samedi 28 avril 2012

Sonnets. Le piège de Neptune


Un jour ils ont quitté le scintillant navire
Menant une barque chacun de son côté
Vers des horizons à l’amplifiée beauté
Dans l’espoir d’y fonder quelque nouvel empire 

Sur l’océan grondant des marins les avisent
 Que sur ces paradis on a beaucoup brodé
Que ce ne sont en fait que des rocs érodés
Un trépas trop certain tous les Anciens prédisent

En dépit des avis chacun a poursuivi  
L’esprit assombri de rêves inassouvis
Dans la brume cherchant la gloire et la fortune

Ils n’ont plus reparu au pays des vivants
Sur un vaisseau-fantôme ils vont en poursuivant
Dans des fleurs d’écume le piège de Neptune

Arrête ton char, Neptune ! © Mapomme

 

vendredi 27 avril 2012

Sonnets. November’s day

Les feuilles de chêne dans les flaques frissonnent
En l’automne mourant qui porte son linceul
Les rêves de couleur ont revêtu le deuil
Et les cœurs et le ciel d’un glas triste résonnent

Gris sont les nuages et sombres les personnes
Un pleur universel vient embuer chaque œil
L’espoir de jours meilleurs a rejoint le cercueil
Et un monde malsain naît sans qu’on le soupçonne

Un écureuil s’effraie des coups de feu tirés
Quand un enfant salue une page d’Histoire
La fin prématurée d’un printemps transitoire

Par-delà l’océan mon cœur a soupiré
Au son du transistor atone psalmodie
Messe des temps présents pour une tragédie

Rainy day © Mapomme

Sonnets. Le blason souillé

Un ancien paladin héros d’une guerre
Où tant d’hommes vaillants ont succombé naguère
De son bouclier blanc devait nous protéger
Tandis que le pays se trouvait assiégé

Des ennemis emmenés par un maître vulgaire
Avide de pouvoir et ne nous aimant guère
Ont défait aisément nos bataillons légers
Et le vieux paladin dut la guerre abréger

Hélas pour son honneur hélas pour notre histoire
Le héros a rejoint la cause des vautours
Faisant claquer leur flamme au sommet de nos tours

Il s’est rallié aux chiens en souillant ses victoires
Trahissant son pays parsemé de crétins
Et son prestige antique est par principe éteint

Le félon © Mapomme

Sonnets. Cléo au regard sombre

Je comprends le poète précieux observateur
D’un siècle enfiévré de modernité naissante
Tremblant devant la femme à la beauté puissante
Victime d’autrefois et nouveau prédateur

La Muse fondait un désordre salvateur
 Grâce à sa crinière brune et munificente
L’Icône suprême sorcière éblouissante
Hypnotisant sa proie d’un regard castrateur

Dans les crocs de Cléo on a vu quelques rois
Des peintres des sculpteurs tous tombés sous le charme
De l’Eve nouvelle semant le désarroi

En son temps elle laissa bien des hommes sans armes
Pauvre Faust cédant et tout tremblants d’effroi 
Les victimes savaient qu’ils le paieraient en larmes


Cléo de Mérode

Sonnets. Lucy de Thèbes

Débarqués du bateau dans leurs costumes blancs
Sous les feux du jour accablants
Ayant laissé châteaux hôtels et bords de Seine
Frétille la richesse obscène

Méprisant l’indigène alourdi et tremblant
Ces paons nourris de faux-semblants
Le front hautain montrent leur primauté malsaine
Tout en se prétendant mécènes

A l’inverse à Thèbes Lucy a ses quartiers
Débarrassée d’un port altier
Parmi le peuple ami enfin elle repose

Pour soigner sa tuberculose
Lady Lucy laissa son salon si joyeux
Et le séjour de ses aïeux

Lady Duff Gordon © Mapomme

Sonnets. Saint-Loup


Prince désabusé choit sur cet escalier
Frappé d’un mal étrange et son sceptre se brise
Son verbe si divin haï de la prêtrise
S’envole et se délite en ce jour singulier 

Tel un prophète ivre dans le sombre atelier
 De son chant magistral il n’a plus la maîtrise
Un démon familier le tient sous son emprise
Son esprit est livré aux Quatre Cavaliers

Son Grand Œuvre inachevé se trouve spolié 
Onze joyaux manquent au savant chancelier
Fiévreuse victime d’une ultime traîtrise

Dans sa tombe fleurie grise et sans nulle frise
En son séjour d’ombre fort inhospitalier
Son ultime pensée s’éternise incomprise

Le génial fleuriste © Mapomme

Sonnets. Jean-François

Le vent de Liberté venait de renverser
Les veules courtisans lorsque survint l’Empire
Issus du bas peuple quelques nouveaux vampires
Ravivaient l’affreux rite autrefois exercé

Dans leurs habits dorés luisant tels des lampyres
Ce clan ivre de sang se trouva dispersé
Il était superflu que le cœur fût percé
Les lys blancs revenus les relevèrent en pire

Fils du siècle nourri au sein républicain
N’aimant point le jésuite et le dominicain
Ce célèbre savant fut conservé dans l’ombre

La vile coterie des esprits claudicants
Clique sans grand éclat de savants trafiquants
Plaça sur son chemin les plus sournois encombres

Champollion en Egypte © Mapomme