samedi 24 septembre 2016

Sonnets. L’ancolie des forêts

On regrette souvent un souvenir précis
Image magnifiée dont la perte est figée
Dans l’herbier mémoriel pensée ou bien souci
Dont la senteur n’a pu y demeurer piégée

Au détour des pages on trouve un spécimen
D’un ordinaire instant pris avec négligence   
Pourtant l’instantané montre un sincère hymen
Sans bruit et sans fureur à la calme émergence

Perdu au beau milieu d’orchidées de jasmins
D’hibiscus de lotus une ancolie sauvage
Ramassée par hasard sur le bord du chemin

Paraissait déparer l’exotique archivage
Je l’avais cueillie sans le moindre examen
Puisque ne venant pas de très lointains rivages 
Ancolie des forêts © Mapomme 

jeudi 22 septembre 2016

Sonnets. Janus bifrons

1 I’m free

J’ai quitté leur maison choisissant mon chemin
Et je vibre de joie d’aller seul enfin libre
Vivre ma vie c’est ça Un nouvel équilibre
Sans les liens du passé ni la peur de demain

Voyez je vole libre et je côtoie l’azur
Tel un bourdon d’été naviguant d’un vol ivre  
Sans ordre à recevoir mon être se sent vivre
Sans mendier l’illusion d’un avenir bien sûr

Jusqu’ici j’ai subi d’un fleuve le cours lent
Or je veux affronter les vagues et l’écume
Sur l’abysse marine bourlinguer en tremblant

C’est un parfum de mort que chaque marin hume
Pour percevoir la vie dans ses veines coulant
Comme l’ange ressent le gouffre sous sa plume


2 Le prêtre pur

Le temps est maraudeur car il nous fait les poches
En douce chapardant les souvenirs plaisants
Pour dérober l’image encor vive d’un proche
Nous laissant dédaigneux la monnaie du présent

J’ai horreur d’avancer sans grandes espérances
Sitôt que l’on foule le monde ténébreux
Des terres nouvelles chaque jour n’est qu’errance
Où croissent les chagrins sur un sentier scabreux

Les aubes s’embrument de pensées nostalgiques
Et l’on voudrait souvent marcher à reculons
En défiant le bon sens l’ordre chronologique

Et retrouver le temps où un simple ballon
Valait mille gadgets des temps technologiques
Remplaçant nos plumes par des ailes de plomb

 Janus bifrons © Mapomme

3 Les deux visages de Janus

Je suis Janus le dieu du passage et des portes
Représenté bifrons car je vois le passé
Mais aussi le futur et les destins tracés
Je suis maître du temps et des époques mortes

Je ne peux réprimer les soupirs sur la perte  
D’un temps qui a coulé en sable entre mes doigts
Et si l’aube nouvelle excita l’autre moi 
J’y vois aussi la mort et des landes désertes

Mon dualisme a fait que figé je demeure
Célébrant l’an nouveau et son progrès promis
Mais pleurant l’an passé et les choses qui meurent

Car le temps arrache les parents les amis
Et tout futur meilleur qu’on agite est un leurre
Je voudrais pourtant voir germiner ses semis

dimanche 11 septembre 2016

Sonnets. L’horloge chronicide

C’est un pays pluvieux qui dilue tous les rêves
Le Temps est déglingué car hier suit demain
Aujourd'hui se scinde en picosecondes brèves
Le présent en tyran impose le chemin

Demain s’avérait vaste et hier si ténu
Le présent s’est figé à cette immense table
Où nous buvons le thé amer d’un jour connu
Qui répète sans fin son cours inévitable

Nous mangeons nous buvons et nous meublons le vide
D’un verbe illusoire qui donne l’impression
Que nos vies sont comblées et nos nuits impavides

D’inassouvies envies crèvent de soumission
Sans aiguille l’horloge aide l’oubli perfide
Et dans ce temps figé que devient la passion
Montre sans aiguille © Mapomme 

samedi 28 mai 2016

Sonnets. Dans les plaines vides de sens

On s’échine à chasser nos obscures pensées
Taillant l’herbe folle de désirs insoumis
Traçant des chemins droits sans courbes insensées
Les galbes ébauchant des élans ennemis

Au bull nous entamons la jungle inexplorée
Car les fruits sauvages des esprits sont bannis
Une plate étendue vierge donc déflorée
Voilà le morne aspect d’un destin aplani

Nous discernons les monts lointains et enneigés
Cet empire interdit des dieux des temps antiques
Dont le pouvoir païen par nous fut abrégé

L’herbe repousse hélas nos souhaits extatiques
D’un vœu de sainteté toujours désagrégé
Nous chassons sans cesse des ardeurs sabbatiques
 
Dans les plaines vides de sens © Mapomme 


Sonnets. Jours de relâche

Une canne oubliée un fauteuil inoccupé
Les doubles volets clos et la télé muette
L’image pieuse au pied d’Éros en statuette
Un vieux meuble qui craque dont l’écho vient duper

La mémoire qui sait que le temps vient happer
Les récits d’un Antan où les joies la tempête
Pétrissaient les destins sans tambour ni trompettes
Dans l’argile des espoirs comblés ou bien râpés

Les chansons se sont tues près du vieux canapé
Vestiges mémoriels des soirs dansants des fêtes
Ces phares qui brillaient dans la nuit des défaites

À la porte d’entrée en vain on peut frapper
Les trois coups du début de la farce imparfaite
Vides sont les fauteuils de poussière drapés
 
 Jours de relâche © Mapomme

mardi 24 mai 2016

Sonnets. Camera obscura

Photo du temps perdu d’un beau jour de printemps
Quand rire était aisé sous un ciel sans nuages
Dans le T-shirt lapis qu’alors tu aimais tant
Délavé car tout s’use et on en perd l’usage

Je ne retrouve plus ce fragment d’un instant
Et je le cherche en vain dans mes sacs de voyage
Vers l’amer va le temps avec lui emportant
Tout ce qu’on a aimé nos beaux livres d’images

Qu’on a gravés à l’encre en couleur dans nos cœurs
Couleurs gaies de l’espoir que l’averse délave
D’une ondée adverse dispersant le marqueur

Dans le miroir de nuit on demeure l’esclave
De la photo perdue d’un bel avril menteur
Oubliée dans l’octobre humide d’une cave
 
Camera obscura © Mapomme 

samedi 21 mai 2016

Sonnets. Au rythme doux des vagues

Son corps pâle se cabre au rythme doux des vagues
Vagues de désir vague et des langueurs d’ailleurs
Des îles et des cieux sans horloge de Prague  
Sous les vents caressant des lendemains meilleurs

Ses yeux clos sous les flots vers les tropiques vaquent
Au gré de son esprit affranchi des frayeurs
Elle a quitté le nid et ses sombres cloaques
Pour suivre enfin le fil d’un instinct vadrouilleur

Par-delà la frontière emprisonnant les rêves
Des humains enchaînés sous l’obscur plomb du ciel
Pleurant l’or des soleils et la blancheur des grèves

Elle a laissé enfin les feux artificiels
Dans les flots libérée dansant avec les algues
Son corps pâle se cabre au rythme doux des vagues
 
Dansant avec les algues © Mapomme