacarme humain,
Car d'ineptes discours, sur un thème insipide,
Contrarient la pensée qui se perd en chemin.

Les oiseaux mélodieux et la brise légère
S'avèrent propices à la méditation,
Parmi les châtaigniers et les vertes fougères,
Des foules effaçant la vaine agitation.

Qui n'a jamais senti la beauté du silence
Ne peut réaliser le bienfait absolu
D'une telle quiétude et l'atroce violence
Du brouhaha auquel le monde est résolu !

Bien sûr, on apprécie d'agréables tablées,
D'amis de notre choix, durant de bons repas :
Mais, par moment, il faut, quand l'âme est accablée, 
Fuir d'ineptes quidams aux vues qu'on n'aime pas !
Sur le sentier marchant © Mapomme

jeudi 29 août 2024

Promenades. Le grand convalescent

Hier, en empruntant le chemin forestier,
J'ai vu un châtaignier quelque peu invalide,
Dont des branches pendaient, tel un membre estropié
Dépourvu de vigueur, le tronc pourtant solide.

Un bout de celui-ci semblait un peu noirci,
Bien que ses feuilles soient intégralement vertes ;
Un ancien incendie le laissait en sursis,
Car de troncs calcinés la pente était couverte.

Pauvre ami végétal épargné par la mort,
Tu ne sais pas pourquoi la Parque te fit grâce :
Je ne le sais pas plus, moi dont l'étonnant sort
Me fit frôler l'enfer et m'en laissa des traces !

Deux vertèbres brisées, du métal dans mon cou
Et une cicatrice égayant ma poitrine
Rappellent que la faux m'a frôlé par deux coups,
N'ayant pas ces jours-là une humeur très chagrine.

Mon frère végétal, comme moi résilient,
Nous faillîmes deux fois quitter cette existence :
Est-il en ce bas monde un mystère nous liant 
Ou quelque ange gardien nous portant assistance ?
Le grand convalescent © Mapomme

Élégies. Ensemencer de rêves

De rêves, j'ensemence un champ semblant stérile,
Car à toute utopie le limon est rétif ;
La glèbe s'y refuse et se veut infertile,
Chassant cet étranger, reçu sans nul motif.

Belle est la chimère, mais le champ, terre à terre,
Ne voudra l'apprécier à sa juste valeur :
Mon labeur reste vain, par un profond mystère,
Comme portant en soi les germes du malheur.

J'aimerais que l'espoir y croisse et puis nourrisse
Les esprits racornis ayant tété le sein
De la froide patrie ; les rêves dépérissent
Sur les champs endurcis, mutins à leurs desseins.

En leurs sillons parvient la semence onirique
Et bien trop peu d'épis y croîtront in fine ;
La récolte aux temps chauds n'aura rien d'historique :
Quelques grains me laissant triste et enfariné.

Les mots sont trop légers pour de sublimes rêves
Et les vents des mois froids les emportent au loin :
La récolte d'espoirs s'avérant bien trop brève, 
À peine pourrons-nous en faire tout un foin.
Ensemencer de rêves © Mapomme

mercredi 28 août 2024

Élégies. Voyager sans bouger

Le monde se complaît à toujours s'agiter,
Afin de décrocher quelque nouveau mirage :
Il s'épuise, s'essouffle et revient dépité
Pour n'avoir pu cueillir que des rumeurs d'orage.

Loin des échos furieux des moteurs rugissants,
Il est un coin d'éden, que la folie ignore,
Où l'on ne veut plus être un corps nous régissant,
Mais un subtile esprit qu'un farniente améliore.

Quelquefois on entend le spécifique cri
Des milans dans l'éther, ou le chat qui réclame
Sa pâtée à l'instant où, charmé par l'écrit
D'un auteur inconnu, l'esprit enfin s'enflamme.

