dimanche 8 septembre 2024

Élégies. Les pommes oubliées

Deux pommes ont flétri, laissées à l’abandon

Dans la corbeille ovale en blanche céramique ;
Tant d’oublis ont conduit, sans possible pardon,
Au dépérissement fatal et systémique.

On délaisse une plante, sans jamais l’arroser
Et la voilà fichue, bonne pour la poubelle ;
On oublie un ami, qui aimait nous causer,
Pour un pote nouveau, médiocre mais comique.

Un vieux parent aimable dans son lit dépérit,
Sans qu’on trouve le temps de prendre des nouvelles ;
Que de gens on oublie, auparavant chéris :
À quoi occupons-nous notre fichue cervelle ?

Combien délaissons-nous
les engouements du cœur,
Pour palabrer au bar sur des sujets futiles ?
Que de regrets, après, car le temps est moqueur
Et se plaît à punir les bla-bla inutiles.

Car nous avons laissé bien des fois se ternir
Un amour qui naissait, par pur enfantillage ;
Par la suite, on regrette un si cher souvenir,
Tel un fruit sacrifié pour de vains babillages.

Les pommes oubliées © Mapomme

Élégies. Danses des temps qui changent

 Ce siècle s’enivrait d’un indécent quadrille
Sur la braise éteinte du siècle précédent ;
Les satins avaient fui la rage des guenilles :
Adieu le menuet sans rythme trépidant !

Dans les salons dorés, loin de la rue fangeuse,
Une classe appréciait les élans très figés,
Qui chassent le danger des passions ravageuses
Ternissant du sang bleu le maintien exigé.

Sur le parquet des bals des nouvelles bâtisses,
Le contact des mains des élégants danseurs
Font naître le désir, de façon subreptice,
Que ne voient pas germer les plus zélés censeurs.

Ainsi sourdent parfois des unions réprouvées
Avec la famille de tout nouveaux bourgeois ;
L'honneur d'une lignée ne peut être sauvée
Du négatif impact de ce funeste choix.

Classes pontifiantes, de lointaines rapines
De guerriers anoblis par un vil souverain,
Vous êtes tous issus ! Mettez donc en sourdine
Vos blasons délavés : l'or prévaut sur l'airain !
Danses des temps qui changent © Mapomme
D'après série 1995 et Jane Austen

mercredi 4 septembre 2024

Promenades. La forêt en automne

Étrangement, j'aimais aller dans la forêt,
Lorsque arrivait l'automne et ses brumes dansantes ;
Si j'avais conservé ce goût, ça se saurait :
Ce qu'on aime à vingt ans nous déplaît à soixante !

Dès octobre, en ce temps, annonçant les frimas,
Fouler l'épais tapis de feuilles chues roussâtres
Procurait un plaisir, en dépit du climat,
Que jamais je n'ai pu, dans mon printemps combattre.

Parmi les châtaigniers, quand ondoie le brouillard,
Il ne se passe rien et les pensées s'envolent
Vers les nues avançant, tel un lent corbillard,
Car on a du trépas une vision frivole. 

Nourri d'œuvres du siècle aux écrits exaltés,
Je tentais d'éprouver des passions esthétiques ;
Admirable est l'excès d'un héros révolté,
Dont les exhortations s'avèrent frénétiques.

On aurait voulu vivre un destin prestigieux,
Mourir d'un grand chagrin, demeuré légendaire,
Mais on suit un parcours, sans summum prodigieux,
Post-mortem ne laissant nul renom planétaire !
La forêt en automne © Mapomme

lundi 2 septembre 2024

Élégies. Observer nos travers

Chacun aime enquêter sur les travers d'un groupe,
- Surtout ceux des autres, plutôt que sur les siens ! -
Sherlock Holmes nouveaux, équipés de leur loupe,
Hâtons-nous de scruter d'un œil très cartésien

Les défauts des amis et de tout anonyme,
Pour mieux se consoler de nos propres travers :
On en connaît si peu sur ce qui nous anime,
Car nos projets se voient d'un voile obscur couverts.

