jeudi 31 mars 2022

Amères Chroniques. Dans la grotte reclus

La tribu se trouvant en la grotte recluse
Au cœur des ténèbres a cru se protéger
D’une population allogène et intruse
Venue les affamer et ainsi les piéger.

À cet enfermement on donne pour excuse
Que de chair des humains se plaisent à manger
L’intrus dont les rites lentement se diffusent ;
Nul n’ose donc sortir en raison du danger.

Il faut que les reclus mange de la vermine
Supportant l’infection de tous leurs excréments ;
Dans la noirceur leurs yeux sont blancs comme l’hermine.

En agitant la peur des leaders véhéments
Instillent une peur qui l’esprit contamine
Et devient de la haine avec notre agrément.

Dans la grotte reclus © Mapomme

mercredi 30 mars 2022

Amères Chroniques. Les habits neufs du Tsar

Le Tsar se fit tailler des habits merveilleux
Pour que le Monde voit son extrême puissance.
Dire la vérité s’avérant périlleux
Nul n’osa exprimer la moindre réticence.

Du trésor il était assez peu vétilleux :
Despote il attendait complète obéissance
Chassant les conseillers se montrant sourcilleux
L’esprit déjà tourné vers les réjouissances.

Un modeste tailleur d’un rien se contentant
Dit : « Veste et caleçon semblent très à la mode
Et cette nouveauté vous montre omnipotent ! »

On jugea que mentir serait bien plus commode
Et le Tsar parada de ses habits content ;
De lui on se gaussa du Pôle aux antipodes.

Les habits neufs du Tsar  © Mapomme
Conte d'Andersen à la sauce russe

Amères Chroniques. Crimes et Châtiments ?

L’exécrable bêtise adore se vêtir
Des habits flamboyants de lumière suprême ;
Mais l’illusion parfois pourrait nous abêtir
En nous faisant opter pour des sanctions extrêmes.

L’absence de raison semble nous pervertir
En nous faisant céder à un fol anathème ;
Nul aveugle dessein ne se peut travestir
En une juste cause en quelque pieux système.

Vouloir bannir des films des livres des ballets
Soulignera l’excès d’une règle mauvaise
Qui nous place au niveau des tyrans les plus laids.

S’en prendre à tous les arts jamais ne nous apaise
Ni n’atteint l’exalté trônant en son palais
Et aux cœurs éclairés ces méthodes déplaisent.

Crimes et châtiments ? © Mapomme

mardi 29 mars 2022

Amères Chroniques. Pourtant chante le merle

De retour le printemps offre une odeur de soufre
Quand on voit naître à l’Est l’étrange floraison
Née de tisons du diable et lorsqu’au bord du gouffre
On plongerait au fond sans rimes ni raison.

Oh ! pourrons-nous sentir hors de la nouvelle affre
L’odeur des cerisiers en sortant des maisons ?
Au loin naissent des fleurs qui laissent des balafres
Dans des cités blessées d’un éclat hors saison.

Un merle sur un arbre avec gaieté entonne
Son doux chant printanier inconscient des tourments
Peignant d’un feu mortel un horizon atone.

Dans des fruits très bientôt il plantera gourmand
Son bec de fin gourmet du printemps à l’automne
Tandis que vers le gouffre un monde va s'armant.

Pourtant chante le merle © Mapomme

lundi 28 mars 2022

Amères Chroniques. Les ogres sont légion

Le monde est une table où un ogre s’invite
Et lorgnant sur le plat il prétend l’engloutir.
Près d’un morceau de choix on le voit qui gravite ;
Prompt à bondir dessus il désire aboutir.

Une riche région qu’on oublierait trop vite
Est le plat favori qu’il veut assujettir ;
Un reproche – croit-on — en quelque sorte évite
Ce but dont rien hélas ! ne peut le divertir.

Le monde est surpeuplé d’ogres et de vampires
Qui vous sucent la moëlle ainsi que votre temps
Tyrans du quotidien dont la nuisance empire.

Ils s’invitent chez vous ne jamais en partant
Plus pétrifiés encor que les monts de l’Épire ;
De vos efforts pourtant ils seront mécontents.
Les ogres sont légion  © Mapomme

dimanche 27 mars 2022

Amères Chroniques. Paradoxe moral

À la télé parlait l’écrivaine en promo
Qu’on présentait ainsi : enfant illégitime.
L’adjectif est choquant si on se borne aux mots :
Ces enfants vaudraient donc une inférieure estime ?

Sur quoi jugerait-on des élans anormaux
Pour ainsi qualifier une passion intime ?
Légitime est l’enfant et le pire des maux
Donne une épithète dont il est la victime.

À l’inverse en Une des journaux quotidiens
On lit légitime assorti de défense
Ou de guerre tranchant un pseudo nœud gordien.

On est apte à tuer sitôt qu’on nous offense
Et preste à condamner en vertueux gardiens
Le fruit d'une passion dont on souille l'enfance.
A l'un ira le blâme à l'autre les honneurs  © Mapomme

samedi 26 mars 2022

Amères Chroniques. La portée d’une partition

Dans la rue dévastée un instrument résonne
Et fait croire au Printemps d’avant la partition ;
Mais dans la cheminée cet hiver on tisonne
Car le vent froid d’Oural est longue punition.

En la nuit infinie les humains déraisonnent
Et seront jusqu’à l’aube en pleine contrition.
Dans des caves glacées l’Hiver les emprisonne
Féroce les livrant à la malnutrition.

Aussi dans le matin quand joue ce violoncelle
Le froid soudain décroît et ressurgit l’espoir
Dont restait dans la nuit une infime parcelle.

On ne sait les bienfaits dans des moments si noirs
Des notes égrenées comme autant d’étincelles :
Une immense portée qu'on ne peut entrevoir.

La portée de la partition  © Mapomme