Quand commande un félin, l'apaiser est le mieux,
Si l'on veut replonger dans la magie intense
D'une plume sagace ayant frôlé les cieux
Et à toute âme offrant sa divine pitance.

À cet instant précis, n'existe plus le corps
Qui s'élève au-dessus de la coquille humaine :
On trouve au sein d'une œuvre un puissant réconfort 
Devenant l'ambroisie qui vers l'Olympe mène.
Voyager sans bouger © Danièle Lastrajoli

mardi 27 août 2024

Élégies. Quand vient le crépuscule

Un ciel crépusculaire pousse à mieux réfléchir
Sur le sens de la vie et sur nos turpitudes :
Qu'avons-nous accompli, hormis de s'enrichir 
Sur le plan financier et peu par nos études ?

Après l'azur teinté de lapis-lazuli,
Les nues étaient diaprées d'opale et d'améthyste,
Lors du fugace instant où le soleil pâlit ;
Le ciel alors revêt une palette triste.

Le jour agonisant prend d'instables couleurs,
Rendant l'instant précieux, comme fut éphémère
 L'aile d'un papillon ; une sourde douleur
S'empare de notre être et rend cette heure amère.

C'est l'heure du bilan, hélas sans concession,
Lorsque sont susurrées des vérités suprêmes !
Un spleen irraisonné de nous prend possession,
Énonçant la sentence de ce moment extrême.

"Qu'as-tu fait de ta vie, pauvre cœur automnal,
Jadis rasséréné par de vaines prouesses ?
Tout n'était qu'illusion !" L'instant sérotinal
Rendait l'ombre tragique et frivole la liesse !
Quand vient le crépuscule © Mapomme

Élégies. Notre vie est un songe

Notre vie est un songe, un tissu de mensonges,
Un théâtre d'ombres dont nous sommes témoins  ;
Toujours le doute affreux de son acide ronge
La certitude frêle et pure, néanmoins.

S'il était dans la nuit un phare qui nous guide !
Mais tout semble pareil, le bon et le mauvais,
Quand nul mentor ne vient, dans la noirceur perfide,
Montrer le seul chemin qui du gouffre sauvait.

Tout choix est ambigu et mène à l'infortune,
Ou bien à l'euphorie se drapant d'inconnu ;
La nuit se voit privée des feux de clair de lune
Et tous nous tâtonnons, aimables ingénus.

Tout se réduit alors à quelques choix binaires
Qui rendent le destin quelque peu incertain,
D'où naissent des futurs souvent imaginaires,
Dont très peu s'avèrent franchement opportuns.

Illusion d'un vrai choix, notre vie est un songe
Où, de nuit, nous suivons un être mystérieux ;
Dans l'encre du néant ce nautonier nous plonge
Et le doute nourrit son secours impérieux. 
Notre vie est un songe 2024 © Mapomme
Avec l'aide des Wachowski

jeudi 22 août 2024

Promenades. L’étonnant noisetier

Si croulent les maisons, la vie jaillit des ruines
De façon étonnante et la nature y croît ;
La maison d’à côté, sous des pluies assassines,
Reçut pierres et eau d’un vestige sans toit.

Perdu dans un procès où l’assureur traînaille,
Son toit et ses planchers ne furent rebâtis ;
On aurait pu penser que sur cette pagaille,
De pierres entourée, rien ne serait sorti.

Un noisetier a crû au fil des décennies,
Clamant la primauté de la vie sur la mort ;
 La nature possède un étonnant génie,
À l’existence offrant un tout nouvel essor.

Un autre arbuste a crû sur la terre et les pierres,
À des mètres de là et, au-dessus de lui,
On peut voir le crépi, sur une face entière,
Alors que les planchers ont tous été détruits.

Des chèvres, y quérant rameaux comme feuillages,
S’aventurent souvent, quand rien ne pousse autour ;
Les disparates blocs traversent bien les âges
Et le mortier permet aux brins de voir le jour.
L'étonnant noisetier © Mapomme