dimanche 9 juin 2024

Vers en Technicolor. Quel enfant n’a rêvé d’une grande aventure ?

J’ai rêvé d’un ailleurs quasi paradisiaque,
Et d’une île lointaine abritant un trésor,
Tandis que je suivais, vers le coucher héliaque,
Un pirate boiteux au manège retors.

Quel enfant n’a rêvé d’une grande aventure
Sur le vaste océan aux abysses profond ?
L’espoir est un trésor, lorsque, sur la mâture,
Toutes voiles gonflées, on scrute l’horizon.

Que de trésors enfouis dans le ventre d’une île,
Au sein d’une forêt, aux arbres tropicaux,
Depuis la canopée, quelques singes agiles
Criant que ces intrus semblent inamicaux !

Doux parfum d’aventure en cette île inconnue,
Du danger, j’ai aimé ressentir le frisson !
On tremble en la forêt, sous les obscures nues,
Lorsque le vent nocturne agite les buissons.

Jim Hawkins, enfant blond, pouvant perdre la vie,
Que fais-tu aussi loin de ta pauvre maison ?
Trembler avec délice, ayant l’âme ravie,
D’un roman n’est-ce pas la première raison ?

L'île au trésor © Mapomme
d'après Victor Fleming (1934)

samedi 8 juin 2024

Vers en Technicolor. Naissance d’une icône

Quand j’allais voir des films dans les salles obscures,
J’aimais les nouveautés et la science-fiction ;
Rêves ou cauchemars, ces odyssées procurent
De fortes émotions fondant la réflexion.

Un vaisseau revenant d’un vol interstellaire
Voyait ses passagers mourir étrangement ;
On comprit que ces morts avaient pour corollaire
Un hôte indésirable en plus du chargement.

Je n’avais pas perçu que, dans cette aventure,
Ce qui était nouveau n’était pas le récit
D’une extraterrestre féroce créature,
Mais l’héroïne ayant terrassé celle-ci.

Son rôle était tenu par un mec, d’ordinaire,
Et voilà qu’une femme la mettait au tapis !
À la sortie, un gars à la pensée binaire
Trouva ça impossible, avec quelque dépit.

On a vu des femmes combattre avec courage,
Parmi les maquisards, dans l’ultime combat :
À l’alien, elle peut faire elle aussi barrage ;
Ceci semblait clore, selon moi, le débat !

Alien © Mapomme
d'après Ridley Scott et James Cameron

Vers en Technicolor. Les vénaux paladins

Où sont ensevelies de nos preux chevaliers
Les nobles devises, qui semblent disparues ?
La veuve et l’orphelin auront-ils un allié
Pour venir les sauver d’attaques dans la rue ?

Les tous nouveaux héros, sans morale et sans-cœur,
Se rient des démunis et de la vie humaine ;
Ils affichent sans cesse un sourire moqueur,
Tuant de plus méchants, dans une quête vaine.

Adieu le justicier, qui défendait la loi
Et qui combattait seul une horde sauvage :
Les modernes champions feront bien quelque exploit,
Pour une mine d’or, pas contre l’esclavage…

Ces vénaux chevaliers, reflets des temps présents,
Repartent triomphants, qu’importe la méthode !
S’ils usent de moyens retors et déplaisants,
S’ils sont riches enfin, chacun s’en accommode.

N’était-ce pas ainsi qu’en des âges lointains
Se déroulaient les faits, dans des luttes barbares,
Où compte plus l’issue, reine de nos destins ?
Même en Technicolor, nos illusions se barrent !


Les vénaux paladins © Mapomme
d'après 
Le bon, la brute et le truand  de Sergio Leone

jeudi 6 juin 2024

Vers en Technicolor. Rester neutre à jamais n’est que pure illusion

Un conflit peut sembler quelque peu étranger,
Mais peut-on se tenir hors d’une longue guerre,
Même si son pays ne veut pas déranger
Les profits que ferait le monde des affaires ?

On voudrait qu’un cours d’eau n’emporte en son courant
Le quotidien peinard où baignait notre vie ;
La quiétude engloutie dans le flot du torrent,
Par le fatal destin se trouvera ravie.

Adieu la joie passée, adieu sérénité !
Vous aviez trop duré pour que ça continue,
Car les dieux exècrent la fausse éternité
Des maigres barakas qu’on a longtemps connues.

Retrouver son passé, en ces temps incertains,
Suffit à la raison, source de la quiétude,
Pour être chamboulée, par ce coup du destin,
Et sa puissante aura tombe en désuétude.

