vendredi 8 novembre 2024

Élégies. Traquer sans fin les rêves

Bien souvent on me parle et je reste muet,
Malgré que j’aie perçu un indistinct murmure :
Qui peut dire en quel monde alors j’évoluais ?
Revenir au réel me semble une torture.

Car la chimère est douce à l’éperdu rêveur.
Quel châtiment paraît de quitter mes contrées,
Quand ici des tyrans se prétendent sauveurs,
Dont la folie se voit chaque jours démontrée.

Ils jonglent sans arrêt,
taquinant guerre et paix,
Le sourire, l’insulte et un brin d’ironie ;
Notre monde navigue, en un brouillard épais,
Alors qu’au bord du gouffre, il est à l'agonie.

Laissez-moi rechercher, dans les forêts d’ailleurs
,
Quelque songe enchanteur qui naît et s’évapore ;
Je suis l’attrape-rêve, le chasseur rimailleur,
S’enivrant du parfum de musc et d’hellébore.

Dans la jungle du songe
, équipé d’un filet,
Je poursuis sans faillir l’aérienne utopie,
Guérissant du fardeau d’un tangible si laid :
À l’abri d’un bosquet, sa naissance j’épie.


Traquer sans fin les rêves © Mapomme

jeudi 7 novembre 2024

Élégies. Jouissons du présent

En la voyant chanter, danser et nous sourire,
Jeune, je lui voyais un sublime destin ;
Or d’une époque sombre elle parvint à proscrire
Les maux les plus cruels, à tout jamais éteints.

Enfant,
je me berçais de l’illusion crédule
Que le chemin de tous était fait de velours ;
Je ne frémissais pas au tic-tac des pendules,
Qui résonnait pourtant d’un glas funèbre et lourd.

Je n’imaginais pas la cruauté du monde,
N’ayant jamais connu que douceur et confort :
C’est l’abîme effrayant dont jamais nulle sonde
N’a pu toucher le fond, un gouffre en plein essor.

Quel mal vient dévorer, tel un félin féroce,
La bonté inhérente à de jeunes esprits ?
Quel plaisir trouvera l’ensauvagé qui rosse,
Jouissant du plaisir des larmes et des cris ?

La vie des victimes jamais ne
se résume
À ce temps douloureux qu’on ne peut effacer ;
L’art soulage au présent, quand la scène s’allume,
Des tourments infligés dans un lointain passé.


Hors des feux de la scène © Mapomme

mercredi 6 novembre 2024

Élégies. Elle attend un retour

Elle attend un retour qui jamais n’aura lieu,
Car l’appel du lointain s’avère souvent traître ;
Même si l’on y voit un ciel pur et radieux,
Cet ailleurs mystérieux se montre un mauvais maître.

Sur la lande,
tout près d’un cercle de menhirs,
Drapés d’un voile blanc d’évanescente brume,
Elle espère le voir vers elle revenir,
Depuis les flots rageurs que couronne l’écume.

Ailleurs, très loin d’ici, dans de denses forêts
Aux hautes frondaisons, hantées des cris étranges
Dont tout explorateur assurément saurait
Nommer sans hésiter les singes qu’on dérange.

Ivresse d’un lointain
, combien sont ainsi morts
Pour avoir traversé d'interdits territoires ?
Au moment de périr, eurent-ils des remords
D’avoir un jour voulu s’illustrer dans l’Histoire ?

E
lle attend, mais que d’eau a coulé sous les ponts,
Que de larmes versées, que de veillées d’errance !
Aux souhaits de retour aucun saint ne répond
Pour nourrir, ici-bas, une frêle espérance.

Elle attend un retour © Mapomme

mardi 5 novembre 2024

Élégies. La volupté bannie

Qui mange des fraises durant chaque saison
En fera donc un met tout à fait ordinaire ;
Les consommant souvent sans envie ni raison,
S’altère par l’excès ce plaisir culinaire.

Le gourmand est puni
par sa constante faim
Qui fait d’un goût exquis une saveur banale ;
On oublie du nectar le délicat parfum,
L’exquisité en bouche et la note finale.

