mercredi 2 août 2023

Sonnets sertis. Tableaux d’une exposition

Chiatra, août 2023

L’océan verdoyant frissonne sur les pentes
Des collines aux monts paradoxe éternel.

Des pins jusqu’aux étangs aux plaines en culture
La montagne dérive imperceptiblement ;
Bien qu’en pleine chaleur abonde la verdure
Car coulent des fleuves grondants et écumants.

Gorgés de calories pour les mois de froidure
Se purgeant des rumeurs des lèpres de ciment
Sur les plages grouillent des baigneurs en rupture.
Par mille facettes l’île est un pur diamant.

Nul lieu n’est un éden sinon en apparence
Et ainsi que nos cœurs quelle île est sans défaut ?
Ce puits aux souvenirs aime sa différence :

Ses habitants lui vouent un hommage dévot
Qui se nourrit d’excès mêlés de tolérance ;
Dans ces passions qui peut cribler le vrai du faux ?

Ils aiment ce maquis où les chemins serpentent
Et bien plus leur pays d'un lien quasi charnel.
Tableau d'une exposition © Danièle Lastrajoli

dimanche 30 juillet 2023

Sonnets sertis. Merveilles et légendes

À Gaston Leroux et à Charles Garnier

 Je ne sais pas vraiment ce qui m’émerveilla
De la belle prouesse ou du roman mythique.

Si l’opéra Garnier au sublime escalier
Surprend le visiteur par son architecture
Ses fresques ses statues sachant nos cœurs rallier
Il marqua le monde par la littérature.

Ses vastes promenoirs ont su lui concilier
Les modestes bourgeois et les hautes figures ; 
Son style novateur aujourd’hui familier
Par un spectre est hanté fiction de bon augure.

Enfant j’ai lu l’œuvre qui a ravi les arts
Nourrissant en tous lieux la fantasmagorie ;
Dans tout succès se love une part de hasard.

Un fantôme amoureux – sublime allégorie ! -
Un lac sous l’opéra qui sort de nulle part
Et de rêve mon âme était enfin nourrie.

Ce fantôme pourtant jamais ne m’effraya
Et cet étrange amour m'apparut poétique.

Merveilles et légendes © Mapomme
D'après l'Opéra et... l'opéra.

samedi 29 juillet 2023

Sonnets sertis. Les années de pain blanc

Que de pain noir servi depuis cinquante années
Qui nous font regretter les trente ans de pain blanc !

Avant les sombres cieux ce fut l’attrape-rêves
Promis à la jeunesse en un monde nouveau
Un bonheur formaté qui jamais ne s’achève
Des avenirs cosys pour nos brillants cerveaux.

La jeunesse soufflait un vent frais de relève
En musique au ciné et jazz dans les caveaux ;
Sur les forêts en sang une nouvelle sève
Transformait en alliés tous les anciens rivaux.

On aurait pu croire qu’une vague chimère
Un affreux cauchemar dans l’ombre avait forgé
Une illusion de guerre implacable et amère.

Sur les blonds champs de blé s’étaient entr’égorgés
Les sangs futurs du monde à jamais éphémères ;
Leurs lignées désormais ne pourraient émerger.

Mais depuis ces trente ans aux splendeurs surannées
Dans l'ombre nous marchons aveugles et tremblants.

Les années de pain blanc © Mapomme
D'après une photo, a long long time ago...

vendredi 28 juillet 2023

Sonnets sertis. Une journée sublime...

C’était un jour d’été prétendument semblable
Mais à bien des égards quelque peu différent.

Un ami fréquentait une très jolie brune
Et ils voulaient aller en un lieu réputé
Une plage inouïe cernée de blanches dunes ;
Je les avais conduits sans même discuter.

La brune avait alors une amie de fortune
Que notre compagnie n’avait pas rebuté ;
Elle se fit bronzer sans retenue aucune
En Ève dont la feuille aurait soudain chuté.

S’était-elle évadée d’une toile de maître ?
Son corps me semblait né d’un souverain pinceau
Et celui du Titien je crus bien reconnaître.

La bonne fée s’était penchée sur son berceau
Le jour qui l’avait vue sur la Terre paraître
Mais Dieu avait omis le cœur et le cerveau.

J’avais jadis foulé cet édénique sable
En un jour demeurant triste et désespérant.

Une journée sublime... © Mapomme

Sonnets sertis. Une baroque soif

Admettons que nos cœurs soient brusquement épris
D’une baroque soif de vérité entière :

Notre monde irait-il soudainement bien mieux
Ou bien plongerait-il dans la sauvagerie
Car se craquèlerait son vernis harmonieux
Et le loup entrerait dans bien des bergeries ?

Se lancer au visage un sac de mots odieux
Serait un mal profond et toute ordurerie
Instillerait sans fin un venin insidieux
Rendant la vérité pis que la fourberie.

Au fond nous aimons bien caresser l’illusion
Que chacun plus ou moins ici-bas apprécie
L’humain que nous sommes sans aucune exclusion.

Nous feignons de prendre lanterne pour vessie
Buvant les simagrées versées à profusion
Et traitons un menteur tel un nouveau messie.

L’apparence suffit à contenter l’esprit
Et évite d'emplir d'un coup les cimetières.

Se lancer au visage un sac de mots odieux © Mapomme

jeudi 27 juillet 2023

Sonnets sertis. Parfum d'une illusion

L’amour est illusions ; une illusion de l’autre
Plus l’illusion du monde et l’illusion de soi.

Belle inconnue passant près de moi dans la rue
Peut-être es-tu un rêve et rêve est ton parfum !
Je l’ai humé après que tu sois apparue
Comme si m’imprégnait un mirage défunt.

Photos - vieilles photos – belles coquecigrues
Que de légendes nées en errant aux confins
Du rêve et du réel ! Mais la portion congrue
D’un songe suffit-elle à notre âme à la fin ?

Bercez-moi d’illusions mes amours espérées
Et mes passés tissés de foi de charbonnier !
Que d’espoirs ont filé dans la nuit sidérée

Tandis que je scrutais sous le grand marronnier
L’espace scintillant d’étoiles vénérées
Confidentes des cœurs dépourvus d’aumônier.

De sa chimère on est le premier des apôtres
Et l'ultime à défendre un songe qui déçoit..

Parfum d'une illusion © Mapomme
D'après Gustave Caillebotte et Berthe Morisot

Sonnets sertis. Un parfum de jeunesse

Quelle corne d’abondance a produit ces chansons
Qui ont accompagné ma tendre adolescence ?

Quand j’y songe aujourd’hui j’en reste confondu
Car un cycle expirant offrait son chant du cygne ;
Dès avant le printemps ce jardin suspendu
Fleurissait Babylone tel un propice signe.

Un hit chassait l’autre sublime inattendu
Et l’éphémère roi savait caduc son règne ;
Ce tube fugitif mille fois entendu
D'un précaire apogée la vanité enseigne.

Jeunesse tourmentée fleur nocturne d’un soir
En Reine de la nuit notre printemps se fane
Et brûle son parfum au cœur d’un encensoir.

Parmi ces souvenirs redevenant profane
J’ai envie d’évoquer mes émois sans surseoir   
Tels des trésors sertis dans les brumes diaphanes.

Nous extrayons des ans une amère leçon :
De la jeunesse en fleur s'est envolée l'essence.

Un parfum de jeunesse © Mapomme