De nos mille pulsions, quelle est la plus intense,
Et qui, au gouvernail, sait régir notre esprit ?
En apprenant des autres et de leur existence,
De notre âme avons-nous franchement tout compris ?

Veut-on connaître enfin cette sombre maîtresse
Régnant sur chaque choix et captifs nous gardant ?
De ce savoir naîtrait une immense détresse,
Nous plongeant tout au cœur d'un cauchemar ardent.

On veut bien enquêter, errer parmi les Mânes,
Sans jamais parvenir à la vraie solution :
Se connaître en tous points à l'enfer nous condamne,
Et ce savoir aurait d'amples répercussions !
Observer nos travers © Mapomme

Promenades. Le sous-bois non viride

Des mois entiers sans pluie, quand grimpe le mercure,
Et la canicule rend les mois étouffants :
Bien plus qu'une impression, cette emprise perdure
Car rien, dans le vivant, si longtemps s'en défend.

Sous-bois autrefois verts, contemplez les fougères
Plus sèches qu'en hiver, puisque après Attila,
L'herbe ne pousse plus sans ondées passagères,
Et l'éden, à vos pieds, en perd tout son éclat.

J'ai erré tel Caïn chassé vers l'est hostile,
Mais sans horde avec moi, sinon mes souvenirs
Des pentes fécondées par un humus fertile ;
De ces temps merveilleux l'été sut nous bannir.

Le sol semble aussi sec qu'une friche africaine,
Les rais ayant brûlé le sol sous le couvert :  
"Il était beau !", me dit ma mémoire incertaine
Et je pourrais jurer qu'il fut autrefois vert.

J'ai parcouru ces lieux, comme dans ma jeunesse,
Mais tout avait changé sous l'effet d'un fléau !
Le viride maquis offrait tant de promesses,
Et se montrait roussi par l'estival chaos !
Le sous-bois non viride © Mapomme

Promenades. Un lierre parasite

De solides piliers maintiennent l’édifice
Qu’est une société, tel un ample palais ;
Nombre de chefs-d’œuvre défient les maléfices
Que lance le néant et ses puissants valets.

Allant par le sentier, d’humeur baguenaudeuse,
Toujours je m’émerveille en ce vivant décor :
En des lieux hostiles, une vie hasardeuse
Persiste à s’affirmer dans un long corps à corps.

La vie veut subsister et à tout prix s’accroche,
Pour croître et s’épaissir au fil des temps brutaux ;
Comment un frêle arbuste, émergeant de la roche,
A-t-il pu remporter tous les combats vitaux ?

Ainsi, j’ai remarqué, vers notre point de vue,
Où l’on guettait jadis les bateaux ennemis,
Pillards dont on craignait la soudaine venue,
Un curieux châtaignier à un lierre soumis.

Celui-ci s’enroulait, à l’instar d’un reptile,
Et s’entremêlaient donc deux feuillages distincts :
Le parasite croît, tel un riche inutile,
Qui ne contribue pas et joue les importuns.
Un lierre parasite © Mapomme

dimanche 1 septembre 2024

Élégies. Romarin d'Aphrodite

J'avais beau arborer un brin de romarin
Pour avoir les faveurs de la belle Aphrodite,
Jamais je n'ai eu l'heur de quelque amour serein
Et toute inclination me semblait interdite.

L'adolescence, ainsi, fut un chemin ardu,
Où absolument rien n'était écrit d'avance :
Un nonchalant génie, maladroit éperdu,
Ne m'épargna jamais de cinglantes offenses.

Si d'autres possédaient des mentors efficients,
Ce ne fut pas mon cas durant bien des années ;
Je ne sais pas à quoi songeait cet insouciant
Car chaque idylle était aussitôt condamnée !

Le romarin n'aida aucun béguin d'alors
Et eut l'affreux défaut d'accroître ma mémoire :
Je me souviens de tout, quant à mes vains efforts,
Surtout de la liste de mes échecs notoires !

J'ai donc jeté ce brin qui me portait malheur !
Puis, je l'ai rencontrée de façon impromptue,
Un jour où je souffrais des premières chaleurs ;
À forcer le destin, en vain on s'évertue.
Romarin d'Aphrodite © Mapomme