samedi 2 décembre 2023

L'odyssée des passions. Poséidon furieux

Quel dieu avais-je outré, à l'instar d'Ulysse,
Quand j'errais d'île en île, effaré, gémissant ?

Le dieu des flots marins, au comble de son ire,
Déchaîna sans tarder contre un simple radeau,
La tempête et la pluie qui sur l’instant punirent
Un être dont la ruse était le seul credo.

Des outrages, Ulysse avait commis le pire,
Offrant au dieu marin un sublime vaisseau ;
Ainsi les Achéens la cité investirent,
Troie tombant, par ce biais, sans véritable assaut.

Le radeau disloqué en percutant des roches,
Sur l’eau flottaient, épars, les troncs l’ayant formé ;
L’homme au mille desseins à un gros bois s’accroche

Et, dans les flots furieux, se trouve désarmé ;
De la côte il semble que le marin approche,
Si bien qu’en son esprit, l’espoir s’est affirmé.

Que s'achève les maux me mettant au supplice,
Pour aborder un cœur qui soit compatissant !

Poséidon furieux © Mapomme
Avec l'aide de François Lemoyne

jeudi 30 novembre 2023

L'odyssée des passions. Cherchant un mince espoir

Au lieu de soupirer, il fallait bien agir
Et pour ce faire aller sur la trace d’indices.

Télémaque voguait en quête d’un espoir,
Cherchant un témoignage, une preuve de vie ;
Troie avait résisté aux forts coups de boutoirs,
Au terme de dix ans se trouvant asservie.

Les Achéens vainqueurs étaient retournés voir
Leurs cités si longtemps à leur regard ravies ;
Un seul n’était rentré, sans que l’on pût savoir
Si ce retour en paix lui faisait bien envie.

À Sparte, Télémaque avait ainsi appris,
Que son père attendait de retrouver son île,
Son palais et les siens qui avait tant de prix.

Ménélas lui confia qu’en condition servile
Calypso le tenait, tandis que son esprit
Se tournait vers les siens, tant les années défilent.

La passion asservit et ma vie vient régir
Trop longtemps s'exerçant à mon seul préjudice.

Cherchant un mince espoir © Jean-Jacques Lagrenée

mardi 28 novembre 2023

L'odyssée des passions. Un étrange récit

Quel étrange récit, né dans l’Antiquité,
Semant des légendes dont la mémoire est riche !

Très proche de la fin, on parle d’un absent,
Quand le cherche son fils, recueillant des indices ;
Des prétendants odieux, qui sont bien plus de cent,
Dans le palais d’Ithaque causent des préjudices.

L’île de Calypso derrière lui laissant,
Dans la furie des flots, a fait naufrage Ulysse ;
À la cour d’Alcinoos, le doux roi le pressant
De conter son histoire, il narra ses supplices.

Nausicaa l’écoutait quand il revint au soir
Où, grâce à une ruse, ils investirent Troie
Quand à leur camp le sort ne put alors surseoir.

Dix ans d’assauts, dix ans que l’on guerroie,
Sans qu’au terme du jour quiconque ait fait valoir
Sa supériorité, lorsque le ciel rougeoie.

Il est de vains combats qu'on ne veut pas quitter
Et qui laissent nos cœurs durablement en friche.

Un étrange récit © Mapomme
d'après Lawrence Alma-Tameda

lundi 27 novembre 2023

L'odyssée des passions. Vivre ici, être ailleurs

L’ultime feu du jour approchait à grands pas,
Et il songeait au temps des amours de jeunesse.

Les vagues écumaient caressant les rochers,
Dans un chant, sans fracas, et simple forme obscure,
Sur lui-même tassé, il semblait s’accrocher
À l’incertain retour qu’un miracle procure.

Dans l’ombre se tenant, tardant à s’approcher,
Calypso devinait par quelque triste augure
Qu’après sept ans entiers, sur l’île retranché,
Qu'un départ lui rendrait joie et belle figure.