Tous nos sens se verront punis par les abus,
Sans remède immédiat à cette pénitence ;
Ce sera des gourmands le récurrent tribut
Que de n’avoir plus goût à la moindre pitance.

On en vient à songer que dans leurs longs banquets
Les romaines orgies furent ainsi punies,
Car si aucun plaisir jadis ne leur manquait,
La volupté se vit de leur table bannie.

Il nous faut éviter ce grand désagrément
,
Car le profond ennui naîtra de l’abondance,
N’ayant pas apprécié les joies modérément,
Lorsque nous les offrait la douce providence.


La volupté bannie © Mapomme

lundi 4 novembre 2024

Élégies. Excès de liberté

 On confond trop souvent liberté et excès,
Puisqu’on use à l'envi de violentes diatribes ;
Dans d’acides venins, lors des constants procès,
Trempent leur calame les vitupérants scribes.

Ils invoquent la rage, onguent miraculeux
Qui sauve sans faillir la liberté précaire
Que met en grand danger un monstre crapuleux,
Qui est de la nation le plus grand adversaire.

Jadis on affrontait un simple concurrent
Et non un ennemi qui vers le précipice
Pourrait nous expédier par un sort fulgurant,
Le verdict des urnes lui devenant propice.

Alors, chaque scrutin
se montrant capital,
On harangue, on désigne une avérée menace,
Car il faudra livrer un corps à corps vital
Pour repousser encor cet abîme tenace.

Aussi on se permet tous les excès verbaux,
En vue de remporter ce grand enjeu ultime
Divisant la nation qui s’en va en lambeaux,
Quand amis et parents sont l’ennemi intime.

Excès de liberté © Mapomme

dimanche 3 novembre 2024

Élégies. Nous instiller la peur

Des prophètes nouveaux d’une extinction de masse,
Sans erreur, prédisent les tourments à venir,
Mais peignent un monde qui fait croître l’angoisse,
Un cauchemar naissant qui viendrait nous punir.

Les symptômes sont clairs, les causes évidentes,
Car on voit qu’amplement s’altère le climat ;
Si les maux sont patents, la querelle est ardente
Entre ceux qui prient un deus ex machina

Et les furieux prônant l’amputation sévère ;
Les premiers exhortent à faire des efforts,
Alors que, radicaux, quelques autres préfèrent
Trancher jambes et bras pour que vive le corps.

Ces orphelins de Marx
, prêchent la décroissance
Et, sous leur habit vert, ont un rouge drapeau ;
Les sanglants idéaux y voient leur renaissance
Et au Grand Capital voudraient faire la peau.

Je crois plus aux premiers chassant le
gaspillage,
Recyclant et chassant la surconsommation ;
Cherchant le bien commun, je vais dans leur sillage,
Car les seconds n’auront aucune compassion.


Nous instiller la peur © Mapomme

samedi 2 novembre 2024

Élégies. Une ombre immatérielle

Un être, presque un spectre, exhume un souvenir,
Enfoui au plus profond des limbes mémorielles ;
De ce passé défunt on voudrait s’abstenir,
Mais demeure un parfum, une ombre immatérielle.

Jadis n’était-il pas un impromptu fumeux,
La légende embellie d’un moment ordinaire ?
Un souvenir comporte quelques aspects brumeux
Qu’on tisse d’un récit né de l’imaginaire.

Il nous faut esquisser un inexact roman
Qui paraît expliquer tout ce qui nous échappe ;
Or rien n’est rationnel, car on ne sait comment
Un autre réagit quand un malheur le frappe.

Étant aussi taiseux que ceux nous croisons,
Sont tus bien des secrets qui consument les êtres,
Agissant sur leur cœur tel un sournois poison,
Quelque honte héritée des actes d’un ancêtre.

De fallacieux récits est tissé chaque esprit,
Puisque nous colmatons leurs secrets légitimes,
Pour chaque fait restant à ce jour incompris,
En prêtant aux autres nos réactions intimes.

Une ombre immatérielle © Mapomme