Si l’amour se conclut par un dernier baiser,
Il ne l’empêche pas de partir à Lisbonne ;
Adieu l’eau de Vichy, au nom si mal aisé,
Où Pétain embrassa les doctrines teutonnes !
Casablanca © Mapomme
d'après Casablanca

mercredi 5 juin 2024

Élégies. Aurions-nous le courage ?

6 juin 2024

 Nous avons tant rêvé d’un monde juste et libre
Que nous avons fini par le croire concret ;
Nos cœurs si généreux au moindre frisson vibrent,
Cependant à la paix le monde n’est pas prêt.

Il peut s’accommoder de décennies de trêve,
Sans pour autant vouloir l’installer pour mille ans ;
La paix pour réarmer se devra d’être brève,
Car les humains n’ont pas pour elle un grand talent.

Sans cesse il nous faudra pratiquer des saignées,
Afin d’évacuer quelques trop-plein d’humains ;
Nulle régulation ne leur est enseignée,
Puisque leur nombre croît sans songer à demain.

Voilà quatre-vingts ans qu’une guerre mondiale,
En Europe n’a plus fait tonner le canon ;
Une entente régnait, nous semblant primordiale,
Et un tyran suffit pour soudain crier : non !

Noyés dans le confort, aurions-nous le courage,
De préparer la guerre afin de l’éviter ?
Voici quatre-vingts ans, des alliés sur nos plages
Ont péri par milliers pour venir nous aider.
Aurions-nous le courage ? © Mapomme

lundi 3 juin 2024

Élégies. Aux femmes le silence !

Pourtant, depuis toujours, la Mort frappe les deux,
Avec la même ardeur et la même violence,
Fauchant tous les épis d’un tranchant hasardeux.

Aux hommes les honneurs, aux femmes l’amnésie !
Si chacun a souffert mêmes maux, même sort,
On glorifie les uns presque avec frénésie,
Leur gardant les lauriers tel un divin trésor.

Maï et Danielle, que bénies soient vos cendres,
Et celles des autres, périssant dans les camps !
Si peu ont survécu, pour sans faillir défendre
Un pays occupé par un fou arrogant.

L’actuelle jeunesse a-t-elle ce courage,
Quand on la voit trembler face au danger lointain ?
Or, aux tyrans il faut faire toujours barrage,
Quitte à risquer sa vie dans des jours incertains.

Aux hommes les statues, aux femmes la cuisine,
Ou on nomme une rue, sans qu’on sache pourquoi !
Hormis sur Jeanne d’Arc, la société lésine,
Sur ces héroïnes, le monde restant coi.

Aux femmes le silence ! © Mapomme

Je savais qu'il y avait une rue Danielle Casanova, ainsi qu'un navire faisant la liaison entre la Corse et le Continent, mais j'ignorais ce qui lui valait cet honneur
Dans le même temps, je savais que Fred Scamaroni avait ses rues dans des villes, un bateau célèbre pour le bruit de ses moteurs, et qu'il avait été un résistant héroïque.

Il m'a fallu attendre des années pour apprendre le rôle qu'elle avait joué dans la seconde guerre mondiale, son internement à Auschwitz pour faits de résistance, et elle mourra dans un camp du typhus.

Une différence de traitement entre les hommes et les femmes. De même, les 49 survivantes ont dû batailler durant 3 années pour obtenir leur carte de rescapées des camps de concentration.

Sur Internet tapez le convoi des 31000 (les numéros gravés sur leur avant-bras commençant par 31 suivi de trois chiffres) pour vous renseigner.

dimanche 2 juin 2024

Élégies. Mille tableaux en un

Et sa mémoire emplie d’émotions de jeunesse,
Un patchwork sensoriel, un passé incompris,
Sorte de grand bazar, le pire qu’on connaisse.

On révèle de soi en donnant sa vision
De ce qu’on a perçu dans l’œuvre mystérieuse ;
L’analyse naîtra de notre confusion
Entre nos souvenirs et une œuvre glorieuse.

Les siècles ont coulé et changent les récits,
Dans le flot lent du Temps, quasi imperceptible ;
Les symboles d’antan, vagues et imprécis,
Deviennent de nos jours vraiment intranscriptibles.

C’est pourquoi nous ouvrons notre âme à livre ouvert,
Devant un chef-d’œuvre que mal on interprète ;
La morale a varié et l’on prend à l’envers
La piste jadis claire est aujourd’hui secrète.

Un peigne, sa couleur, un feutre de castor,
Des piments d’Amérique en signe d’opulence ;
Tout nous semble commun ou s’interprète à tort,
Nous soufflant un récit sans nulle vraisemblance.

Mille tableaux en un © Mapomme
d'après Jheronimus Bosch