Le nectar, l’ambroisie, à ce mortel offerts,
Avaient peu d’intérêt, au regard de la perte
Des proches qu’il vivrait tel un réel enfer.

Lui manquaient son seul fils et, autre plaie ouverte
Que ne pouvait guérir tout l’or de l’Univers,
La charnelle étreinte de son épouse experte.

J'ai quitté une femme aux aimables appâts,
Sans alors témoigner d'une extrême finesse.

Vivre ici, être ailleurs © Mapomme
d'après Arnold Böcklin, George Hitchcock et Alexander Rothaug

samedi 25 novembre 2023

Sonnets sertis. Libre comme le vent

Enfant, je n’ai pas eu le moindre cerf-volant
Et je contemple, envieux, leur envol vers les nues.

J’en admire un qui danse un ballet aérien,
Paraissant, sans conteste, délicieusement libre ;
Ah ! s’élever ainsi, loin des soucis terriens,
A toujours fait rêver mon cœur qui sitôt vibre.

Ce vertige du vol est un rêve icarien,
La quête de l’éther dont tout esprit s’enivre ;
Mais hélas, attiré par les ors solariens,
On atteint des hauteurs où on ne peut survivre.

Devenir cerf-volant est-ce un enviable sort,
Lui qui aura toujours l’affreux fil à sa patte ?
Certes vers les nuées il prendra son essor,

Pourtant ce constant lien, toute voluté gâte,
À Icare scandant que vain est son effort,
Que ce fil le retient et qu’ainsi on le mate.

Le vent seul choisira, autre fait désolant,
Hauteur et direction, qui lui sont inconnues.

Libre comme le vent © Mapomme
d'après Nicolaes Maes (du moins attribué à lui) 

vendredi 24 novembre 2023

Sonnets sertis. De la folie des foules

Le monde a souvent vu des massacres sordides,
Calvaires qu’ont menés des groupes inhumains.

Quelle est cette folie qui s’empare du nombre,
Nombre désinhibant qui a permis l’horreur,
Lynchages et pogroms, quand la morale sombre
Dans l’effroi abyssal où s’enfle la fureur ?

Des idéaux passés ne restent que décombres,
Charriés par un torrent répandant la terreur ;
Vaincue, l’humanité erre dans la pénombre,
Cherchant à deviner quelle fut son erreur.

Tout le monde est personne en cette rue qui gronde,
Où personne ne crie des termes injurieux,
Ou bien n’allume un feu qui prend en deux secondes.

Une foule masquée, par un hasard curieux,
Se livre à des méfaits, telle une bête immonde,
Juge autant que bourreau, tribunal inglorieux.

Ce monstre s’est nourri d’une haine stupide,
Dans le rejet de l’autre et du bonheur commun.

De la folie des foules © Mapomme
d'après une fresque sur les massacres des khmers rouges

Sonnets sertis. Jouvence du passé

Parfois, les temps sont durs et tout semble morose,
Quand naissent des drames venus de toutes parts.

Muse, c’est alors que, sur mes rimes penchée,
Il convient d’inspirer des vers au ton badin ;
Fuyons le sombre orage et la boue des tranchées,
Pour retrouver la joie des anciens baladins.

Épluche mon passé, dans les joies épanchées
Et les radieux repas, où à demi-bredins,
Esclaves d’une soif, pourtant non étanchée,
Nous riions d’un propos toutefois anodin.

Les bachiques vapeurs ont un noble mérite,
Car, semant l’euphorie dans les anciens repas,
Elles sont à jamais dans la mémoire inscrite.

Peut-être hâte-t-on la venue du trépas,
Mais n’attendez de moi nulle mine contrite ;
En cassant ma pipe, pas de mea culpa.

Quand la déferlante me noie de sinistrose,
De mes bonheurs passés je bâtis un rempart.
Jouvence du passé © Mapomme
d'après Giovanni Girolamo Savoldo et Johann Heinrich Schmidt